Il y a plusieurs points où on est apparemment d'accord:
1) La question du problème de l'énergie ne se réduit pas à "renouvelables vs. nucléaire".
C'est justement ce que j'ai essayé de dire avec mon premier commentaire: "Il faut aussi dire que la question n'est pas non plus: nucléaire vs. renouvelables" et " Ces acteurs poussent à des solutions plus nuancées, et n'ont pas le même discours que Jancovici".
Ce que je constate autour de moi, c'est que cette dispute "renouvelables vs. nucléaire" existe surtout dans la tête du grand public, mais que pour les gens qui se sont penché sur le problème, cette dichotomie n’apparaît pas lorsqu'ils discutent de la situation. Cette dichotomie apparaît pourtant en filigrane dans le discours de Jancovici (dans son livre et dans ses autres interventions).
Je répondais à un message qui disait:
Moi j'ai plutôt l'impression que l'énergie nucléaire est considérée comme un élément majeur de la décarbonation de l'économie par tous les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème.
Ce que je constate, c'est que "les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème" ne parlent pas en terme de "renouvelables vs. nucléaire", et trouveront sûrement la présentation de la situation faite par Jancovici étrangement orientée "nucléaire vs. renouvelables".
2) Il n'y a pas vraiment de lobby pro-nucléaire.
Et c'est vraiment ça mon argument: on a des acteurs qui sont bien placé pour faire du nucléaire, et qui décident, eux-mêmes, de ne pas insister dessus. Pas parce qu'ils sont forcés par le lobby pétrolier, mais parce qu'ils se sont penchés sur le problème et en ont conclu que le nucléaire n'est pas la solution miracle. Si effectivement le nucléaire était évident, on aurait un lobby du nucléaire, on aurait des industries qui parieraient dessus à tout prix, puisque son succès va rapporter gros. (et un succès du secteur pétrolier serait une catastrophe pour eux)
3) La libération du marché n'est pas favorable au nucléaire.
C'est le cœur de mon argument: le nucléaire n'a pas la défaveur des investisseurs et des analystes parce qu'il y a un lobby contre lui, mais parce que ce marché n'est pas attirant. Il faut effectivement un gros soutient financier politique et une stratégie globale à long terme, et la garantie que ce soutient va durer longtemps.
Je suis 100% pour qu'on discute d'une transition de société qui sort le secteur de l'énergie du système capitaliste, et dans laquelle le nucléaire aurait donc un plus grand potentiel. Mais à l'heure actuelle, ce n'est pas le cas, et c'est, selon moi, la raison pour laquelle le secteur du nucléaire ne s'est pas toujours imposés, plus que l'explication d'un lobby pétrolier (les raisons qui me font penser ça sont données plus bas).
4) il y a un lobby pétrolier/gaz très fort.
Je suis 100% d'accord avec ça. Mais ce lobby n'a pas de gros accès aux décisions qui font les acteurs qui ont des intérêts financiers dans le nucléaire. Le lobby du pétrole/gaz n'est pas celui qui fait dire à EDF qu'ils ne vont pas faire du lobby pro-nucléaire. Imagine la réunion chez EDF: "un de nos concurrents nous demande de ne pas faire X, comme ça, ils peuvent nous prendre le marché tandis que nous ne gagnons rien car nous ne sommes pas fournisseur de pétrole/gaz, faisons ça".
Je vois les effets du lobby pétrolier autour de moi dans mon travail. Je vois régulièrement des collègues dire "qu'est-ce que c'est que ce bordel, on a rendu un rapport disant qu'il faut changer la taxation de cette façon, mais ce politicien vient de voter tout l'inverse" ou "tout les calculs démontrent qu'utiliser de l'hydrogène pour remplacer le gaz des chauffe-eau est extrêmement moins efficace que les pompes à chaleur, et ce politicien vient d'approuver un projet pour pousser le premier". Par contre, je ne vois pas "on a remis un dossier où on devait renforcer le nucléaire, mais les politiciens l'ont ignoré". Je ne comprends pas comment le lobby pétrolier est si évident sur plein de sujet, mais est si subtil si les décisions concernant le nucléaire étaient réellement le résultat de leur lobbying.
5) les filières du pétrole cherchent à se reconvertir et le font vers le renouvelables.
