En fait ce qui est amusant c'est que de mémoire la retraite utilise les cotisations et non l'impôt car les syndicats avaient peur que l'État utilise la retraite comme variable d'ajustement budgétaire en mode on a un soucis de financement ? On réduit le budget pension et tant pis pour les futurs retraités.
C'est comme toujours, beaucoup de trucs partent de "logiques" qui semblaient bonnes/appropriées socialement, de prime abord, puis on se rend juste compte qu'il y a des failles béantes dans la logique (lesquelles soit sont utilisées par certains pour en détourner complètement l'intention de base, voire la retourner pour que ça serve l'inverse; soit ça se met simplement à bloquer des cas basiques, parce que mal pensé à la base).
C'est comme la discussion qu'on a régulièrement que pour les dépenses publiques, il faut des appels d'offre pour un choix juste et transparent. Même si cela part d'une bonne intention et même j'adhère entièrement à la logique de transparence, etc. dans les faits, ça fait au contraire que seuls toujours les mêmes grosses entreprises sont capables de répondre et d'obtenir ces projets. Ces entreprises se spécialisent dans la rédaction d'appels d'offre et au final vont sous-traiter le travail réel. C'est même tellement classique et connu que c'en est écœurant quand les gens continuent à nous parler de la logique (qui paraît totalement juste si expliquée théoriquement mais cette image de justice théorique se heurte clairement à la réalité des résultats de cette règle) du pourquoi des appels d'offre. En plus on sait que cela n'arrête en rien les fraudes institutionnelles, genre on fait un appel d'offre qu'on donne de manière "totalement juste" à la proposition de l'entreprise (qui vient tout juste d'être créée pour l'occasion) du mari de la cousine du maire ("aucun lien, fils unique", comme dirait l'autre!).
Et d'ailleurs magiquement ces organismes publics savent tout à fait se passer d'appel d'offre quand ils le décident (par exemple les affaires d'"Open Bar Microsoft" qu'on a régulièrement dans divers organismes depuis des années, qui se répètent d'une façon ou d'une autre). À chaque fois, des associations se plaignent, parfois des députés ou autre parlementaires montent au créneau mais bon... rien ne change. C'est comme si on parlait dans le vent.
Une autre logique à laquelle j'ai été confronté personnellement (qui quand on l'explique paraît saine sur le papier), c'est la nécessité d'avoir un emploi (un minimum d'heures par an) pour pouvoir donner quelques conférences universitaires. On m'avait proposé de donner des conférences à une époque. Je travaillais un peu mais pas assez (parce que je crois que c'était le tout début de notre projet, donc le projet avait vraiment trop peu d'argent et dans les faits, je travaillais beaucoup mais principalement bénévolement). Ce ne fut donc pas possible. La logique (c'est une règle qui s'applique à toutes les universités, sûrement édictée par décrets), qu'on m'a expliquée, est que ce serait une règle pour lutter contre la précarité: ces emplois ne doivent pas devenir des emplois principaux (par définition ce sont des emplois secondaires) car ce n'est pas assez pour vivre. Or dans les faits, ça précarise d'autant les personnes qui justement pourrait aussi se servir de ces métiers d'enseignants conférenciers ou vacataires comme tremplin pour aller plus loin (ça fait un peu de revenu pour être beaucoup moins dans la détresse donc on prend le temps de chercher un meilleur emploi; peut-être à terme voudrait-on justement se diriger vers l'enseignement à temps plein d'ailleurs, etc.). Pas une seule fois, il n'y a une notion de compétence par exemple (pas de problème de ce côté là, d'ailleurs c'était même eux qui étaient venus me chercher) ou même d'expérience professionnelle passée (par exemple, si on voulait être sûr d'engager quelqu'un avec de l'expérience dans le domaine, on peut regarder cela; avoir des trous dans une carrière très remplie, c'est pas rare du tout), c'est essentiellement une logique "ah tu travailles pas ou pas assez là maintenant? Je te donne pas de travail". Je dirais même que c'est une logique illogique.
Personnellement je m'en fichais un peu. Même avec peu de salaire, je ne me suis jamais senti dans la détresse et je n'ai jamais eu l'intention de me reconvertir dans l'enseignement. Par contre donner quelques cours à côté ne serait pas pour me déplaire. Je sais que je peux faire un enseignant tout à fait convenable (pour les quelques fois où j'ai eu l'occasion de le faire) et ça me plaît de passer mon savoir dans de bonnes conditions. En tous cas, je me suis vraiment demandé comment cette règle protégeait vraiment de la précarité et si au contraire, elle n'enfonçait pas davantage les précaires dans leur précarité.
