• [^] # Re: Linux n'est pas un produit

    Posté par . En réponse à la dépêche Linux n'est pas un produit. Évalué à 2.

    Si on est dans l'idée ou la différence majeure c'est que l'oeuvre crée est réappropriable et modifiable dans son intégralité par les "autres" quels qu'ils soient, alors oui, dans ce sens là de collectif, je suis d'accord, c'est la premiére oeuvre collective.

    Maintenant, tes arguments ici s'appliquent parfaitement à la littérature:

    - les personnes qui participent ne se sont le plus souvent jamais rencontrées.
    La Fontaine n'a jamais rencontré Esope. Son oeuvre est basé sur l'oeuvres d'Esope dont il a repris beaucoup d'éléments, réactualisés, adaptés à son style et dans son esprit, améliorés.

    - elles ont conscience de travailler ensemble avec un même objectif. Ce n'est pas le cas des artistes qui s'influencent plus ou moins consciemment sur de longues périodes et sans objectif précis.
    Douteux.
    Les écrivains sont parfaitement conscients d'être inscrits dans une tradition ET une continuité. Basant leurs oeuvres sur les motifs (peu nombreux) et les styles (uniques à chacun) de leurs ainés, ils sont aussi conscient que ce processus aura lieu AUSSI plus tard à partir de leur oeuvre. Ils travaillent donc aussi en conséquence.
    Quant à l'objectif précis, c'est une question de perspective. Selon l'altitude qu'on prend, les choses deviennent plus ou moins précises. La littérature évoluant assez haut, ce peut sembler imprécis, mais ca n'est qu'abstrait. Replace toi dans la contexte du travail quotidien de l'écrivain, et tout redevient trés précis. Le probléme qu'il a avec un personnage, ou avec le rythme d'un passage, sont des problémes techniques et précis.
    Si on prend de l'altitude avec l'informatique, les choses deviendront imprécises rapidemment, parce qu'il n'y aura pas un concensus sur les interprétations.
    Par exemple, si je dis que le but de l'informatique libre, c'est que les systémes distribués du futur ne soient pas centralisés, tout le monde ne sera pas d'accord avec moi. Les choses paraitront moins précises tout d'un coup.

    - seule, la méritocratie est reconnue.
    Tu as déja entendu un grand écrivain reconnaitre quelqu'un d'autre que: lui même, un de ses maitres, un de ses pairs en talents ou un ami trés cher?

    - aucune hiérarchie n'a été imposée.
    Une fois qu'on connait les bornes dans la littérature, qui peut en faire une hiérarchie puisqu'elles sont inscrites dans le temps? Pas de hiérarchie possible, juste le talent et le gout de chacun pour telle ou telle oeuvre.
    Pourtant, il y a eu des tentatives pour hiérarchiser les artistes, l'Académisme Français, l'art officiel dans les pays soviétiques, etc etc... Ce ne sont pas forcémment de mauvais artistes d'ailleurs.
    Encore une fois, une situation similaire.

    Ce qui est révolutionnaire, dans mon optique donc et tel que je croyais avoir finalement compris ton commentaire original, c'est à quoi ces méthodes ont été adaptées, un processus technique, et la maniére dont la propriété de ce qui en découle est gérée, de maniére collective. (D'ailleurs, si ça marche si bien, c'est parce que la création d'un programme est proche de la création artistique, voire est complétement un Art).
    N'importe qui peut acheter un livre pour un prix modique et avoir l'intégralité de l'oeuvre disponible, mais il ne peut pas alors rajouter un chapitre et dire, ça c'est ma modification, et le distribuer en y accolant son nom. Ca, c'est nouveau. (c'est d'ailleurs ce que voudrait faire maintenant les tenants de l'art libre qui croisent dans les colonnes de linuxfr sur leurs frégates).