Oui, c'est la meilleure solution pour eux: le renouvelable est un marché très porteur en ce moment avec de gros potentiel, et leur est accessible (contrairement au nucléaire qui requiert des années d'expertises à construire, plus des tonnes de certifications), tandis que quoi qu'il arrive, le secteur du pétrole ne peut que se réduire ou devenir plus compliqué (même s'il reste présent, difficile de croire que ce secteur ne sera pas puni pour sa pollution d'une manière ou d'une autre).
Pour le reste, j'apporterais quand même de grosses nuances:
6) le discours de Jancovici participe à son image (j'ai hésité à mettre ceci, car je sens que ça va générer plus de débat que ça en vaut la peine)
La "malédiction de Jancovici" est partiellement sa propre faute. Personne ne lui a mis le revolver sur la tempe pour écrire ce livre, il n'avait aucune raison de le structurer comme il l'a fait, avec un discours très critique sur les renouvelables et un discours très positif sur le nucléaire qui arrive à la fin en guise de conclusion (la discussion a commencée par un commentaire de quelqu'un qui ne connaissait pas Jancovici et qui a pourtant senti que l'auteur avait une préférence). On aurait voulu écrire un livre pro-nucléaire réaliste, on aurait fait quelque chose de très similaire. Jancovici se plaint à la fois du fait que l'aspect "renouvelables vs nucléaire" masque les autres aspects qu'il veut mettre en avant, mais régulièrement, alors que l'intervieweur n'a rien fait pour, place une petite pique "au fait, voilà pourquoi les anti-nucléaires ont tort".
Jancovici a aussi une étiquette dont il est difficile de se défaire, mais je ne comprends pas pourquoi il ne s'en défait pas lui-même. C'est malhonnête de prétendre que cette étiquette est une fabrication: Jancovici a été, par le passé, vraiment pro-nucléaire et vraiment "c'est nucléaire vs renouvelables" (par exemple quand il a défendu à l'assemblée l'idée, sur base de chiffres faux, qu'investir dans le solaire serait une catastrophe et serait néfaste au nucléaire). Il peut-être changé d'avis depuis, mais son attitude sur le sujet reste très ambiguë et son discours sur le fond continue à être compatible avec ses opinions passées. Si effectivement il a changé d'avis, il ne lui coûte rien de dire tout haut qu'il a changé d'avis, et ça résoudrait son problème avec son étiquette, mais il ne le fait pas, du coup, c'est hypocrite de dire "il n'y a aucune preuve qu'il a changé d'avis, donc vous êtes en tort de ne pas supposer qu'il a changé d'avis".
Notons également que Jancovici n'est pas critiqué que sur la partie nucléaire. La partie sur le pic pétrolier est aussi critiquée.
7) l'hypothèse que le renouvelable est poussé par le lobby pétrolier ne correspond pas aux faits
C'est totalement vrai que depuis l'extérieur, les faits sont compatibles avec l'hypothèse suivante: "le nucléaire est une bonne solution, mais le lobby pétrolier/gaz le sabote". Mais ces faits sont aussi compatibles avec l'hypothèse suivante: "le nucléaire n'est pas une solution attirante, c'est pour cela que le marché préfère le renouvelable".
Par contre, et c'est la raison de mon intervention, depuis l'intérieur, on ne voit pas de traces de ce sabotage, et on voit des articles scientifiques, écrits par des personnes qui ont démontré leur opposition au lobby pétrolier, et dont les calculs ne comportent pas d'erreurs, conclurent que le nucléaire n'est pas toujours attirant.
Par exemple, RTE a publié un rapport sur les différentes options pour le future du réseau, et parmi les scénarios, il y a un scénario où on sort du nucléaire. MAIS, il y a aussi un scénario où on étend le nucléaire. Et ils présentent leurs résultats en disant que les deux scénarios sont possibles, et que c'est un choix de société qui est, pour eux, pas de leur ressort. RTE aurait donc été acheté par le lobby pétrole/gaz, MAIS cet achat aurait été "dites que le renouvelable est possible, mais dites aussi que le nucléaire est possible, parce que, quitte à mentir, autant le faire à moitié et dire du bien du groupe qu'on veut battre". Si RTE peut modifier deux-trois chiffres pour que le "scenario 100% renouvelable" ait un score compétitif, ils peuvent très facilement modifier deux-trois chiffres pour que le "scenario avec extension du nucléaire" soit inférieur au renouvelable.