Et c'est là où j'ai eu l'occasion de rencontrer à nouveau un exemple de cette même règle, il y a quelques années. Comme on le sait, Aryeom, réalisatrice de ZeMarmot donne déjà des cours en université en tant que vacataire pour du graphisme numérique avec GIMP. Un jour elle a été en contact avec une autre université parisienne mais comme elle déménageait, ils n'étaient pas chaud pour des cours à distance (contrairement à la première université pour laquelle elle continue). On a alors mis cette université en contact avec une amie à nous, qui fait du graphisme avec Krita et on l'a chaudement recommandée (parce qu'elle le mérite!). Ils ont tout de suite aimé ce qu'elle faisait sauf que s'est immédiatement posé le même problème qui m'était arrivé des années plus tôt: elle ne travaillait pas assez dans une année! Il se trouvait qu'elle faisait parfois du mi-temps dans une boulangerie (enfin je crois, ou bien une autre activité, dans tous les cas sans rapport avec du graphisme), donc elle les a contactés et ils lui ont augmenté son mi-temps, ce qui lui a permis d'avoir exactement le nombre de jours de travail suffisant. Au final elle a donc dû avoir un contrat dans un mi-temps d'un truc qui n'a absolument aucun rapport (boulangerie ⇔ graphisme ???) pour avoir le poste. Et tout ça juste pour prouver qu'elle n'est pas précaire, dans le but explicite de ne pas la rendre précaire en la payant pour un emploi réel! 🤔 Je crois que ce genre de règle marche sur la tête. 🙃
Enfin bon, que l'origine de la logique de financement des retraites ait l'air d'avoir du sens, je n'en doute pas. Et comme beaucoup d'autres règles, je pense honnêtement que les gens qui les ont faites originellement y croyaient vraiment. Mais clairement, quand il devient évident qu'une règle n'aboutit finalement pas à son objectif premier, il faut simplement la changer. Pas s'entêter avec des logiques de "mais c'était pour une bonne cause, on y croyait quand on a écrit la règle!". Je dis pas que c'est ta position (tu dis clairement le contraire). Je précise au cas où. 😜
C'est juste moi qui radote et surenchéris, parce que tous ces exemples de trucs qui tournent pas rond m'exaspèrent au plus haut point. Parfois j'ai l'impression qu'on est tous coincé dans une sorte de boucle d'illogisme et qu'on arrive pas à en sortir. Vraiment on est dans l'absurde. Et ce pour tellement de sujets...
"L'enfer est pavé de bonnes intentions", comme on dit.
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]
[^] # Re: Suggestions
Posté par Jehan (site web personnel, Mastodon) . En réponse au lien Faut-il réformer les retraites : ce qu'en dit le Conseil d’Orientation des Retraites (PDF). Évalué à 6.
C'est comme toujours, beaucoup de trucs partent de "logiques" qui semblaient bonnes/appropriées socialement, de prime abord, puis on se rend juste compte qu'il y a des failles béantes dans la logique (lesquelles soit sont utilisées par certains pour en détourner complètement l'intention de base, voire la retourner pour que ça serve l'inverse; soit ça se met simplement à bloquer des cas basiques, parce que mal pensé à la base).
C'est comme la discussion qu'on a régulièrement que pour les dépenses publiques, il faut des appels d'offre pour un choix juste et transparent. Même si cela part d'une bonne intention et même j'adhère entièrement à la logique de transparence, etc. dans les faits, ça fait au contraire que seuls toujours les mêmes grosses entreprises sont capables de répondre et d'obtenir ces projets. Ces entreprises se spécialisent dans la rédaction d'appels d'offre et au final vont sous-traiter le travail réel. C'est même tellement classique et connu que c'en est écœurant quand les gens continuent à nous parler de la logique (qui paraît totalement juste si expliquée théoriquement mais cette image de justice théorique se heurte clairement à la réalité des résultats de cette règle) du pourquoi des appels d'offre. En plus on sait que cela n'arrête en rien les fraudes institutionnelles, genre on fait un appel d'offre qu'on donne de manière "totalement juste" à la proposition de l'entreprise (qui vient tout juste d'être créée pour l'occasion) du mari de la cousine du maire ("aucun lien, fils unique", comme dirait l'autre!).
Et d'ailleurs magiquement ces organismes publics savent tout à fait se passer d'appel d'offre quand ils le décident (par exemple les affaires d'"Open Bar Microsoft" qu'on a régulièrement dans divers organismes depuis des années, qui se répètent d'une façon ou d'une autre). À chaque fois, des associations se plaignent, parfois des députés ou autre parlementaires montent au créneau mais bon... rien ne change. C'est comme si on parlait dans le vent.
