• # Donald Edwin Westlake

    Posté par . En réponse au journal Rions un brin. Évalué à 5.

    Donald Westlake est un des derniers grands maîtres du roman noir américain. Au lieu de le poursuivre de manière sérieuse il a décidé de le faire par le biais du pastiche. Au lieu de dresser un portrait de celui qui est mon romancier préféré dans ce genre, portrait facile à cerner en lisant Wikipédia ou les chroniques de Jean-Patrick Manchette sur le polar, rassemblées dans un livre, voici un mode d'emploi pour bien rire en le lisant.

    Il y a une série de livres de Westlake, signés Richard Stark, un de ses nombreux pseudonymes, conçue autour du personnage de Parker (pas de prénom), braqueur de banque et disciplines associées, dont l'essentiel du profil psychologique tient au fait qu'il n'a apparemment aucune sensibilité. L'acte de tuer, par exemple, ressortit plus d'une décision de type rationalité économique que moral. Cette série connaît une forme de point d'orgue avec Signé Parker, où justement on s'aperçoit que Parker peut procéder selon une certaine déontologie en volant au secours de son collègue Alan Grofield dans les griffes d'une mafia locale. Ce livre est le point de démarcation entre deux parties de cette série et clôt la partie originale de celle-ci. Il la reprendra bien après, avec des livres qui valent la peine d'être lus, mais d'une certaine manière c'est une prolongation artificielle, probablement alimentaire ce qui n'est pas infamant. Il faut avoir lu quelques Parker pour apprécier ce qui suit.

    Puis Donald Westlake entama la série des Kelp et Dortmunder, maintenant plutôt appelée celle des Dortmunder. John Dortmunder est l'alter ego littéraire de Parker. Excellent organisateur de cambriolages − c'est un cambrioleur, pas un braqueur − quand les impondérables le permettent ce qui est très rare, à la différence près qu'il n'est pas un tueur et qu'il tient les assassins dans le plus grand mépris. Quelque aperçus pour cerner le personnage. Il a fait la connaissance de sa compagne, May, lorsque celle-ci, caissière au magasin d'alimentation Bohack's l'a surpris en train de voler. Quand elle lui a conseillé d'aller voler dans un autre magasin, situé de l'autre côté de la rue, il a répondu « Oui, mais je préfère le café de chez Bohack's ». À un commanditaire qui lui demande de venir le braquer, lui et ses amis, contre une rémunération et qui lui demande s'il veut bien lui faire confiance et attendre un peu pour le versement de cette rémunération : « Vous faire confiance à vous, vous qui veut me payer pour cambrioler vos propres amis ? Je ne vous confierais pas un sandwich jambon-beurre, même si nous étions enfermés tous les deux dans la même cabine téléphonique ! ». John Dortmunder est un des archétypes du cambrioleur malchanceux, comme par ailleurs l'élégant Bernie Rhodenbarr d'un autre excellent auteur, Lawrence Block.

    Cette série a pris son essor à peu près en même temps que Westlake a repris sous son pseudonyme de Richard Stark (choisi en hommage à l'acteur Richard Widmark) celle des Parker. Il y a un point d'orgue à celle ci, un livre qu'il ne faut surtout pas lire avant d'en avoir lu plein d'autres de cette série : « Au pire, qu'est-ce qu'on risque ? » La vis comica de celui-ci est que Dortmunder, non seulement n'y est pas malchanceux, mais y a carrément de la chance. Le lire sans bien connaître la série serait gâcher. Patientez ! Ça en vaut le coup.

    Plein d'autres livres de Westlake abordent le roman noir par le biais de l'humour. N'exagérons rien ! , Festival de crêpe ou Les cordons du poêle, parmi plein d'autres, en sont des exemples.

    Donald Edwin Westlake est mort le 31 décembre 2008. Depuis je suis un peu en deuil, de lui mais aussi des personnages qu'il continuait de créer dans ses séries, et dont j'aurais aimé connaître le destin.