Je croyais que le RSA avait justement était fait pour gérer ces situations :-(
Le problème c'est que le RSA et ses règles sont pensés par des gens qui n'en auront jamais besoin, et qui n'ont qu'une très vague idée de la réalité des gens qui vont en avoir besoin.
Dans la pratique, être au RSA place dans une situation si précaire, et les modes de calculs étant si flous qu'on ne peut jamais savoir combien on va avoir, que les gens ont tendance à choisir une de ces options, quand la situation dure un peu :
- Ne pas prendre des jobs précaires (quelques heures ici et là, une semaine ici et une autre ailleurs) parce qu'ils ont peur de la période d'instabilité (ce moment où tu va toucher moins que le RSA et que tu n'es pas sûr d'avoir un revenu quelconque pour compenser), et tenter de rester au RSA 100% à moins de trouver un vrai job (au smic ou pas loin). À ma connaissance, pas les plus nombreux.
- Ne pas déclarer des jobs pour gagner 3 sous. Ce n'est pas "bien", mais même comme ça ils ont tendance à juste surnager autour du seuil de pauvreté, avec le risque de manger cher s'ils se font chopper et tous les soucis afférents au travail au noir. Tout de même plus courant.
- Ne pas demander le RSA et se débrouiller avec des jobs au lance-pierre (au noir ou non).
- Suivre les règles, déclarer leurs revenus et avoir des périodes sans aucun revenu ou des revenus trop faibles pour payer les charges, et évidement n'ayant pas gagné assez en amont pour avoir vraiment de quoi mettre de côté. Ce sont ceux qui ont le plus de risque de se retrouver en interdit bancaire à un moment, ou à ne pas payer un loyer. Ce qui reste le choix de la majorité des gens, persuadés qu'ils vont s'en sortir.
À noter que dans les deux premiers cas (bénéficiaire du RSA mais sans revenus suffisants pour justifier qu'on "fait quelque chose"), les vexations vont aller crescendo à partir de la fin de la première année de RSA, et la "suspension des droits" est difficile à éviter au bout de la 2e année. Ce qui veut dire, oui, des gens qui vont se retrouver sans aucun revenu du tout. Et dans le dernier cas, malgré les petits jobs ici et là, il y a beaucoup de ping-pong entre Pole Emploi et la CAF avec plein d'injonctions à faire "mieux", du temps perdu dans des "formations" sans utilité, des radiations d'un côté, des menaces de l'autre.
Comme si être précaire ne suffisait pas, il faut ajouter la pression institutionnelle, parce que c'est connu "quand on veut, on peut, il suffit de traverser la rue". Sans surprise, cela génère beaucoup de rage, qui s'exprime souvent au mauvais endroit : contre des travailleurs sociaux, dans les urnes, dans les bagarres entre voisins, dans les disputes et coups en famille, dans la dépression et les suicides, etc.
Certaines personnes arrivent à faire face, parce qu'elles ont des ressources, du soutien, la bonne éducation peut-être aussi, mais plus le temps passe et plus tout le monde finit par se faire user par ces procédures. À noter que ça ne se ressent pas trop tant qu'on arrive à limiter le temps passé au RSA ; avec 2-3 mois une fois ou deux, ça va encore. Mais si le recours au RSA devient régulier au fil des ans, ou constitue le maximum de revenu qu'on peut avoir année après année, la précarité qui s'installe devient une spirale infernale.
Et au passage, je trouve que dans mes voisins, ceux qui se tiennent loin de l'administration et font des petits jobs (ok, souvent au noir) sans jamais rien demander à Pole Emploi ou la CAF sont ceux qui s'en sorte le mieux mentalement, à défaut d'avoir des vies très confortables. Ça serait intéressant d'avoir de vraies études sur l'état mental des gens suivant leurs divers statuts. Mon expérience personnelle me pousse à conclure que l'administration rend fou, vraiment (mais heureusement l'état finance aussi 5 séances chez un psy, chaque année, si on en fait la demande et si on a un véhicule pour aller aux rendez-vous !), mais c'est forcément très biaisé par la lorgnette d'où je regarde.
