Je ne réponds que sur quelques points, pour ne pas faire trop long:
est-ce possible pour une exploitation "non productiviste" d'être financièrement viable
Oui, j'ai des exemples d'amis agriculteurs qui en vivent très très bien. Mais ce sont des gars malins qui ont sans doute compris ce qui allait se passer et décidé de faire le contraire de ce qui était recommandé il y a 40 ans : l'un a réduit la surface de toutes ses parcelles cultivées, a supprimé les animaux (trop peu nombreux pour le circuits d'achats) a diversifié énormément tout en réutilisant ses granges et ses pâtures devenues inutiles pour un aéroclub, un petit peu de vin, de la vente directe, des salles de répétition musicales, un gîte, du garde-meuble, ... l'autre a financé astucieusement et sans emprunt une gigantesque étable pour élever des centaines de boeufs bio, nourris sur l'exploitation et qu'il vend sans intermédiaires aux particuliers, cantines et restaurants. J'allais oublier un troisième qui fait du poulet bio depuis toujours. J'en connais quelques autres du côté de Pougne-Hérisson, terre de gâtine pleine de cailloux. Tous financent plusieurs salaires, ont évité les emprunts à la con, travaillent avec les mêmes machines depuis des lustres (c'est increvable un tracteur). Ce qui frappe chaque fois, c'est leur autonomie.
NB : J'en connais aussi qui n'ont pas su évoluer, leur ferme s'est érodé, ils survivent. Mais ils sont à peu près autonomes, mangent leurs produits et font de petites ventes au marché.
Il ne faut pas prendre les agriculteurs pour des débiles. Si on gagnait 3 fois plus en faisant du bio et de la vente directe, alors tous les agriculteurs le feraient
Ça c'est faux. Tu oublies le paramètre cognitif : notre attention porte sur 5% de ce qui nous environne. Quand on baigne dans un milieu on ne perçoit que ce milieu. Les agriculteurs cernés par le discours productiviste commencent tout juste à savoir que le bio est rentable.
tu as une contrainte absolue, c'est de produire de la nourriture
Je détourne ta phrase pour souligner qu'il faut effectivement nourrir la planète. C'est pourquoi les politiques agricoles poussent au productivisme.
Plus haut, j'ai oublié de parler des emprunts qui ont mis et mettent encore les agriculteurs sous la coupe des banques et des gros acheteurs. Lesquels tiennent un discours simple : puisque tu me dois des sous, pour rembourser il faut augmenter la production, les surfaces, le matériel et... réemprunter (c'est pareil pour la pêche).
[^] # Re: Coopératives et intégrateurs
Posté par orfenor . En réponse au lien Éleveurs enchaînés : "Je veux sortir du monde agricole mafieux" . Évalué à 9.
Je ne réponds que sur quelques points, pour ne pas faire trop long:
Oui, j'ai des exemples d'amis agriculteurs qui en vivent très très bien. Mais ce sont des gars malins qui ont sans doute compris ce qui allait se passer et décidé de faire le contraire de ce qui était recommandé il y a 40 ans : l'un a réduit la surface de toutes ses parcelles cultivées, a supprimé les animaux (trop peu nombreux pour le circuits d'achats) a diversifié énormément tout en réutilisant ses granges et ses pâtures devenues inutiles pour un aéroclub, un petit peu de vin, de la vente directe, des salles de répétition musicales, un gîte, du garde-meuble, ... l'autre a financé astucieusement et sans emprunt une gigantesque étable pour élever des centaines de boeufs bio, nourris sur l'exploitation et qu'il vend sans intermédiaires aux particuliers, cantines et restaurants. J'allais oublier un troisième qui fait du poulet bio depuis toujours. J'en connais quelques autres du côté de Pougne-Hérisson, terre de gâtine pleine de cailloux. Tous financent plusieurs salaires, ont évité les emprunts à la con, travaillent avec les mêmes machines depuis des lustres (c'est increvable un tracteur). Ce qui frappe chaque fois, c'est leur autonomie.
NB : J'en connais aussi qui n'ont pas su évoluer, leur ferme s'est érodé, ils survivent. Mais ils sont à peu près autonomes, mangent leurs produits et font de petites ventes au marché.
Ça c'est faux. Tu oublies le paramètre cognitif : notre attention porte sur 5% de ce qui nous environne. Quand on baigne dans un milieu on ne perçoit que ce milieu. Les agriculteurs cernés par le discours productiviste commencent tout juste à savoir que le bio est rentable.
Je détourne ta phrase pour souligner qu'il faut effectivement nourrir la planète. C'est pourquoi les politiques agricoles poussent au productivisme.
Plus haut, j'ai oublié de parler des emprunts qui ont mis et mettent encore les agriculteurs sous la coupe des banques et des gros acheteurs. Lesquels tiennent un discours simple : puisque tu me dois des sous, pour rembourser il faut augmenter la production, les surfaces, le matériel et... réemprunter (c'est pareil pour la pêche).