• [^] # Re: Mutuelle

    Posté par . En réponse au journal Mutuelle et mot de passe. Évalué à 8.

    C'est un peu la bizarrerie du système français, à cheval entre le modèle bismarckien (dont il hérite la complexité administrative) et le modèle beveridgien dont il hérite l'acteur "unique" imposé.

    Je mets volontairement unique entre parenthèses car l'acteur n'a rien d'unique en pratique. Il y a une myriade de caisses de sécurité sociale, chacune avec ses règles propres de fonctionnement, et comme la caisse est imposée par le domaine d'activité, c'est vite le bordel. Ma compagne a mis plus d'un an à repasser sur le régime général du fait des lenteurs administratives de la mutuelle des agriculteurs, et je me bats en ce moment avec la sécu militaire. Ces caisses sont souvent justifiées par une meilleure connaissance des problématiques de la population couverte, mais en réalité, la justification est qu'elles préexistaient à la création du régime général et que personne n'a jamais pris le temps d'organiser une fusion propre, ajouté au fait qu'une bonne partie de ces caisses couvrent des populations moins malades que la moyenne et proposent donc des cotisations plus basses, permettant à leurs adhérents de s'affranchir de la solidarité qui prévalait à la création de la sécurité sociale (qui, elle, n'indice pas vos cotisations sur votre risque mais uniquement sur vos moyens).

    Un exemple éclatant du caractère bismarckien de la France est celui des chômeurs. Dans le modèle bismarckien, on est couvert grâce à son travail, et un chômeur n'a droit à rien. En théorie, ce n'est pas un problème, puisque dans l'après-guerre, on pensait rapidement revenir au plein-emploi. Sauf qu'avec l'apparition de chômeurs longue durée, c'est devenu un problème car ils étaient moins couverts et plus malades que la moyenne. On a donc ajouté une rustine sous la forme de la CMU. Et puis, situation par situation, on a ajouté de plus en plus de rustines jusqu'à ce que plus personne n'y comprenne rien.

    Au final, on arrive à une situation où tout le monde est couvert d'une manière ou d'une autre, mais pas de la même manière, ce qui ajoute une étape nécessaire de complexité administrative dans les établissements de santé pour s'assurer que vous êtes couvert (ce qui est toujours le cas. La question, c'est comment), , où les prélèvements obligatoires s'apparentent à un impôt déguisé dont le montant varie sur des bases qui, dans n'importe quel autre contexte, feraient hurler le conseil constitutionnel au nom de l'égalité devant l'impôt, et où des entreprises privées bien moins efficaces que la sécurité sociale assurent le différentiel entre le coût remboursé par l'assurance maladie et le coût réel des soins. On hérite de 77 ans de rustines et d'adaptations ponctuelles là où le système complet aurait besoin d'un refactoring complet. Il nous faudrait un système beaucoup plus simple, universel, financé par les impôts (qui pourraient augmenter en contrepartie de la suppression d'une grande partie des prélèvements obligatoires)) et, de ce fait, bien plus égalitaire. Il y a fort à parier qu'on y gagnerait beaucoup, tant en frais de gestion qu'en couverture des plus précaires (qui, bien souvent, ignorent leurs droits et ne se soignent pas du tout pour cette raison). Un vrai système beveridgien en somme.

    Ça, ce sont les sources. Le mouton que tu veux est dedans.