• [^] # Re: Efficacité énergétique réelle?

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal WikiHouse: les plans de pièces de maison sous licence CC BY-SA. Évalué à 10. Dernière modification le 08 septembre 2022 à 12:38.

    https://reporterre.net/Jancovici-une-imposture-ecologique est pas mal, bons éléments,

    Hum, mouais, ça mélange pas mal les genres et travesti pas mal le propos. C'est je trouve classique de Reporterre en fait (qui est pour moi une source assez naze en la question écologique).

    Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'a pu dire ou penser Jancovici quel que soit le sujet par ailleurs, mais il a de bonnes idées et de bons arguments.

    Par exemple, à propos de sa formation :

    À noter, à ce stade, l’implication historique considérable des grandes écoles (Polytechnique, l’École des mines) dans la fabrique des futures élites du nucléaire français. La plupart ont été formées dans ces incubateurs du nucléaire, sans jamais remettre en question cette énergie. Cette élite aura été déterminante dans le lancement du programme nucléaire en France. Remettre en cause le nucléaire serait reconnaître que cette élite nous a conduit dans l’impasse qui est la nôtre aujourd’hui.

    Je pense qu'on peut faire Polytechnique en tant qu'étudiant et être anti nucléaire par exemple. Cet amalgame "tu as fais 3 ans dans cette école, donc aujourd'hui tu es formaté à penser comme ça" est ridicule.

    Par ailleurs Jancovici n'est pas un haut fonctionnaire, l'associer à une forme d'élite qui a un grand pouvoir d'influence me semble là aussi assez exagéré.

    À propos du Shift project :

    Ainsi managée par plusieurs acteurs du monde de l’économie et notamment du nucléaire, cette association est en situation de conflit d’intérêts, beaucoup de ses acteur·ices étant à la fois juge et partie.

    Je pense qu'on peut voir les think thank comme une association à but politique. De fait les gens qui partagent certaines idées vont se mettre ensemble et trouver des financements dans des entreprises qui partagent ces buts.
    Mais on peut dire pareil de Reporterre dont son financement dépend de ses lecteurs qui attendent certains propos, ou de Greenpeace qui par son passé anti nucléaire militaire a aussi un présupposé et une culture contre le nucléaire civil.

    Du coup on fait quoi ? Faut être prudent, et plutôt que de regarder qui les paye pour dire ils sont corrompus, faut analyser les arguments en n'oubliant pas qu'ils peuvent être motivés.

    Jancovici, capitaliste décomplexé
    Jean-Marc Jancovici défend le système économique et politique responsable de la crise écologique que nous vivons. Étudions ce qu’il dit. Usant d’une rhétorique parfois fine, il semble défendre une forme de décroissance... tout en s’appuyant financièrement sur les plus grosses entreprises. Mais s’élever contre la croissance, sans remettre en cause le système industriel, financier, économique et au final politique, n’a pas de sens. Il est incohérent de défendre une forme de sobriété sans critiquer la société productiviste responsable des émissions de gaz à effet de serre... surtout en s’appuyant sur les plus grands acteurs du monde industriel !

    Mouais, ce n'est pas parce qu'il est payé par la grande industrie qu'il pense du bien de cette grande industrie. Ni que ces industriels ont un avenir à long terme.

    Son discours est réellement centré sur la sobriété, que réduire la consommation d'énergie est un exercice difficile qui va remettre en cause beaucoup de choses dont le capitalisme, la mondialisation, etc. Mais Jancovici ce n'est pas Marx, son but n'est pas de réinventer un modèle économique global, son but est plutôt centré sur la question énergétique : d'où elle vient, à quoi elle sert, ses impacts, etc.

    Ce serait comme reprocher à Martin Luther King de ne pas avoir remis en cause le capitalisme et la propriété alors qu'on peut y établir des liens avec l'esclavage et la ségrégation des noirs.

    Son idée de la décroissance ne tient aucunement compte des nécessaires transformations sociales pour éviter un accroissement des inégalités, déjà considérables : « Il va falloir accepter de payer plus cher nos déplacements. », déclare-t-il. Ou bien encore : « Il est tout à fait impossible de concilier trajectoire 2 °C et hausse du pouvoir d’achat. » Sur la taxe carbone : « Tout le monde, même les Français modestes, va devoir faire des efforts parce que même les Français modestes consomment trop d’énergie. »

    Bah honnêtement, son discours est vrai. De manière globale on va devoir consommer moins, en payant plus cher certains bien courants pour compenser (nourriture, objets, transports, etc.). Les riches qui réduisent la voilure cela ne suffira pas, mais cela ne veut pas dire que les riches ne devront pas contribuer plus.

    Sa vision de la société est élitiste. Il appelle de ses vœux un gouvernement d’experts. Le ou la citoyen·ne serait, après un apprentissage... avec un enseignant du Shift, en capacité de comprendre "l’expert" à défaut de participer lui-même, ou elle-même, aux décisions. « En matière de climat et d’énergies, tout citoyen doit être capable de comprendre ce que dit l’expert, et cela demande au moins 5 à 10 heures de formation. » Citation signée : Jean-Marc Jancovici, président du Shift... et enseignant !

