• [^] # Re: Anarchiste, mais...

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal J'ai lu "Comment je suis devenue anarchiste" d'Isabelle Attard. Évalué à 10.

    Honnêtement, je pense que non. Un logiciel est en perpétuelle évolution ou abandonné, une nouvelle version du logiciel n’est pas un nouveau logiciel.

    Et pourquoi pas ?

    Tu crois que Firefox 1.0 et Firefox 104.0 sont les mêmes ? Le but est le même, le nom est le même, une partie du code est le même, mais ce sont des produits très différents (et en un sens, heureusement).

    On est dans le cadre du bateau de Thésée. Les œuvres et les logiciels obéissent aux mêmes raisonnements de ce côté là, il n'y a pas de raison de les dissocier artificiellement comme tu le fais.

    Et les auteurs et les autrices, ainsi, d’ailleurs, que les artistes en général, ont le droit d’être rémunérés pour leur travail. La vente du produit fini est la solution la plus utilisée et la plus « facile ». Les gens qui font du logiciel libre ont parfois du mal à vivre de leur produit, et c’est inadmissible et un gros problème, mais souvent, ils vendent du service (leur capacité à faire du logiciel, l’assistance sur le logiciel, etc.). C’est plus « facile » que quand on écrit un livre.

    La question des droits et de la rémunération sont des sujets totalement orthogonaux.
    Tu peux faire du propriétaire (logiciel comme livre) gratuit, tu peux faire du libre payant, faire du libre gratuit et du propriétaire payant.

    Alors oui, certaines combinaisons ont des business model plus délicats à mettre en œuvre, mais cela est le cas pour le logiciel comme les livres. Le logiciel souffre des mêmes problématiques et on a déjà entendu cet argumentaire pour justifier de laisser le code source non libre : business model plus simple pour en vivre.

    Bref, les deux sont dans le même bateau (de Thésée ?).

    Reste le problème du droit moral, il est normal qu’un auteur ou une autrice n’ait pas envie qu’on touche à son œuvre.

    On peut le trouver normal, mais cela reste une décision égoïste avec des contres parties négatives qui ne va aps dans le sens du bien commun.

    Et, en ce qui me concerne, ce qui est le plus important c’est que l’œuvre soit accessible, pas que n’importe qui puisse la bidouiller. A contrario du logiciel, un livre n’a pas besoin d’être audité pour voir s’il fonctionne correctement, en corriger les bogues ou vérifier qu’il n’a pas des fonctionnalités pourries cachées. Un livre est un « objet » fini, donc « plat » et statique. Par contre, ce qu’on en tire personnellement, c'est en perpétuelle évolution, mais ce n’est plus le livre lui-même. Et tout un chacun peut, librement, commenter le livre, faire des articles en réponse, voire, en faire un qui va présenter une autre façon voir. Je parle de ce genre de livre. Pour la littérature de fiction il est possible de s’inspirer de l’univers d’autres auteurs ou autrices (et c’est assez courant, notamment dans le domaine de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique) pour écrire le sien propre. On parle d’inspiration pas de copie. De mon point de vue c’est, justement, plus riche.

    Donc en gros tu nies l'intérêt de :

    • Pouvoir faire des traductions libres ;
    • Faire des fans fictions ;
    • Adapter une œuvre sur un autre support (passer du livre au cinéma, ou au jeux vidéo) ;
    • Produire des produits dérivés de son choix ;
    • Réécrire pour adopter une nouvelle norme de l'orthographe ou faire de l'écriture inclusive (dédicace pour toi) ;
    • Sans doute d'autres choses qui ne me viennent pas en tête.

    Une licence libre te garantie cette possibilité de le faire quelque soit l'avis de l'auteur sur la question. Si Harry Potter était libre, n'importe qui pourrait faire ça sans risque de procès et sans impliquer JK Rowling. Pourtant j'ai envie de dire, si un amateur a envie de le traduire en zoulou même si commercialement ce n'est pas intéressant, il devrait pouvoir le faire et culturellement c'est pertinent pour la diffusion de l’œuvre. Et l'univers d'Harry Potter est assez riche et intéressant pour qu'on puisse librement en tirer de très bons jeux vidéo que ce qui a été proposé par les éditeurs officiels autorisés par l'autrice. Sans parler du potentiel de faire pourquoi pas une version manga ou BD de l'ouvrage avec une qualité intéressante.

    Sans licence libre, tout cela est impossible si l'auteur ne le veut pas. Perso je trouve dégueulasse une telle emprise de l'auteur sur son oeuvre, car cela introduit des blocages et bride des possibilités culturelles potentiellement importantes.

    D'ailleurs on a un bel exemple de succès bâti grâce au libre littéraire : Disney a bâti une partie de ses oeuvres sur des oeuvres anciens qu'ils ont librement adapté. Les frères Grimm et autres auteurs qui ont couché par écrit ces contes n'étaient pas là pour leur dire non, et en un sens tant mieux.