Autre exemple, les entreprises pétrolières se reconvertiraient dans le renouvelable pour saboter la transition énergétique: plutôt que de dépenser de l'argent dans l'ombre pour changer les lois, elles mettraient de l'argent à perte dans une entreprise qu'elles souhaitent elles-mêmes faire capoter, alors même que les acteurs qui ont des intérêts financiers dans le nucléaire sont aussi intéressé par investir dans le renouvelable. La conséquence si ces compagnies réussissent leur pari, c'est que ces acteurs ayant des intérêts financiers dans le nucléaire se retrouvent à devoir tout miser sur le nucléaire. Si on veut qu'EDF arrête le nucléaire, dire "si tu ne fais pas de nucléaire, tu vas devoir venir sur ce marché que je rends moi-même moins attractif pour toi" n'est pas la meilleure stratégie.
Autre exemple, j'ai des collègues qui ont écrit des rapports qui concluent "le nucléaire dans ce cas serait cool, mais malheureusement, c'est pas envisageable, c'est trop cher, on conseille plutôt le renouvelable". Déjà, on trouve pas vraiment de problème dans leurs calculs. Ensuite, ces mêmes collègues ont aussi publiés des rapports où ils recommandaient, dans d'autres cas, d'étendre le nucléaire. Et finalement, ces mêmes collègues publient sur le net des billet parlant de leurs frustrations de voir les politiciens, par exemple, parler de chauffe-eau à l'hydrogène alors que tout les calculs montrent que ce n'est pas une bonne idée. Ce sont des drôles de vendus: dans 66% de leurs rapports, ils s'opposent aux intérêts pétroliers/gaz, mais de temps en temps, paf, ils se font achetés et écrivent un rapport où ils parviennent à modifier les chiffres, par ailleurs accessibles, sans que personne ne puisse le voir.
D'où la question pour laquelle je n'ai toujours pas de réponse: vu de l'extérieur, toutes les hypothèses se valent. On peut éliminer des hypothèses en regardant à l'intérieur. Humblement, de mon côté, en regardant à l'intérieur, l'hypothèse qu'il y a un lobbying soutenant le renouvelable pour favoriser le pétrole ne tient pas vraiment la route. Il se peut que je sois dans une bulle, et j'aimerais avoir l'avis d'autres personnes qui sont à l'intérieur. Me répondre "oui mais à l'intérieur, que je ne connais pas, c'est comme ça ..." n'a pas beaucoup d'intérêt: as-tu dialogué avec un nombre significatif de vrais acteurs du secteur ? as-tu des exemples de tendance où on constate que les rapports écrits par les vrais acteurs du secteur sont systématiquement ignorés s'ils sont pro-nucléaires, mais pas quand ils sont pro-renouvelables ? as-tu vu des conférences professionnelle où les gens soutenaient massivement la vision telle que présentée par Jancovici comme une évidence scientifique ? Ou bien est-ce ce que tu imagines ce qu'il se passe dans ce secteur, auquel cas, entre ce que j'ai vu de mes yeux vus et ce que tu me dis exister alors que tu n'as pas vérifié, mon honnêteté intellectuelle m'impose de préférer le premier.
8) l'hypothèse "le lobby pétrole/gaz sabote la transition en soutenant le renouvelable" n'est pas meilleure que "le lobby pétrole/gaz sabote la transition en soutenant le nucléaire" ou "le lobby pétrole/gaz sabote la transition en montant le nucléaire contre le renouvelable"
La situation en France du nucléaire est très mauvaise, avec beaucoup de cul-de-sac: perte d'expertise, chantiers qui se prolongent, parcs très chers à renouveler. La situation en France du renouvelable est très mauvaise: un sous-investissement pendant des années, une politique qui change du jour au lendemain qui empêchent les investisseurs de savoir si leur investissement va être rentable ou non parce que la France va ou non construire des nouvelles centrales nucléaires (cf. la renaissance du nucléaire français annoncé par Macron).
Bref, cette hypothèse que le renouvelable est profitable au lobby du pétrole/gaz est ad-hoc: elle se base sur ce que la personne a déjà décidé: si je suis pro-nucléaire, le renouvelable est bon pour le pétrole/gaz, si je suis pro-renouvelable, le nucléaire est bon pour le pétrole/gaz.
Ainsi, par exemple, tu dis
Mais, oublions tout ça, le vrai problème, c'est évidement celui posé par l'énergie nucléaire. (sic).
Mais c'est après avoir longuement expliqué pourquoi le renouvelable est une arme des lobbys du pétrole.
On pourrait donc tout autant reprendre ton dernier paragraphe et dire:
Mais, oublions tout ça, le vrai problème, c'est évidement celui posé par l'énergie renouvelable. (sic).
