• [^] # Re: Sans oublier les quinzaines

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal [Letlang] Faire la différence entre un nombre et une quantité. Évalué à 10. Dernière modification le 23 mars 2022 à 03:25.

    Thérèse d'Avila est morte dans la nuit du 4 au vendredi 15 octobre 1582... Normal ! 😄️

    Ce n’est pas parce que les nuits espagnoles durent 11 jours, c’est la conséquence de la mise en œuvre du calendrier grégorien.

    Le calendrier julien révisé a aussi opéré un décalage, le lendemain du 1er octobre 1923 étant le 15 octobre 1923, pour coïncider avec le calendrier grégorien (mais ça se décalera à nouveau en 2800).

    Ils n’aiment pas le mois d’octobre dis-donc ! 😱️

    Cette histoire de calendrier grégorien m’amuse beaucoup à cause du fait que sa mise en œuvre précède l’affaire Galilée.

    Il est appelé « grégorien » en référence au pape Grégoire XIII, conçu à sa demande par des mathématiciens et astronomes jésuites et mis en application par les pays catholiques. C’était une époque où le pape pouvait imposer au monde (catholique) un calendrier solaire. Le calendrier grégorien étant un calendrier solaire, c’est à dire fondé sur le principe que la terre tourne autour du soleil.

    Parmi les réfractaires au calendrier grégorien on peut citer les états protestants d’alors et autres traditions orthodoxes, pour des motifs religieux (opposition au catholicisme) et la Première République (française) qui proposa le calendrier républicain en opposition au christianisme, pour motif religieux, toujours, mais (faut pas déconner) toujours solaire. Par contre c’est Lénine qui a décrété le passage de la Russie au calendrier grégorien (le mercredi 31 janvier 1918 fut suivi du jeudi 14 février 1918) bien que lui-même aimait comparer la Volga à « sa petite Loire » en référence aux massacres de Nantes, mais le calendrier révolutionnaire remplaça la semaine de 7 jours en semaine de 5 jours précisément pour briser le dimanche chrétien. =)

    Cela signifie aussi que lorsque le Pape Grégoire XIII a imposé au monde par bulle pontificale le calendrier solaire le 24 février 1582, c’était du vivant de Galilée (né le 15 février 1564) qui avait donc 18 ans. Quand Galilée publie le 13 mars 1610 son ouvrage Sidereus nuncius qui confirme entre autre la théorie héliocentrique du Chanoine Nicolas Copernic (mort en 1543), cela fait 28 ans que le monde catholique compte les jours, a calé sa liturgie et fête ses célébrations sur un calendrier supposant que la terre tourne autour du soleil.

    Copernic avait dédié son ouvrage De Revolutionibus orbium coelestium au pape Paul III, mais si l’ouvrage est publié dans sa version définitive en 1543, le manuscrit était déjà achevé vers 1533 et l’hypothèse héliocentrique était déjà parvenue au pape Clément VII.

    Copernic n’a jamais été inquiété de son vivant pour ses travaux sur l’héliocentrisme par l’Église catholique. Par contre le protestant Martin Luther (1483-1546) a condamné la théorie de Copernic en se servant du récit biblique de Josué.

    Donc après Clément VII qui avait connaissance des travaux de Copernic sur le modèle héliocentrique, on a Paul III à qui est dédié l’ouvrage qui le décrit, puis Jules III, Marcel II, Paul IV, Pie IV, Pie V.

    Arrive donc Grégoire XIII qui établit le calendrier solaire, ce qui signifie un changement de calendrier civil et liturgique : les catholiques fêtent alors leurs célébrations sur un calendrier solaire et donc héliocentrique. Cela signifie par exemple que les dates de Noël et celles qui en découlent comme l’Annonciation, l’Épiphanie ou la Présentation (Chandeleur) sont alors calculées selon l’hypothèse que la Terre tourne autour du Soleil.

