• [^] # Re: mise en abyme

    Posté par . En réponse au lien Quand les conspirationnistes envahissent Twitter, les scientifiques finissent par le quitter. Évalué à 5.

    Je ne suis pas certain qu'on parle de la même chose. Les ingénieurs, les médecins, les infirmières, etc. ont une formation scientifique. Ce qu'ils n'ont pas, c'est une formation à la recherche : ils connaissent l'état de l'art de la science, mais ils n'ont pas de formation pour comprendre comment on mène la recherche.

    Après, pour les problèmes méthodologiques etc, c'est plutôt un problème de qualité de la recherche. C'est tout à fait possible d'être un mauvais chercheur.

    Ce qui est intéressant, c'est que la méthodologie scientifique n'est généralement pas enseignée dans les cursus scientifiques. L'épistémologie est une branche de la philosophie, qui, en France, est considérée comme une matière littéraire. Les seules formations qui commencent à se développer pour les chercheurs sont les formations à l'éthique scientifique, mais c'est assez loin des histoires de méthodologie.

    Il y a une vision souvent erronnée d'ailleurs chez les vulgarisateurs et les "zététiciens", c'est qu'il existerait une méthodologie strictement définie, à laquelle la totalité des scientifiques se conformerait. C'est totalement faux, il n'y a pas d'évaluation méthodologique à proprement parler en sciences, sauf en mathématiques peut-être. La règle générale, c'est que la communauté scientifique a une vague idée intuitive des standards méthodologiques de l'état de l'art (en terme d'expériences contrôle, d'analyse statistique, de reproductibilité, etc), et les reviewers des articles peuvent signaler des raisonnements qu'ils trouvent douteux (par exemple des raisonnements circulaires, ou des conclusions qui ne semblent pas supportées par les données). Mais globalement, les critères dépendent énormément des disciplines, et ils évoluent; il s'agit avant tout d'une construction sociale assez déconnectée de l'épistémologie. Bien souvent, l'application d'une méthodologie théorique stricte serait impossible en pratique, et ralentirait beaucoup trop l'avancée des connaissances (tout en étant beaucoup trop sensible à la fraude ou aux erreurs).