[^] # Re: La part réelle du nucléaire dans le bouquin
Posté par j-c_32 . En réponse au lien Erratum pour «Le monde sans fin» : Dargaud piégé par des activistes. Évalué à 5.
Il y a plusieurs points où on est apparemment d'accord:
1) La question du problème de l'énergie ne se réduit pas à "renouvelables vs. nucléaire".
C'est justement ce que j'ai essayé de dire avec mon premier commentaire: "Il faut aussi dire que la question n'est pas non plus: nucléaire vs. renouvelables" et " Ces acteurs poussent à des solutions plus nuancées, et n'ont pas le même discours que Jancovici".
Ce que je constate autour de moi, c'est que cette dispute "renouvelables vs. nucléaire" existe surtout dans la tête du grand public, mais que pour les gens qui se sont penché sur le problème, cette dichotomie n’apparaît pas lorsqu'ils discutent de la situation. Cette dichotomie apparaît pourtant en filigrane dans le discours de Jancovici (dans son livre et dans ses autres interventions).
Je répondais à un message qui disait:
Ce que je constate, c'est que "les gens qui se sont penchés sérieusement sur le problème" ne parlent pas en terme de "renouvelables vs. nucléaire", et trouveront sûrement la présentation de la situation faite par Jancovici étrangement orientée "nucléaire vs. renouvelables".
2) Il n'y a pas vraiment de lobby pro-nucléaire.
Et c'est vraiment ça mon argument: on a des acteurs qui sont bien placé pour faire du nucléaire, et qui décident, eux-mêmes, de ne pas insister dessus. Pas parce qu'ils sont forcés par le lobby pétrolier, mais parce qu'ils se sont penchés sur le problème et en ont conclu que le nucléaire n'est pas la solution miracle. Si effectivement le nucléaire était évident, on aurait un lobby du nucléaire, on aurait des industries qui parieraient dessus à tout prix, puisque son succès va rapporter gros. (et un succès du secteur pétrolier serait une catastrophe pour eux)
3) La libération du marché n'est pas favorable au nucléaire.
C'est le cœur de mon argument: le nucléaire n'a pas la défaveur des investisseurs et des analystes parce qu'il y a un lobby contre lui, mais parce que ce marché n'est pas attirant. Il faut effectivement un gros soutient financier politique et une stratégie globale à long terme, et la garantie que ce soutient va durer longtemps.
Je suis 100% pour qu'on discute d'une transition de société qui sort le secteur de l'énergie du système capitaliste, et dans laquelle le nucléaire aurait donc un plus grand potentiel. Mais à l'heure actuelle, ce n'est pas le cas, et c'est, selon moi, la raison pour laquelle le secteur du nucléaire ne s'est pas toujours imposés, plus que l'explication d'un lobby pétrolier (les raisons qui me font penser ça sont données plus bas).
4) il y a un lobby pétrolier/gaz très fort.
Je suis 100% d'accord avec ça. Mais ce lobby n'a pas de gros accès aux décisions qui font les acteurs qui ont des intérêts financiers dans le nucléaire. Le lobby du pétrole/gaz n'est pas celui qui fait dire à EDF qu'ils ne vont pas faire du lobby pro-nucléaire. Imagine la réunion chez EDF: "un de nos concurrents nous demande de ne pas faire X, comme ça, ils peuvent nous prendre le marché tandis que nous ne gagnons rien car nous ne sommes pas fournisseur de pétrole/gaz, faisons ça".
Je vois les effets du lobby pétrolier autour de moi dans mon travail. Je vois régulièrement des collègues dire "qu'est-ce que c'est que ce bordel, on a rendu un rapport disant qu'il faut changer la taxation de cette façon, mais ce politicien vient de voter tout l'inverse" ou "tout les calculs démontrent qu'utiliser de l'hydrogène pour remplacer le gaz des chauffe-eau est extrêmement moins efficace que les pompes à chaleur, et ce politicien vient d'approuver un projet pour pousser le premier". Par contre, je ne vois pas "on a remis un dossier où on devait renforcer le nucléaire, mais les politiciens l'ont ignoré". Je ne comprends pas comment le lobby pétrolier est si évident sur plein de sujet, mais est si subtil si les décisions concernant le nucléaire étaient réellement le résultat de leur lobbying.
5) les filières du pétrole cherchent à se reconvertir et le font vers le renouvelables.
