Ma dernière phrase sur le futur de darktable, c’était plutôt à prendre dans le sens : les deux points de vue (et façon de faire) n’ont pas l’air conciliable, et je trouverais très dommage pour le projet que vous vous engueuliez au point que l’upstream ne profite plus des améliorations d’Aurélien sur la partie colorimétrique.
Concernant ses positions, sa façon de les présenter est clairement excessive et peu productive, et de mon point de vue il fait des montagnes de trucs qui n’en valent clairement pas la peine.
Cela dit, je pense qu’il y a un fond de vérité dans ce qu’il dit : l’interface de darktable est extrêmement touffue et pas toujours adaptée aux photographes. Certain détails et fonctionnement sont clairement des « trucs de développeur » (comme les icônes « et/ou » du nouveau filtre de couleur). Plus généralement, les deux difficultés d’accès que je trouve à darktable d’un point de vue ergonomie1 sont :
La profusion de modules dont beaucoup fond doublons (notamment à cause du double fonctionnement relatif à l’affichage ou à la scène). Il y a bien les réglages pour sélectionner des ensembles cohérents de modules, mais ça reste quand même très facile de mélanger (cf d’autres commentaires sous cette même dépêche, par exemple).
Le mélange complet, dans l’interface des modules, des options « généralement utiles » et des options « on l’a mis parce que ça peut servir mais normalement vous n’avez pas à y toucher.
Je détaille le point 2 avec un exemple. Si j’ai besoin d’utiliser l’égaliseur de ton, en traitement relatif à la scène, j’aurai sans doute besoin d’aller régler les compensations d’exposition et de contraste du masque pour avoir un masque cohérent. Mais ça, c’est les options n°6 et 7 de l’onglet « masque ». Les deux premières, c’est le choix de l’estimateur de luminance et la méthode de préservation des détails, qui sont deux options d’usage franchement rare.
Ça peut même provoquer facilement des problèmes : dans le module d’exposition, il y a en accès direct une « correction du niveau du noir » qui donne très envie de s’en servir pour augmenter la densité... ce qu’il ne faut surtout pas faire parce que ça pose plein de problèmes ensuite. En fait, un usage « légitime » de cette option est rare, est-ce qu’elle a besoin d’être aussi visible ? (Il y a bien un avertissement, mais encore faut-il y faire attention... ou même le voir : je peux jouer avec ce curseur en le survolant et en actionnant la molette sans que la popup apparaisse).
D’une manière générale, il y a de grosses avancées (le thème gris neutre apparu il y a quelques versions est beaucoup plus propre que ce qu’il y avait avant), il y a beaucoup d’aides de partout, mais on a encore beaucoup besoin de lire des tooltips ou la doc pour des trucs qui ne devraient pas en avoir besoin.
Il y a aussi des fonctionnalités qui sont développées d’une façon qui me fait dire qu’elles n’ont pas été testées par des non-développeurs, ou que les retours n’ont pas (encore) été intégrés. Dans les fonctionnalités de la v4.0.0 que je range là-dedans, il y a le mapping d’exposition/colorimétrie (soyons clairs : pour moi la fonctionnalité est géniale, et totalement inutilisable), ou à plus petite échelle, la très bonne idée du nom de couleur qui ne s’affiche pas au survol du patch qui montre la couleur sélectionnée (elle ne s’affiche qu’au survol des chiffres à côté, le survol du patch ne montre que la tooltip « cacher/montrer le grand patch de couleur », idem pour ledit grand patch).
PS : j’ai l’impression qu’il y a un début de travail en ce sens avec des options de module planquées dans un sous-menu déroulant – comme « coefficients des canaux » dans « balance des blancs », mais ça mériterait d’être généralisé.
Ce genre de retour m’a été confirmé par ma mère, photographe professionnelle de 60 ans, qui a testé darktable et s’est retrouvée noyée dans les boutons, menus et tout. Outre l’apprentissage du système de couleur, sa principale difficulté était de retrouver les réglages pour faire ce qu’elle voulait, même quand elle savait quel module et en gros quels curseurs utiliser pour arriver à ses fins. Et du coup elle reste sur l’outil de « dérawtisation » fourni par son fournisseur de matériel photographique2.
En résumé : beaucoup de mauvaise communication dans tout ça j’ai l’impression, et c’est dommage : il y a pour moi de vrais axes d’amélioration ergonomique pour darktable, et pour transformer son côté « jouet pour développeur » sur certains aspect en « outil pour photographe ».
Je mets de côté le choix de montrer tous les traitements et de pouvoir les activer/désactiver/modifier, parce que c’est le choix du logiciel ; et le fait de devoir (ré)apprendre le fonctionnement des traitements de couleur, parce que ces traitements sont pour moi la plus grande force de darktable. Et aucun de ces deux points ne se règle complètement ou même principalement par l’ergonomie. ↩
Qui, d’un point de vue ergonomie et performances, est une bouse absolue qu’il faut qu’Aurélien ne voie jamais sous peine de faire une crise cardiaque :D Sans déconner, je ne sais pas comment ils font pour avoir un outil activement développé et aussi inefficace. Non, je ne donnerai pas la marque. ↩
[^] # Re: r-darktable
Posté par SpaceFox (site web personnel, Mastodon) . En réponse à la dépêche Sortie de darktable 4.0.0 : une présentation 100 % subjective. Évalué à 8. Dernière modification le 11 juillet 2022 à 21:26.
