• [^] # Re: Pour passer ce WE de 3j :

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Quand police et justice s'égarent (deux podcasts de la série Les Pieds sur Terre, sur France inter). Évalué à 7. Dernière modification le 11 avril 2023 à 19:42.

    Tiens, à la fin de ce podcast enregistré le 12 janvier 2023 une magistrate pose la question, plus précisément que moi :
    https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/02-juger
    Son de 55min14s à 57min48s
    Ou transcript :

    Ancienne magistrate
    Bonsoir. Moi je voulais pas poser une question, je voulais juste réagir parce qu'il y a quand même un sujet qui n'a pas du tout été abordé. C'est la question du statut du parquet. Parce que les juges sont indépendant·es, ça, c'est une réalité. Mais les procureur·es de la République en France actuellement ne le sont pas. Et il y a un lien structurel, hiérarchique entre les procureur·es et le garde des Sceaux. Ce qui pose quand même un énorme problème et, le cas échéant, un problème de conflit d'intérêts quand il y a des ministres qui sont mis·es en cause.
    Donc sur le cas de Monsieur Darmanin, j'ai été magistrate et donc je m'autorise à exprimer ce genre d'opinion et je pense que quand on est magistrat·e, on peut le faire. Il y a quand même la question d'un conflit d'intérêt réel entre quelqu'un qui dirige la police et quelqu'un qui est mis en cause dans une procédure pénale. Et ce point d'ailleurs a été soulevé par l'avocate et il est très possible que ce soit soulevé plus tard devant la Cour européenne des droits de l'homme, etc. C'est-à-dire qu'il y a quand même des droits ou des principes juridiques qu'on peut faire valoir, si ça ne marche pas en France, le cas échéant devant des juridictions européennes. Et actuellement, vous savez qu'il y a à nouveau une réforme de la justice qui est discutée et la question du statut du parquet pour savoir s'il faut lui donner son indépendance complète par rapport à l'exécutif est une sorte de serpent de mer. Une question qui divise énormément, à la fois les professionnel·les, mais surtout dont les politiques ne veulent pas. Et c'est vrai, alors à mon avis, pas tant pour les violences sexuelles que plutôt pour les affaires politico-financières.
    Mais la question se pose, et va de plus en plus se poser, pour les situations de mise en cause de politiques, d'élu·es locaux·ales, nationaux·ales pour des histoires de violences sexuelles. Et dernière chose, il y a aussi la question du lien entre effectivement le Ministre de l'Intérieur qui est le chef de la police, et les gendarmes qui mènent les investigations. Et le fait que les magistrat·es qui dirigent les investigations, donc procureur·es de la République ou juges d'instruction, eux·elles, ne dirigent pas la police. En réalité, il·elles donnent les investigations à accomplir, mais ce n'est pas elles et eux qui affectent les moyens, etc. Le chef des policier·es, etc, c'est le Ministère de l'Intérieur. Donc il y a aussi ce problème-là. Et vous avez un certain nombre de magistrat·es, et même de policier·es d'ailleurs, qui considèrent qu'il faudrait avoir une police judiciaire, c'est-à-dire entièrement dédiée aux enquêtes pénales qui soit complètement sous l'égide du ministère de la Justice, des magistrat·es en réalité, et complètement indépendante du Ministère de l'Intérieur. C'est vrai pour les violences sexuelles ou pour toutes les affaires où les élu·es sont mis·es en cause. Mais c'est vrai aussi, et j'en termine par-là, pour les problèmes de violences policières.

    (c'est moi qui grasse)