    Donc Jancovici dit qu'en gros pour comprendre les bases du sujet, il faut au moins 5h à 10h de formation, et qu'étant donnée l'importance du sujet, tout citoyen devrait en suivre. Et eux ils comprennent qu'il faut un gouvernement d'experts ou que seul le Shift peut proposer une telle formation ? C'est un peu malhonnête. Sa position est bien plus neutre que ça.

    Un discours profondément sexiste

    La citation est en effet sexiste, je n'ai rien à redire là dessus. Mais bon, on peut être sexiste et avoir une opinion pertinente pour le climat et l'énergie. Là encore ça me semble dangereux de rejeter ses idées sur cette base, mais en effet il ne faut pas tomber dans le culte de la personnalité et on peut lui reprocher des choses.

    Sidérant, son négationnisme. Avec toujours le même aplomb, il minimise totalement l’impact des accidents de Tchernobyl et Fukushima : « Fukushima aura surtout été un problème médiatique majeur, avant d’être un désastre sanitaire ou environnemental majeur. » « Du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite. »

    Il se base sur les rapports de l'UNSCEAR sur ces évènements. Et leurs conclusions sont en effet assez éloignés de ce que Reporterre peut véhiculer sur ces accidents.

    Contestable jusque dans les chiffres
    Incohérente, sa proposition sur la suppression du charbon grâce au nucléaire. La production d’électricité mondiale est assurée à 40 % par le charbon et à 10 % par du nucléaire, celui-ci représentant 2 % de la consommation finale d’énergie. Remplacer le charbon par du nucléaire d’ici 2040 nécessiterait que la part du nucléaire dans cette consommation finale d’énergie passe de 2 à 10 %. Mais il faudrait construire plus d’un millier de réacteurs (et sans doute beaucoup plus) pour atteindre cet objectif d’ici une vingtaine d’années ! Dans ses bonnes périodes, le nucléaire a connecté au réseau en moyenne quinze réacteurs environ par an. Le nucléaire est totalement hors délai pour sauver le climat !

    Argument moisi, Jancovici prône le nucléaire mais pas que. Tout renouvelable ou moyen bas carbone est bon à prendre.
    Il prône aussi la baisse de consommation (sobriété et efficacité énergétique). Mais il veut maintenir et étendre le parc nucléaire dans le monde, sans pour autant croire qu'il ne faut faire que ça ou que cela suffirait à résoudre tous les problèmes.

    La présentation du nucléaire comme énergie non carbonée est biaisée et ne tient pas compte du bilan carbone de l’ensemble de la chaîne : l’extraction et la transformation de l’uranium, la construction et l’entretien des installations, les tonnes de déchets, ainsi que les innombrables transports tout au long de la chaîne industrielle... et la gestion des accidents qui durera encore de nombreuses années. Tout cela ne fera jamais du nucléaire une énergie décarbonée.

    Dommage, les analyses se basent sur le cycle de vie et le GIEC a validé tout ça. Donc pour Reporterre on écoute le GIEC uniquement pour les parties qui vont dans leur sens ?
    Le nucléaire est une source d'énergie décarbonée, c'est un fait. Il a des défauts, mais pas celui-là. Par contre c'est effectivement non renouvelable mais c'est un autre sujet.

    Bref, cet article a des arguments assez creux, il s'attaque plus à la personne qu'à son discours réel, le rare point technique du discours qu'ils présentent est faux. On peut reprocher des choses au monsieur mais ce serait mieux d'attaquer ses arguments avec des éléments plus factuels et corrects.

    et surtout je n'ai pas DU TOUT aimé sa BD avec C. Blain. Il se veut une approche scientifique mais dès qu'il vante le nucléaire c'est baclé et limite malhonnête, et il met tellement de critiques et de limitations du nucléaire sous le tapis, ou les ignore... argh.

    Le point de vue de Jancovici est le suivant : le réchauffement climatique est un sujet suffisamment difficile, grave, imminent et global pour que les défauts du nucléaires soient à côté des points mineurs. Et perso, je partage ce point de vue, le sujet sera suffisamment difficile à traiter pour qu'on se passe du nucléaire dans le siècle en cours, et quand ce problème sera résolu on pourra s'attaquer à se passer du nucléaire totalement.

    Tu as le droit de ne pas être d'accord, mais du coup tu tombes à côté de son point de vue : il ne minimise pas les soucis du nucléaire, il les considère comme négligeable à côté des problèmes du réchauffement climatique et de la non disponibilité de l'énergie (qui est un sujet connexe). Le nombre de morts, la baisse de qualité de vie et les conséquences sur la Terre de ces derniers points sont bien plus élevés que les catastrophes majeures de de Technobyl et Fukushima réunis. Et même en supposant que ces problèmes arriveront sur toutes les centrales nucléaires du monde, ce sera probablement un impact moindre.

    Il regrette qu'on focalise notre attention sur le sujet du nucléaire et de l'électricité alors que son combat est plutôt celui du climat et de notre dépendance économique et sociétal au gaz, charbon et au pétrole.