Oui, c'est la meilleure solution pour eux: le renouvelable est un marché très porteur en ce moment avec de gros potentiel, et leur est accessible (contrairement au nucléaire qui requiert des années d'expertises à construire, plus des tonnes de certifications), tandis que quoi qu'il arrive, le secteur du pétrole ne peut que se réduire ou devenir plus compliqué (même s'il reste présent, difficile de croire que ce secteur ne sera pas puni pour sa pollution d'une manière ou d'une autre).
Pour le reste, j'apporterais quand même de grosses nuances:
6) le discours de Jancovici participe à son image (j'ai hésité à mettre ceci, car je sens que ça va générer plus de débat que ça en vaut la peine)
La "malédiction de Jancovici" est partiellement sa propre faute. Personne ne lui a mis le revolver sur la tempe pour écrire ce livre, il n'avait aucune raison de le structurer comme il l'a fait, avec un discours très critique sur les renouvelables et un discours très positif sur le nucléaire qui arrive à la fin en guise de conclusion (la discussion a commencée par un commentaire de quelqu'un qui ne connaissait pas Jancovici et qui a pourtant senti que l'auteur avait une préférence). On aurait voulu écrire un livre pro-nucléaire réaliste, on aurait fait quelque chose de très similaire. Jancovici se plaint à la fois du fait que l'aspect "renouvelables vs nucléaire" masque les autres aspects qu'il veut mettre en avant, mais régulièrement, alors que l'intervieweur n'a rien fait pour, place une petite pique "au fait, voilà pourquoi les anti-nucléaires ont tort".
Jancovici a aussi une étiquette dont il est difficile de se défaire, mais je ne comprends pas pourquoi il ne s'en défait pas lui-même. C'est malhonnête de prétendre que cette étiquette est une fabrication: Jancovici a été, par le passé, vraiment pro-nucléaire et vraiment "c'est nucléaire vs renouvelables" (par exemple quand il a défendu à l'assemblée l'idée, sur base de chiffres faux, qu'investir dans le solaire serait une catastrophe et serait néfaste au nucléaire). Il peut-être changé d'avis depuis, mais son attitude sur le sujet reste très ambiguë et son discours sur le fond continue à être compatible avec ses opinions passées. Si effectivement il a changé d'avis, il ne lui coûte rien de dire tout haut qu'il a changé d'avis, et ça résoudrait son problème avec son étiquette, mais il ne le fait pas, du coup, c'est hypocrite de dire "il n'y a aucune preuve qu'il a changé d'avis, donc vous êtes en tort de ne pas supposer qu'il a changé d'avis".
Notons également que Jancovici n'est pas critiqué que sur la partie nucléaire. La partie sur le pic pétrolier est aussi critiquée.
7) l'hypothèse que le renouvelable est poussé par le lobby pétrolier ne correspond pas aux faits
C'est totalement vrai que depuis l'extérieur, les faits sont compatibles avec l'hypothèse suivante: "le nucléaire est une bonne solution, mais le lobby pétrolier/gaz le sabote". Mais ces faits sont aussi compatibles avec l'hypothèse suivante: "le nucléaire n'est pas une solution attirante, c'est pour cela que le marché préfère le renouvelable".
Par contre, et c'est la raison de mon intervention, depuis l'intérieur, on ne voit pas de traces de ce sabotage, et on voit des articles scientifiques, écrits par des personnes qui ont démontré leur opposition au lobby pétrolier, et dont les calculs ne comportent pas d'erreurs, conclurent que le nucléaire n'est pas toujours attirant.
Par exemple, RTE a publié un rapport sur les différentes options pour le future du réseau, et parmi les scénarios, il y a un scénario où on sort du nucléaire. MAIS, il y a aussi un scénario où on étend le nucléaire. Et ils présentent leurs résultats en disant que les deux scénarios sont possibles, et que c'est un choix de société qui est, pour eux, pas de leur ressort. RTE aurait donc été acheté par le lobby pétrole/gaz, MAIS cet achat aurait été "dites que le renouvelable est possible, mais dites aussi que le nucléaire est possible, parce que, quitte à mentir, autant le faire à moitié et dire du bien du groupe qu'on veut battre". Si RTE peut modifier deux-trois chiffres pour que le "scenario 100% renouvelable" ait un score compétitif, ils peuvent très facilement modifier deux-trois chiffres pour que le "scenario avec extension du nucléaire" soit inférieur au renouvelable.