Une autre logique à laquelle j'ai été confronté personnellement (qui quand on l'explique paraît saine sur le papier), c'est la nécessité d'avoir un emploi (un minimum d'heures par an) pour pouvoir donner quelques conférences universitaires. On m'avait proposé de donner des conférences à une époque. Je travaillais un peu mais pas assez (parce que je crois que c'était le tout début de notre projet, donc le projet avait vraiment trop peu d'argent et dans les faits, je travaillais beaucoup mais principalement bénévolement). Ce ne fut donc pas possible. La logique (c'est une règle qui s'applique à toutes les universités, sûrement édictée par décrets), qu'on m'a expliquée, est que ce serait une règle pour lutter contre la précarité: ces emplois ne doivent pas devenir des emplois principaux (par définition ce sont des emplois secondaires) car ce n'est pas assez pour vivre. Or dans les faits, ça précarise d'autant les personnes qui justement pourrait aussi se servir de ces métiers d'enseignants conférenciers ou vacataires comme tremplin pour aller plus loin (ça fait un peu de revenu pour être beaucoup moins dans la détresse donc on prend le temps de chercher un meilleur emploi; peut-être à terme voudrait-on justement se diriger vers l'enseignement à temps plein d'ailleurs, etc.). Pas une seule fois, il n'y a une notion de compétence par exemple (pas de problème de ce côté là, d'ailleurs c'était même eux qui étaient venus me chercher) ou même d'expérience professionnelle passée (par exemple, si on voulait être sûr d'engager quelqu'un avec de l'expérience dans le domaine, on peut regarder cela; avoir des trous dans une carrière très remplie, c'est pas rare du tout), c'est essentiellement une logique "ah tu travailles pas ou pas assez là maintenant? Je te donne pas de travail". Je dirais même que c'est une logique illogique.
Personnellement je m'en fichais un peu. Même avec peu de salaire, je ne me suis jamais senti dans la détresse et je n'ai jamais eu l'intention de me reconvertir dans l'enseignement. Par contre donner quelques cours à côté ne serait pas pour me déplaire. Je sais que je peux faire un enseignant tout à fait convenable (pour les quelques fois où j'ai eu l'occasion de le faire) et ça me plaît de passer mon savoir dans de bonnes conditions. En tous cas, je me suis vraiment demandé comment cette règle protégeait vraiment de la précarité et si au contraire, elle n'enfonçait pas davantage les précaires dans leur précarité.
Et c'est là où j'ai eu l'occasion de rencontrer à nouveau un exemple de cette même règle, il y a quelques années. Comme on le sait, Aryeom, réalisatrice de ZeMarmot donne déjà des cours en université en tant que vacataire pour du graphisme numérique avec GIMP. Un jour elle a été en contact avec une autre université parisienne mais comme elle déménageait, ils n'étaient pas chaud pour des cours à distance (contrairement à la première université pour laquelle elle continue). On a alors mis cette université en contact avec une amie à nous, qui fait du graphisme avec Krita et on l'a chaudement recommandée (parce qu'elle le mérite!). Ils ont tout de suite aimé ce qu'elle faisait sauf que s'est immédiatement posé le même problème qui m'était arrivé des années plus tôt: elle ne travaillait pas assez dans une année! Il se trouvait qu'elle faisait parfois du mi-temps dans une boulangerie (enfin je crois, ou bien une autre activité, dans tous les cas sans rapport avec du graphisme), donc elle les a contactés et ils lui ont augmenté son mi-temps, ce qui lui a permis d'avoir exactement le nombre de jours de travail suffisant. Au final elle a donc dû avoir un contrat dans un mi-temps d'un truc qui n'a absolument aucun rapport (boulangerie ⇔ graphisme ???) pour avoir le poste. Et tout ça juste pour prouver qu'elle n'est pas précaire, dans le but explicite de ne pas la rendre précaire en la payant pour un emploi réel! 🤔 Je crois que ce genre de règle marche sur la tête. 🙃
Enfin bon, que l'origine de la logique de financement des retraites ait l'air d'avoir du sens, je n'en doute pas. Et comme beaucoup d'autres règles, je pense honnêtement que les gens qui les ont faites originellement y croyaient vraiment. Mais clairement, quand il devient évident qu'une règle n'aboutit finalement pas à son objectif premier, il faut simplement la changer. Pas s'entêter avec des logiques de "mais c'était pour une bonne cause, on y croyait quand on a écrit la règle!". Je dis pas que c'est ta position (tu dis clairement le contraire). Je précise au cas où. 😜
C'est juste moi qui radote et surenchéris, parce que tous ces exemples de trucs qui tournent pas rond m'exaspèrent au plus haut point. Parfois j'ai l'impression qu'on est tous coincé dans une sorte de boucle d'illogisme et qu'on arrive pas à en sortir. Vraiment on est dans l'absurde. Et ce pour tellement de sujets...
"L'enfer est pavé de bonnes intentions", comme on dit.
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]