    Viennent ensuite les papes Sixte V, Urbain VII, Grégoire XIV, Innocent IX, Clément VIII, Léon XI et Paul V. C’est sous le pontificat de Paul V en 1610 que débuta le procès Galilée, dans un contexte de conflit théologique entre protestants et catholiques créant un climat de suspicion envers les nouveautés et une tendance littéraliste de la lecture biblique, y compris sur ce qui n’engage pas le Salut. En d’autres termes, le protestantisme entraîne l’Église catholique dans la lecture littérale de la bible. Et Galilée se fait aussi des ennemis personnels (Oups).

    Cela conduisit à une situation hystérique où des prélats qui suivait pour leur célébrations un calendrier liturgie héliocentrique condamnent Galilée et la thèse héliocentrique dans un tribunal ecclésiastique qui date ses actes avec un calendrier héliocentrique, tandis que les catholiques reprennent les arguments protestants de Martin Luther (argument du récit de Josué), et mettent en œuvre ce qu’on appellerait aujourd’hui une cancel culture : le livre de Copernic a été mis à l’index en 1616 en conséquence de la condamnation de la thèse de Galilée, et fut modifié en 1620 afin de faire effacer ou corriger par les possesseur de l’œuvre les passages qui affirment l’héliocentrisme.

    Les adversaires de Galilée ayant obtenu la condamnation de la thèse de Copernic, Galilée ne pouvait plus se fonder sur le travail de Copernic sans être condamné personnellement (habile !), la condamnation personnelle arrive après la publication du Dialogue sur les deux grands systèmes du monde commandé par son ami le pape Urbain VIII (pape depuis 1623), la sentence dit entre autre « Il est paru à Florence un livre [...] dans lequel tu défends l'opinion de Copernic ».

    Ce qui n’a pas non-plus aidé Galilée c’est que le Dialogue avait été rédigé sous forme de dialogue entre trois personnages, un défenseur fictif de Galilée, une personne neutre, et un défenseur de la thèse adverse, caricatural et nommé Simplicio (qu’il prétendra être en référence au philosophe Simplicius, mais problème : le nom est vu comme extrêmement péjoratif... et le pape lui-même qui était son ami et qui lui avait commandé (et donc financé) l’étude se serait reconnu dans ce « Simplet ». Oups...

    Le pape Urbain VIII ne peut s’opposer à la condamnation de Galilée, mais restant tout de même ami avec Galilée a commué la condamnation de prison en résidence surveillée, et la récitation des psaumes hebdomadaires est confiée à la fille de Galilée qui était religieuse carmélite (qui récitait donc déjà les psaumes quotidiennement).

    Ironiquement encore, alors que c’est à des jésuites (universités de Salamanque et de Coimbra en Espagne) que Grégoire XIII avait commandé la conception du calendrier grégorien en 1579, ce sont des jésuites (Romains) qui ont attaqué Galilée. Il faut dire que Galilée s’était acharné contre Orazio Grassi qui défendait l’idée que les comètes étaient des astres qui tournaient autour du soleil comme les planètes et recevaient leur lumière du soleil, ce que Galilée réfutait (Oups)... Grassi a d’ailleurs dénoncé Galilée à l’inquisition dans l’affaire du livre « Il Saggiatore » (Oups...).

    Et donc... tadam... ce qui m’amuse dans cette affaire c’est que tous les actes du procès Galilée ont été datés selon un calendrier solaire imposé par un pape catholique, supposant que la Terre tourne autour du Soleil ! LOL

    Si la phrase « Et pourtant elle tourne » est probablement apocryphe, le plus rigolo à mes yeux est que les adversaires de Galilée matérialisaient cette phrase jusque dans leur liturgie quotidienne.

    On a vu comment le calendrier républicain se voulait être décimal et le calendrier révolutionnaire soviétique voulait des semaines de 5 jours, et comment certains ont révisé le calendrier julien de manière à le faire coller au calendrier grégorien mais sans passer au calendrier grégorien, tout cela pour des problématiques très humaines voire localisées dans le temps et l’espace (opposition religieuse, considération économique, vieille dissension historique...), que ce soit pour l’établissement d’un monde nouveau (révolution françaises et soviétiques) ou la défense d’un monde ancien (calendrier julien révisé)...

    Donc si vous trouvez les calendriers compliqués... essayez les hommes... 🤦‍♀️️ (j’y inclus les femmes 😅️)

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