Autre exemple, les entreprises pétrolières se reconvertiraient dans le renouvelable pour saboter la transition énergétique: plutôt que de dépenser de l'argent dans l'ombre pour changer les lois, elles mettraient de l'argent à perte dans une entreprise qu'elles souhaitent elles-mêmes faire capoter, alors même que les acteurs qui ont des intérêts financiers dans le nucléaire sont aussi intéressé par investir dans le renouvelable. La conséquence si ces compagnies réussissent leur pari, c'est que ces acteurs ayant des intérêts financiers dans le nucléaire se retrouvent à devoir tout miser sur le nucléaire. Si on veut qu'EDF arrête le nucléaire, dire "si tu ne fais pas de nucléaire, tu vas devoir venir sur ce marché que je rends moi-même moins attractif pour toi" n'est pas la meilleure stratégie.
Autre exemple, j'ai des collègues qui ont écrit des rapports qui concluent "le nucléaire dans ce cas serait cool, mais malheureusement, c'est pas envisageable, c'est trop cher, on conseille plutôt le renouvelable". Déjà, on trouve pas vraiment de problème dans leurs calculs. Ensuite, ces mêmes collègues ont aussi publiés des rapports où ils recommandaient, dans d'autres cas, d'étendre le nucléaire. Et finalement, ces mêmes collègues publient sur le net des billet parlant de leurs frustrations de voir les politiciens, par exemple, parler de chauffe-eau à l'hydrogène alors que tout les calculs montrent que ce n'est pas une bonne idée. Ce sont des drôles de vendus: dans 66% de leurs rapports, ils s'opposent aux intérêts pétroliers/gaz, mais de temps en temps, paf, ils se font achetés et écrivent un rapport où ils parviennent à modifier les chiffres, par ailleurs accessibles, sans que personne ne puisse le voir.
D'où la question pour laquelle je n'ai toujours pas de réponse: vu de l'extérieur, toutes les hypothèses se valent. On peut éliminer des hypothèses en regardant à l'intérieur. Humblement, de mon côté, en regardant à l'intérieur, l'hypothèse qu'il y a un lobbying soutenant le renouvelable pour favoriser le pétrole ne tient pas vraiment la route. Il se peut que je sois dans une bulle, et j'aimerais avoir l'avis d'autres personnes qui sont à l'intérieur. Me répondre "oui mais à l'intérieur, que je ne connais pas, c'est comme ça ..." n'a pas beaucoup d'intérêt: as-tu dialogué avec un nombre significatif de vrais acteurs du secteur ? as-tu des exemples de tendance où on constate que les rapports écrits par les vrais acteurs du secteur sont systématiquement ignorés s'ils sont pro-nucléaires, mais pas quand ils sont pro-renouvelables ? as-tu vu des conférences professionnelle où les gens soutenaient massivement la vision telle que présentée par Jancovici comme une évidence scientifique ? Ou bien est-ce ce que tu imagines ce qu'il se passe dans ce secteur, auquel cas, entre ce que j'ai vu de mes yeux vus et ce que tu me dis exister alors que tu n'as pas vérifié, mon honnêteté intellectuelle m'impose de préférer le premier.
8) l'hypothèse "le lobby pétrole/gaz sabote la transition en soutenant le renouvelable" n'est pas meilleure que "le lobby pétrole/gaz sabote la transition en soutenant le nucléaire" ou "le lobby pétrole/gaz sabote la transition en montant le nucléaire contre le renouvelable"
La situation en France du nucléaire est très mauvaise, avec beaucoup de cul-de-sac: perte d'expertise, chantiers qui se prolongent, parcs très chers à renouveler. La situation en France du renouvelable est très mauvaise: un sous-investissement pendant des années, une politique qui change du jour au lendemain qui empêchent les investisseurs de savoir si leur investissement va être rentable ou non parce que la France va ou non construire des nouvelles centrales nucléaires (cf. la renaissance du nucléaire français annoncé par Macron).
Bref, cette hypothèse que le renouvelable est profitable au lobby du pétrole/gaz est ad-hoc: elle se base sur ce que la personne a déjà décidé: si je suis pro-nucléaire, le renouvelable est bon pour le pétrole/gaz, si je suis pro-renouvelable, le nucléaire est bon pour le pétrole/gaz.
Ainsi, par exemple, tu dis
Mais c'est après avoir longuement expliqué pourquoi le renouvelable est une arme des lobbys du pétrole.
On pourrait donc tout autant reprendre ton dernier paragraphe et dire: