• [^] # Re: TL;DR

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au lien L’idée d’un congé menstruel progresse - letemps.ch. Évalué à 8.

    Si je suis en arrêt, rien ne m'oblige d'en donner la raison exacte à mon employeur si je n'ai pas envie de le faire, le justificatif du médecin suffit.

    D'une, je sais pas comment ça se passe par chez vous, mais avoir des RDVs médicaux devient de plus en plus difficile. Il n'est pas rare de prendre un RDV chez son médecin traitant pour dans 2 semaines (d'ici là ta maladie a largement eu le temps de disparaître, par contre entretemps, tu as bien souffert, sans médicaments, et sans justificatif; de même pour les règles si une femme devait avoir un justificatif juste pour ça!). Et encore, c'est si tu as un médecin traitant tout court. Je sais pas si tu as entendu parler du problème des déserts médicaux (un peu partout en France). Après un déménagement, j'ai été sans médecin traitant pendant 3 ans (enfin non, officiellement j'avais encore l'ancien, à quelques centaines de KMs de là et qui refusait de faire des ordonnances, etc. en télé-RDV; ce que je comprends aussi bien sûr). Et c'était pas faute d'avoir appelé tous les médecins environnants très régulièrement pendant ces 3 ans. Je n'ai d'ailleurs réussi à avoir un nouveau médecin que par chance très récemment.

    De deux, l'arrêt maladie a un délai de carence de 3 jours. 3 jours sans paie donc à chaque arrêt. On parle donc d'un évènement régulier de quelques jours à chaque fois. J'espère que tu vois le problème. En gros, ce serait comme dire qu'on a le droit de prendre un congé mais il n'y a pas d'indemnité, ou presque. En fait, je pense même que c'est déjà faisable ce que tu proposes.

    Au contraire, un mécanisme adapté à ces douleurs récurrentes éviterait ces écueils, à savoir la perte de temps pour obtenir un justificatif (voire l'impossibilité tout court si pas de médecin traitant ou si les RDVs rapides sont impossibles) et la perte de salaire. Je me dis qu'un système avec un document du médecin unique, une fois (pour justifier qu'une femme est suivie pour des problèmes de règles douloureuses), serait suffisant. Après tout, on parle de gens qui ont des douleurs lourdes et récurrentes. Ce n'est pas une fois par an. Et c'est vraiment pas drôle pour ces femmes là.

    rien ne m'oblige d'en donner la raison exacte à mon employeur si je n'ai pas envie de le faire

    Je suppose que ce qui motive cette phrase est le tabou de parler des règles. Je pense qu'on est entre adultes et si certains rigolent encore de ce types de sujets, faudrait juste qu'ils grandissent. Entretenir un tabou n'est jamais le moyen pour améliorer les choses.

    Là on parle quand même d'un phénomène qui est tout à fait naturel et arrive à à peu près la moitié de la population mondiale. Franchement, entretenir encore du tabou autour du sujet des règles féminines est ridicule.

    On se farcit déjà les "les femmes ça peut partir en congé maternité", sera-t-il vraiment bénéfique d'y rajouter "peut-être qu'elle va partir tous les mois en congé menstruel, dans le doute prenons plutôt le monsieur" ?

    Alors je dis pas qu'il n'y a pas d'idiots qui vont réagir ainsi. Il est même probable qu'il y en ait beaucoup plus que je n'ose imaginer. Néanmoins c'est comme le tabou. C'est pas en disant "oui mais y a des idiots donc faisons comme si de rien n'était et cachons le malaise de société" que les choses évolueront. À un moment donné, il faut un peu rentrer dedans pour faire changer les mentalités justement. Ou alors ce sera encore un problème dans 50 ans (comme ça l'était déjà y a 50 ans, et depuis toujours, mais jusque là justement, les gens ne faisaient rien parce que... y avait toujours une bonne raison quoi!).

    Je voudrais tout de même noter que cela ne coûte de toutes façons rien à l'employeur (si on se base sur le système de congé maladie actuel, sauf qu'on retirerait les 3 jours de carence pour ce cas particulier). Les indemnités sont versées par la sécurité sociale et les indemnités complémentaires employeurs ne sont dûes qu'avec une carence de 7 jours (donc sur ce sujet, un employeur ne paierait vraisemblablement rien, ou rarement et très peu). Ceci dit, si des employeurs sont dans de bonnes situations financières et faisaient des accords/contrats pour compléter le salaire sans carence, honnêtement dans ce cas, je ne trouverais pas cela une mauvaise idée du tout. On travaille mieux dans de bonnes conditions de travail!

    Enfin si le problème est non pas le coût mais le temps d'arrêt. Honnêtement, quelques jours par mois, faut arrêter de croire que c'est un problème (seuls les mauvais employeurs aux tendances mini-dictateur a ce type de discours). Si votre entreprise est en péril car des employées doivent s'absenter quelques jours par mois, vous avez un sérieux problème et ce n'est pas dû au fait que vous engagiez des femmes! Je crois que beaucoup trop de gens sont juste tellement habitués à l'absurdité du système entreprenariale moderne pour ne plus se rendre compte de l'absurdité grandissante de beaucoup de parties de ce système. Quand je travaille avec une femme et qu'elle doit s'absenter quelques jours pour douleurs... ben sérieux, ça change quoi? On attendra quelques jours pour certains trucs dont cette femme est responsable, et pour les choses dont on est responsables, on peut continuer de travailler. Les problèmes que certains ne manquent pas d'évoquer:

    • Si vous étiez à quelques jours près dans le projet et ne pouvez vous permettre du retard. Typiquement, deadline avec client mécontent et possiblement même des pénalités de retard. Ben là j'ai envie de dire, faut revoir vos techniques de gestion de projets. C'est typique le problème des mauvais managers qui mettent la pression aux employés, promettent des projets aux dates impossibles aux clients sans consulter ceux qui font réellement le boulot, etc. Le problème n'est pas les personnes en arrêt maladie dans ce cas, c'est le manager.
    • Si vous ne pouvez pas continuer votre boulot car vous êtes dépendant du résultat de l'absente. Ben encore une fois, faut questionner les méthodes de travail. Et vous comptiez faire quoi pendant quelques jours en attendant que cette personne finisse? Vous tourner les pouces? Ou alors c'est juste que votre emploi ne sert à rien et que vous reposez entièrement sur le boulot réel effectué par la femme absente (donc son absence met à jour l'inutilité des autres, et c'est ça le vrai problème).
    • Si c'est un boulot qui doit se faire en continu et il n'y a personne pour remplacer. Si la continuité du boulot est un prérequis, ce n'est pas la faute de l'employée si cela ne peut être assuré. L'employée, en dehors de règles douloureuses régulières, peut aussi tomber malade, peut prendre des jours de congés, voire de longues vacances, etc. En quoi cela serait-il différent?
    • Etc.

    En gros, il n'y a vraiment que de mauvaises raisons de penser que c'est un problème.

    Perso si je travaille avec quelqu'un, c'est que je considère que cette personne fait du bon boulot. Donc j'ai choisi de travailler avec elle. Pas en fonction de son genre. Et dans ce contexte, choisir quelqu'un d'autre sur un critère aussi futile n'a simplement aucun sens. Tu pourrais aussi bien "prendre le monsieur" et rien ne dit qu'il ne va pas juste pointer présent tous les jours en glandant au bureau.

    Enfin voilà, pour moi, c'est une bonne étape et c'est limite honteux que ce sujet ne commence à être évoqué politiquement que maintenant (d'ailleurs c'est pas encore voté, donc faut pas crier victoire trop vite). Quant aux freins psychologiques, encore une fois, je dis pas qu'ils n'existent pas, mais ce n'est pas en freinant encore plus fort qu'on les fera sauter. Au contraire, il faut aller de l'avant et faire évoluer les mentalités. De toutes façons dans une entreprise avec de bonnes conditions de travail et une mentalité professionnelle et saine, un tel congé menstruel ne serait absolument pas un problème pour le travail, je l'ai montré plus haut.
    Bien au contraire! En permettant de bonnes conditions sociales et de santé des employés, on ne peut qu'améliorer la qualité du travail: parce que forcer une femme avec de fortes douleurs, et qui ne fera donc pas grand chose de toutes façons, à être présente, ça a un intérêt limité; alors que bien reposée, elle n'en serait que plus productive à son retour.

    (je n'ai pas accès à l'article, peut-être qu'il y a des éléments de réponse dedans)

    J'y ai pas accès non plus, mais j'ai trouvé d'autres articles (par exemple celui-ci). Je note d'ailleurs que ta peur de la discrimination à l'embauche est partagée par beaucoup de femmes aussi (77% des personnes évoquent cette peur dans un sondage apparemment, d'après cet article).

    Je pense aussi que même chez les femmes, beaucoup n'ont pas de problèmes de règles vraiment douloureuses (après tout, c'est un problème qui touche une femme sur 10, ce qui est à la fois beaucoup et à la fois veut dire que 9 femmes sur 10 ne voient peut-être juste pas le problème, ou pas autant).

    Perso j'en connais et même juste vu de l'extérieur, c'est pas drôle du tout. Je n'ai envie de souhaiter cela à personne et la seule chose que j'aurais envie de dire à une employée qui aurait ce type de douleurs régulières, c'est de rentrer chez elle et de prendre sa journée, au moins dans les pires journées.

    En même temps, je suis quelqu'un qui promeut l'idée qu'on ne devrait pas avoir à travailler autant, qu'on ne devrait travailler que dans de bonnes conditions, que le télé-travail, c'est bien, qu'avoir une vie sociale épanouie, c'est ce que je souhaite à tous, etc.

    Donc perso, je suis à 100% pour une telle loi, et j'espère qu'elle passera (avec suffisamment de jours et une bonne indemnisation).

    Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]