Merci à vous deux pour vos commentaires !
Ma dernière phrase sur le futur de darktable, c’était plutôt à prendre dans le sens : les deux points de vue (et façon de faire) n’ont pas l’air conciliable, et je trouverais très dommage pour le projet que vous vous engueuliez au point que l’upstream ne profite plus des améliorations d’Aurélien sur la partie colorimétrique.
Concernant ses positions, sa façon de les présenter est clairement excessive et peu productive, et de mon point de vue il fait des montagnes de trucs qui n’en valent clairement pas la peine.
Cela dit, je pense qu’il y a un fond de vérité dans ce qu’il dit : l’interface de darktable est extrêmement touffue et pas toujours adaptée aux photographes. Certain détails et fonctionnement sont clairement des « trucs de développeur » (comme les icônes « et/ou » du nouveau filtre de couleur). Plus généralement, les deux difficultés d’accès que je trouve à darktable d’un point de vue ergonomie1 sont :
Je détaille le point 2 avec un exemple. Si j’ai besoin d’utiliser l’égaliseur de ton, en traitement relatif à la scène, j’aurai sans doute besoin d’aller régler les compensations d’exposition et de contraste du masque pour avoir un masque cohérent. Mais ça, c’est les options n°6 et 7 de l’onglet « masque ». Les deux premières, c’est le choix de l’estimateur de luminance et la méthode de préservation des détails, qui sont deux options d’usage franchement rare.
Ça peut même provoquer facilement des problèmes : dans le module d’exposition, il y a en accès direct une « correction du niveau du noir » qui donne très envie de s’en servir pour augmenter la densité... ce qu’il ne faut surtout pas faire parce que ça pose plein de problèmes ensuite. En fait, un usage « légitime » de cette option est rare, est-ce qu’elle a besoin d’être aussi visible ? (Il y a bien un avertissement, mais encore faut-il y faire attention... ou même le voir : je peux jouer avec ce curseur en le survolant et en actionnant la molette sans que la popup apparaisse).
D’une manière générale, il y a de grosses avancées (le thème gris neutre apparu il y a quelques versions est beaucoup plus propre que ce qu’il y avait avant), il y a beaucoup d’aides de partout, mais on a encore beaucoup besoin de lire des tooltips ou la doc pour des trucs qui ne devraient pas en avoir besoin.
Il y a aussi des fonctionnalités qui sont développées d’une façon qui me fait dire qu’elles n’ont pas été testées par des non-développeurs, ou que les retours n’ont pas (encore) été intégrés. Dans les fonctionnalités de la v4.0.0 que je range là-dedans, il y a le mapping d’exposition/colorimétrie (soyons clairs : pour moi la fonctionnalité est géniale, et totalement inutilisable), ou à plus petite échelle, la très bonne idée du nom de couleur qui ne s’affiche pas au survol du patch qui montre la couleur sélectionnée (elle ne s’affiche qu’au survol des chiffres à côté, le survol du patch ne montre que la tooltip « cacher/montrer le grand patch de couleur », idem pour ledit grand patch).
PS : j’ai l’impression qu’il y a un début de travail en ce sens avec des options de module planquées dans un sous-menu déroulant – comme « coefficients des canaux » dans « balance des blancs », mais ça mériterait d’être généralisé.
Ce genre de retour m’a été confirmé par ma mère, photographe professionnelle de 60 ans, qui a testé darktable et s’est retrouvée noyée dans les boutons, menus et tout. Outre l’apprentissage du système de couleur, sa principale difficulté était de retrouver les réglages pour faire ce qu’elle voulait, même quand elle savait quel module et en gros quels curseurs utiliser pour arriver à ses fins. Et du coup elle reste sur l’outil de « dérawtisation » fourni par son fournisseur de matériel photographique2 .
En résumé : beaucoup de mauvaise communication dans tout ça j’ai l’impression, et c’est dommage : il y a pour moi de vrais axes d’amélioration ergonomique pour darktable, et pour transformer son côté « jouet pour développeur » sur certains aspect en « outil pour photographe ».
Je mets de côté le choix de montrer tous les traitements et de pouvoir les activer/désactiver/modifier, parce que c’est le choix du logiciel ; et le fait de devoir (ré)apprendre le fonctionnement des traitements de couleur, parce que ces traitements sont pour moi la plus grande force de darktable. Et aucun de ces deux points ne se règle complètement ou même principalement par l’ergonomie. ↩
Qui, d’un point de vue ergonomie et performances, est une bouse absolue qu’il faut qu’Aurélien ne voie jamais sous peine de faire une crise cardiaque :D Sans déconner, je ne sais pas comment ils font pour avoir un outil activement développé et aussi inefficace. Non, je ne donnerai pas la marque. ↩
La connaissance libre : https://zestedesavoir.com