Dans le cas de la pandémie, de toute façon il y a eu surtout des décisions technocratiques. Et quoi qu'il arrive, il y a des moments où elles s'imposeront. Peu importe comment on prends la chose : il y aura des réfugiés climatiques. Mais dire "aucun souci, ce n'est que X personnes à reloger" c'est avoir perdu de vue l'humain, c'est éviter toutes les questions de ce qu'on peut faire pour minimiser le drame qui s'annonce. Il ne s'agit pas juste de reloger, ou de faire face aux famines et aux sécheresses : il s'agit de la façon de reloger, d'accompagner les déplacements, de minimiser l'impact des évènements. On n'est pas juste dans le "combien", on doit être dans le "comment".
Pour revenir aux pandémies (celle qu'on a, ou la suivante, ou les précédentes) comme pour le reste, certaines décisions technocratiques sont nécessaires pour s'en sortir et on ne peut pas en faire l'impasse. Les confinements ou les campagnes de vaccination, c'était une nécessité (la façon dont c'est mis en œuvre peuvent se discuter, cependant). Mais ça serait bien aussi qu'à un moment on sorte le nez des chiffres pour s'intéresser à l'humain. Cela pourrait même donner lieu à des solutions tout aussi technocratique mais dont l'objectif serait que les individus, et par là le groupe entier, se sentent mieux. Envisage-t-on de soutenir et mettre plus de moyen dans le milieu médical ? D'améliorer l'accès aux formations de santé ? De former tous les citoyens, gratuitement, à des gestes d'hygiènes, de secours et quelques interventions de base (type massage cardiaque) ? D'avoir des stocks de masques dans chaque commune, à libre disposition de tout citoyen qui en a besoin, sous réserve de lui expliquer comment les utiliser quand il vient en chercher ? De fournir des masques de qualité gratuitement à toute personne qui est en contact avec d'autres dans des conditions favorisant la propagation du virus ? D'éduquer à la pensée critique et à la démarche scientifique ? De former aussi les gens à l'écoute active et à la communication non violente, afin que dans des conditions difficiles (comme l'ont été le confinement), la santé mentale de chacun puisse être mieux soutenue ? De diminuer la taille des classes pour limiter les clusters scolaires ? Tout ce que je propose là, ce sont des décisions politiques "bateaux" ; peut-être qu'elles ne sont pas pertinentes, qu'il y a mieux à faire. Mais j'ai l'impression qu'au niveau des décideurs, la pandémie se résume à quelques colonnes de chiffres : combien de morts, combien de personnes définitivement handicapées suite à tout ça, combien d'électeurs vont me réélire.
Les chiffres sont utiles dans une certaine optique, mais s'arrêter à eux est une erreur.
Mais du coup, ça pause la question de quel solution ne serait pas ignoble.
Ça pose surtout la question de ce que nous pouvons construire collectivement pour diminuer la dose de malheur. Après, principe de réalité : de toute façon, ça va merder, de toute façon il y aura de la souffrance. C'est la vie, ce n'est pas entièrement évitable. Ce n'est cependant pas une raison pour céder au fatalisme et de toute façon ne rien faire. Ce serait comme de dire "j'ai une grosseur, mais je ne vais pas vérifier si c'est un cancer ou si c'est soignable, parce que le cancer c'est affreux" et mourir quelques mois plus tard dans une horrible agonie, plutôt que de prendre le risque d'une chimio (certes désagréable) et pouvoir profiter de longues années sympas ensuite. Ou mourir aussi d'une longue agonie, MAIS avec des antidouleurs efficaces...
Il y a rarement des choix binaires : ceci est bien, ceci est mal. Il y a des choix, oui, et souvent, la nécessité d'assumer que certaines choses seront difficiles, voir ignobles, mais qu'on aura peut-être réussi à éviter le pire, à réduire un peu le temps et l'intensité de la souffrance.
