• [^] # Re: autre démocratie, autre open source

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal censure ou pas. Évalué à 2.

    Petit indice : qui sont les pères fondateurs de la République Française et que pensaient ces gens de la démocratie héhé.

    Je ne suis pas sûr de comprendre, es-tu en train de dire que la définition des pères fondateurs de la République Française est "mauvaise" ou "bonne" ? Parce que si elle est bonne, je te ferais remarquer que leur définition est différente de celle "originelle". Mais si elle est mauvaise, je te ferais remarquer que leur définition est celle qui correspond à ce qu'on t'a dit "être bien", et que donc, quand tu dis qu'il faut retourner à la définition originelle, ce que tu fais, c'est demander de retourner à une définition pour laquelle la majorité ne s'accorde pas à dire que "c'est bien": tu mélanges deux définitions: tu es convaincu que "la démocratie originelle est bien", alors que les gens t'ont dit "la démocratie c'est bien" en parlant de la démocratie des Lumières et qu'on t'a dit "la démocratie originelle, c'est ..." alors que cela ne correspond pas à ce qui t'a été inculqué comme étant "bien" (ça veut pas dire que c'est pas bien, juste que je suis convaincu que tu n'as pas eu de réflexions poussées pour comprendre pourquoi la démocratie originelle est bien).

    « La France n'est point et ne peut pas être une démocratie. » disait, le 7 septembre 1789, l'abbé Emmanuel-Joseph Sieyès, député du Tiers-État. C'était dans son discours à l'Assemblée Nationale, née trois mois plus tôt, que celui-là qui est des pères fondateurs de la République Française arborait la démocratie. Comme quoi, si l'habit ne fait pas le moine, l'aumône ne fait pas la démocratie.
    En effet, les mots vedettes de la si grande révolution étaient : lois, peuple, liberté, ou encore nation et constitution. Ce n'est que fort loin derrière représentants et souveraineté qu'arrivait celui de démocratie qui servait surtout d'épouvante (être traité de démocrate était même une insulte suprême)... Sieyès agitait le risque d'une démocratie populaire avec ses mouvements tumultueux et incertains.

    Dans le même esprit, John Adams, l'un des pères fondateurs des États-Unis d'Amérique, dont il a été le second président a eu ces mots : « J'ai toujours été pour une république libre, pas une démocratie qui est un gouvernement arbitraire, tyrannique, sanglant, cruel et intolérable »
    L'américain Elbridge Thomas Gerry, l'une des plumes ayant signé la déclaration d'indépendance s'enflamme : « Les malédictions que nous expérimentons découlent des excès de la démocratie. Il faut donc imaginer un système qui protège la société d'elle-même, éviter à tout prix cette dangereuse démocratie. »

    C'est que jusqu'à cette époque, les penseurs de nos chères révolutions avaient bien en tête l'exemple d'Athènes. Mais hors de question d'utiliser le tirage au sort ; ce n'était bon que pour les grecs... Il leur fallait élire des représentants ; on était parti sur la base de l'aristocratie ! Montesquieu l'écrit formellement : « Le suffrage par le sort est de la nature de la démocratie ; le suffrage par choix est celle de l'aristocratie. »
    Loin de la gouvernance par le peuple et pour le peuple, on a acté qu'il existe une élite (en France elle finira par sortir de l'ENA) bien plus apte à s'occuper de la chose politique que les autres (encore une fois, tout le contraire de la démocratie.) Et non, ce n'est pas une nouvelle forme car c'est quelque chose qui vient du moyen-âge de manière indépendante : En 1302, le roi de France, Philippe Le Bel, a convoqué les premiers États Généraux (clergé, noblesse et tiers états réunis dans le but précis de légitimer le Roi face au Pape Boniface VIII), première illusion d'une représentation nationale. Comme le précisera Sieyes, quelques siècles plus tard, au début de la révolution : « Il ne s'agit parmi nous que de commerce, d'agriculture, de fabriques, etc. Le désir de richesse semble ne faire de tous les États de l'Europe que de vastes ateliers. » C'est à dire que le peuple ne souhaite que s'occuper de ses biens privées, la liberté de l'époque est celle de participer à la société commerçante, et le gouvernement représentatif est la solution car la gestion des affairs publiques (et donc le destin des États) est confiée à des représentants (en gros, la division du travail appliquée à la politique.)

    C'est en 1828 que Andrew Jackson est élu septième président des États-Unis ...en étant le premier élu qui se présente comme candidat des petits gens face aux élites, récoltant du coup les voix de la classe populaire. Bref, le premier cas de populisme ? En tout cas on le taxait de démocrate (insulte qu'à l'époque tout candidat sérieux voulait éviter comme aujourd'hui on refuse d'être qualifié de tel ou tel extrême.) Quinze ans plus tard, pratiquement tous les autres candidats auront fait de même et l'aristocratie se drape du nom de la démocratie. Entre temps, Jackson amène son parti à changer de nom pour capitaliser : le Parti Républicain devient Parti Démocrate ; du marketing politique avant l'heure.
    Aujourd'hui, ne pas se proclamer démocrate est un suicide politique, Le mot de démocratie est devenu comme sacré et intouchable ; mais loin d'être un système politique (de gestion du peuple par le peuple et pour le peuple), c'est devenu un agrégat d'idéaux donc chacun peut se réclamer.

    Finalement, la définition de démocratie qui me parait la plus raisonnable, c'est celle de Ricoeur:

    Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêts, et qui se fixe comme modalité d’associer à parts égales chaque citoyen dans l’expression, l’analyse, la délibération et l’arbitrage de ces contradictions.

    As-tu l'impression que les nombreux pays qui crient à la démocratie mettent en œuvre cette définition ou autre chose ?

    "It is seldom that liberty of any kind is lost all at once." ― David Hume