[^] # Re: Échec critique
Posté par Zatalyz (site web personnel) . En réponse au lien Le travail administratif auparavant réalisé par les Caf est transféré aux usagers . Évalué à 9.
Le problème c'est que le RSA et ses règles sont pensés par des gens qui n'en auront jamais besoin, et qui n'ont qu'une très vague idée de la réalité des gens qui vont en avoir besoin.
Dans la pratique, être au RSA place dans une situation si précaire, et les modes de calculs étant si flous qu'on ne peut jamais savoir combien on va avoir, que les gens ont tendance à choisir une de ces options, quand la situation dure un peu :
- Ne pas prendre des jobs précaires (quelques heures ici et là, une semaine ici et une autre ailleurs) parce qu'ils ont peur de la période d'instabilité (ce moment où tu va toucher moins que le RSA et que tu n'es pas sûr d'avoir un revenu quelconque pour compenser), et tenter de rester au RSA 100% à moins de trouver un vrai job (au smic ou pas loin). À ma connaissance, pas les plus nombreux.
- Ne pas déclarer des jobs pour gagner 3 sous. Ce n'est pas "bien", mais même comme ça ils ont tendance à juste surnager autour du seuil de pauvreté, avec le risque de manger cher s'ils se font chopper et tous les soucis afférents au travail au noir. Tout de même plus courant.
- Ne pas demander le RSA et se débrouiller avec des jobs au lance-pierre (au noir ou non).
- Suivre les règles, déclarer leurs revenus et avoir des périodes sans aucun revenu ou des revenus trop faibles pour payer les charges, et évidement n'ayant pas gagné assez en amont pour avoir vraiment de quoi mettre de côté. Ce sont ceux qui ont le plus de risque de se retrouver en interdit bancaire à un moment, ou à ne pas payer un loyer. Ce qui reste le choix de la majorité des gens, persuadés qu'ils vont s'en sortir.
À noter que dans les deux premiers cas (bénéficiaire du RSA mais sans revenus suffisants pour justifier qu'on "fait quelque chose"), les vexations vont aller crescendo à partir de la fin de la première année de RSA, et la "suspension des droits" est difficile à éviter au bout de la 2e année. Ce qui veut dire, oui, des gens qui vont se retrouver sans aucun revenu du tout. Et dans le dernier cas, malgré les petits jobs ici et là, il y a beaucoup de ping-pong entre Pole Emploi et la CAF avec plein d'injonctions à faire "mieux", du temps perdu dans des "formations" sans utilité, des radiations d'un côté, des menaces de l'autre.
Comme si être précaire ne suffisait pas, il faut ajouter la pression institutionnelle, parce que c'est connu "quand on veut, on peut, il suffit de traverser la rue". Sans surprise, cela génère beaucoup de rage, qui s'exprime souvent au mauvais endroit : contre des travailleurs sociaux, dans les urnes, dans les bagarres entre voisins, dans les disputes et coups en famille, dans la dépression et les suicides, etc.
Certaines personnes arrivent à faire face, parce qu'elles ont des ressources, du soutien, la bonne éducation peut-être aussi, mais plus le temps passe et plus tout le monde finit par se faire user par ces procédures. À noter que ça ne se ressent pas trop tant qu'on arrive à limiter le temps passé au RSA ; avec 2-3 mois une fois ou deux, ça va encore. Mais si le recours au RSA devient régulier au fil des ans, ou constitue le maximum de revenu qu'on peut avoir année après année, la précarité qui s'installe devient une spirale infernale.
Et au passage, je trouve que dans mes voisins, ceux qui se tiennent loin de l'administration et font des petits jobs (ok, souvent au noir) sans jamais rien demander à Pole Emploi ou la CAF sont ceux qui s'en sorte le mieux mentalement, à défaut d'avoir des vies très confortables. Ça serait intéressant d'avoir de vraies études sur l'état mental des gens suivant leurs divers statuts. Mon expérience personnelle me pousse à conclure que l'administration rend fou, vraiment (mais heureusement l'état finance aussi 5 séances chez un psy, chaque année, si on en fait la demande et si on a un véhicule pour aller aux rendez-vous !), mais c'est forcément très biaisé par la lorgnette d'où je regarde.