Le but n'est pas d'afficher ces 3 projets (surtout que je comprends et je suis d'accord avec les buts des 2 derniers), mais de pointer qu'en 2022, j'ai le sentiment que beaucoup de gens semble être vachement léger sur ce qui est opensource ou libre, et c'est un souci à mon avis.
Je vais avancer une hypothèse naïve, libre à vous de la réfuter avec force, j'en sortirai grandi : j'ai l'impression que ce n'est un souci que pour les plus grands acteurs, donc que ce n'est pas un souci.
Les deux premiers projets que tu cites sont des projets post-opensource (ou "ethical source"). C'est des gens qui sont au moins d'accord avec Zenitram pour reconnaître que leurs convictions ne sont plus compatibles avec les licences libres (mais pas que "l'anticapitalisme appauvrit, que l'antimilitarisme mène à la guerre" pour le coup). Vont-ils pour autant bouder Github et Opencollective, ou Twitter ou Facebook ? D'un côté ces plateformes ne sont probablement pas compatibles (au figuré comme au propre, dans le cas des ToS d'Opencollective) avec leurs idéaux ; d'un autre, c'est cent fois plus difficile d'exister sans elles. Tant qu'on ne les fiche pas à la porte, pourquoi s'en priver ?(*) Et les gros acteurs de leur côté, n'ont-ils pas plus vite fait de ficher à la porte les projets post-opensource, plutôt que de leur faire un procès ? À l'inverse, supposons qu'un petit projet utilisé dans de très grosses infrastructures, type Amazon, s'avère être non-libre (j'en doute fortement mais supposons) : les devs vont faire un procès au gros méchant ? Et leur licence anticapitaliste pourrait tenir la route devant un juge ?
Je me rappelle qu'il y a longtemps, l'appli pour utiliser une Wiimote sous Windows comportait dans sa licence une clause interdisant son usage sur une base militaire américaine ou sur le territoire d'Israël. Comment une telle clause pourrait avoir une chance d'être opposable dans la vraie vie ? Ces questions-là, je les vois de plus en plus souvent posées, notamment dans le lien que j'ai mis au début de mon commentaire (ou encore ici de la même auteure). Si mon hypothèse initiale s'avère exacte, qu'aujourd'hui le code est une ressource pillée dans une impunité grandissante par des entités trop puissantes pour avoir à rendre des comptes, alors il faudra réfléchir vraiment à deux fois avant de faire de l'anticapitalisme sur Github, car l'histoire des grands procès du libre ne se répétera pas.
(*) j'allais citer l'exemple d'une vidéo Creative Commons BY-NC-SA uploadée sur YouTube, mais il me semble que YT donne la possibilité de désactiver les pubs sur une vidéo qu'on a soi-même uploadé. Le cas échéant, je vois très mal comment un youtubeur anti-commercial pourrait faire prévaloir sa licence favorite auprès de Google.
# Un souci pour qui ?
Posté par Laurent Pointecouteau (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Tout le monde (ou plutôt, trop de gens) semble se foutre des licences en 2022. Évalué à 5. Dernière modification le 22 septembre 2022 à 18:58.
Je vais avancer une hypothèse naïve, libre à vous de la réfuter avec force, j'en sortirai grandi : j'ai l'impression que ce n'est un souci que pour les plus grands acteurs, donc que ce n'est pas un souci.
Les deux premiers projets que tu cites sont des projets post-opensource (ou "ethical source"). C'est des gens qui sont au moins d'accord avec Zenitram pour reconnaître que leurs convictions ne sont plus compatibles avec les licences libres (mais pas que "l'anticapitalisme appauvrit, que l'antimilitarisme mène à la guerre" pour le coup). Vont-ils pour autant bouder Github et Opencollective, ou Twitter ou Facebook ? D'un côté ces plateformes ne sont probablement pas compatibles (au figuré comme au propre, dans le cas des ToS d'Opencollective) avec leurs idéaux ; d'un autre, c'est cent fois plus difficile d'exister sans elles. Tant qu'on ne les fiche pas à la porte, pourquoi s'en priver ?(*) Et les gros acteurs de leur côté, n'ont-ils pas plus vite fait de ficher à la porte les projets post-opensource, plutôt que de leur faire un procès ? À l'inverse, supposons qu'un petit projet utilisé dans de très grosses infrastructures, type Amazon, s'avère être non-libre (j'en doute fortement mais supposons) : les devs vont faire un procès au gros méchant ? Et leur licence anticapitaliste pourrait tenir la route devant un juge ?
Je me rappelle qu'il y a longtemps, l'appli pour utiliser une Wiimote sous Windows comportait dans sa licence une clause interdisant son usage sur une base militaire américaine ou sur le territoire d'Israël. Comment une telle clause pourrait avoir une chance d'être opposable dans la vraie vie ? Ces questions-là, je les vois de plus en plus souvent posées, notamment dans le lien que j'ai mis au début de mon commentaire (ou encore ici de la même auteure). Si mon hypothèse initiale s'avère exacte, qu'aujourd'hui le code est une ressource pillée dans une impunité grandissante par des entités trop puissantes pour avoir à rendre des comptes, alors il faudra réfléchir vraiment à deux fois avant de faire de l'anticapitalisme sur Github, car l'histoire des grands procès du libre ne se répétera pas.
(*) j'allais citer l'exemple d'une vidéo Creative Commons BY-NC-SA uploadée sur YouTube, mais il me semble que YT donne la possibilité de désactiver les pubs sur une vidéo qu'on a soi-même uploadé. Le cas échéant, je vois très mal comment un youtubeur anti-commercial pourrait faire prévaloir sa licence favorite auprès de Google.