[^] # Re: Contact
Posté par Zatalyz (site web personnel) . En réponse au journal Les vidéos de Devoxx fr sont disponibles. Évalué à 4.
Dans le cas de la pandémie, de toute façon il y a eu surtout des décisions technocratiques. Et quoi qu'il arrive, il y a des moments où elles s'imposeront. Peu importe comment on prends la chose : il y aura des réfugiés climatiques. Mais dire "aucun souci, ce n'est que X personnes à reloger" c'est avoir perdu de vue l'humain, c'est éviter toutes les questions de ce qu'on peut faire pour minimiser le drame qui s'annonce. Il ne s'agit pas juste de reloger, ou de faire face aux famines et aux sécheresses : il s'agit de la façon de reloger, d'accompagner les déplacements, de minimiser l'impact des évènements. On n'est pas juste dans le "combien", on doit être dans le "comment".
Pour revenir aux pandémies (celle qu'on a, ou la suivante, ou les précédentes) comme pour le reste, certaines décisions technocratiques sont nécessaires pour s'en sortir et on ne peut pas en faire l'impasse. Les confinements ou les campagnes de vaccination, c'était une nécessité (la façon dont c'est mis en œuvre peuvent se discuter, cependant). Mais ça serait bien aussi qu'à un moment on sorte le nez des chiffres pour s'intéresser à l'humain. Cela pourrait même donner lieu à des solutions tout aussi technocratique mais dont l'objectif serait que les individus, et par là le groupe entier, se sentent mieux. Envisage-t-on de soutenir et mettre plus de moyen dans le milieu médical ? D'améliorer l'accès aux formations de santé ? De former tous les citoyens, gratuitement, à des gestes d'hygiènes, de secours et quelques interventions de base (type massage cardiaque) ? D'avoir des stocks de masques dans chaque commune, à libre disposition de tout citoyen qui en a besoin, sous réserve de lui expliquer comment les utiliser quand il vient en chercher ? De fournir des masques de qualité gratuitement à toute personne qui est en contact avec d'autres dans des conditions favorisant la propagation du virus ? D'éduquer à la pensée critique et à la démarche scientifique ? De former aussi les gens à l'écoute active et à la communication non violente, afin que dans des conditions difficiles (comme l'ont été le confinement), la santé mentale de chacun puisse être mieux soutenue ? De diminuer la taille des classes pour limiter les clusters scolaires ? Tout ce que je propose là, ce sont des décisions politiques "bateaux" ; peut-être qu'elles ne sont pas pertinentes, qu'il y a mieux à faire. Mais j'ai l'impression qu'au niveau des décideurs, la pandémie se résume à quelques colonnes de chiffres : combien de morts, combien de personnes définitivement handicapées suite à tout ça, combien d'électeurs vont me réélire.
Les chiffres sont utiles dans une certaine optique, mais s'arrêter à eux est une erreur.
Ça pose surtout la question de ce que nous pouvons construire collectivement pour diminuer la dose de malheur. Après, principe de réalité : de toute façon, ça va merder, de toute façon il y aura de la souffrance. C'est la vie, ce n'est pas entièrement évitable. Ce n'est cependant pas une raison pour céder au fatalisme et de toute façon ne rien faire. Ce serait comme de dire "j'ai une grosseur, mais je ne vais pas vérifier si c'est un cancer ou si c'est soignable, parce que le cancer c'est affreux" et mourir quelques mois plus tard dans une horrible agonie, plutôt que de prendre le risque d'une chimio (certes désagréable) et pouvoir profiter de longues années sympas ensuite. Ou mourir aussi d'une longue agonie, MAIS avec des antidouleurs efficaces...
Il y a rarement des choix binaires : ceci est bien, ceci est mal. Il y a des choix, oui, et souvent, la nécessité d'assumer que certaines choses seront difficiles, voir ignobles, mais qu'on aura peut-être réussi à éviter le pire, à réduire un peu le temps et l'intensité de la souffrance.