• [^] # Re: Ça m'énerve

    Posté par . En réponse à la dépêche Différences de genres dans la contribution au code libre. Évalué à 6.

    Il me semble que ce qu'a voulu montrer Pluckrose, c'est que dans certains domaines de la recherche, la volonté d'exposer des griefs sociaux a pris le pas sur la recherche de la vérité et sur la mise en œuvre d'une démarche scientifique rigoureuse

    C'est justement une des critiques de l'expérience à laquelle Pluckrose a participée: certains ont l'impression que les auteurs de cette expérience ont plus eu la volonté d'exposer des griefs sociaux (le grief social étant le fait que les sciences sociales contiendraient en partie non négligeable des personnes qui sont plus intéressées par exposer des griefs sociaux que par une démarche scientifique rigoureuse), plutôt que d'avoir suivi une démarche scientifique rigoureuse.
    Cette impression peut se débattre, mais elle n'est certainement pas infondée quand 1) les auteurs ont d'abord réaliser une première expérience qui concluait l'inverse, et ont choisi de recommencer une nouvelle expérience parce qu'ils n'étaient pas satisfaits des résultats, 2) l'expérience elle-même n'est pas très bien construite sur le plan scientifique, avec par exemple aucun groupe contrôle permettant de vraiment conclure quoi que ce soit, 3) les résultats de l'expérience ont été interprété de manière très peu nuancée et très binaire (sans doute plus par les médias et le grand public que les auteurs eux-mêmes, enfin, je l'espère), car 3 articles qui passent sur ~17 qui ne passent pas, cela correspond assez à ce à quoi on s'attend dans n'importe quelle discipline scientifique (il faut aussi se rendre compte que les scientifiques n'aiment pas toujours exclure les articles qui ont l'air fantaisistes simplement parce que les thèses fantaisistes peuvent faire partie de la conversation, même si personne n'y croit vraiment). 4) si en plus ensuite certains auteurs démontrent, en soutenant des discours profondément anti-scientifiques, que leur but n'est pas réellement de rechercher la vérité.

    Je trouve un peu discutable de critiquer la personne au regard d'idées qu'il est censé avoir en raison d'un rapprochement supposé avec ce Think tank dont tu parles, de manière à discréditer le travail qu'il a pu faire avec Pluckrose.

    Premièrement, il ne s'agit pas "d'idées qu'il est censé avoir", il s'agit de fait: Lindsay a, objectivement, réellement, ouvertement, dit que "the Discovery Institute" est un collaborateur scientifiquement respectable, alors que ce think tank a, objectivement, réellement, ouvertement, soutenu des théories fantaisistes. Même pas "fantaisistes", mais bel et bien de la bonne grosse pseudo-science.

    C'est quand même un peu bizarre, j'ai l'impression que pour toi, le fait qu'un article sur "la culture du viol chez les chiens", qui n'a été pris sérieusement par personne, n'est pas été empêché de publication démontre qu'on puisse remettre en cause le sérieux du groupe X des personnes en science humaine pointée du doigt par Pluckrose, mais que le fait qu'un scientifique cautionne de la bonne grosse pseudo-science bien néfaste, ça, c'est "pas fair-play" et ne remet pas en cause le sérieux du reste de son travail.
    Après tout, l'article "la culture du viol chez les chiens" est aux sciences sociales ce que Lindsay est à Pluckrose: les sciences sociales restent coupables d'avoir laisser passer ça, et Pluckrose reste coupable d'avoir travailler avec quelqu'un objectivement anti-scientifique. Cela, selon moi, ne signifie pas que l'un ou l'autre doit bruler en enfer, c'est pas "très grave", c'est juste déplorable. Et si on montre les trucs déplorables qui sont arrivés à X, je trouve étrange de trouver "discutable" de parler des trucs déplorable qui sont arrivé à Pluckrose, cela me semble être biaisé.

    Deuxièmement, il ne s'agit pas de sophisme par association. L'expérience des "grievance study hoax" est présentées comme la démonstration par un groupe de personnes scientifiques et objectives qu'il y a un problème dans les sciences sociales. Si par la suite, une de ces personnes démontre qu'elle n'est pas scientifique et objective, cela remet bel et bien en cause la conclusion: impossible de faire confiance à quelqu'un qui juge une étude non-scientifique si cette personne, par ailleurs, démontre son incapacité à reconnaitre ce qu'est ou non une étude non-scientifique. C'est un peu comme si un article écrit par trois personnes prétendait que l'article X fait une erreur de math, et qu'ensuite un de ses auteurs démontre qu'il ne comprend pas les math d'un niveau élémentaire: comment peuvent-ils arriver à cette conclusion s'ils n'ont même pas les bases.

    Après, comme je l'ai dit, je n'attaque pas Pluckrose, je remets juste les choses dans un contexte plus nuancé. Je suis sur que certains arguments avancés par certains "défenseurs de la cause féminine" sont totalement bidons, mais il faut aussi reconnaitre que certains arguments avancés par certains "défenseurs du rationalisme face au terrible danger du wokisme" sont tout aussi bidons. C'est justement une question d'objectivité, et si quelqu'un est parfaitement à l'aise à dépeindre les sciences sociales comme affectées par les arguments bidons des féministes tout en ignorant les très grosses zone d'ombre des sources qui leur permettent de dire ça, ce quelqu'un est loin d'être objectif.

    Ma position personnelle est que les sciences sociales sont loin d'être parfaites, mais qu'il existe aussi, de plus en plus, certaines personnes qui sont tout aussi non-scientifique qui montent en épingle une soi-disant corruption de la science dans ces milieux. L'expérience des "grievance studies hoax" est une bonne illustration: pour une personne objective, cette expérience pose bel et bien de gros problème d'objectivité scientifique. Et pas parce qu'on cherche des poux: personne n'a forcé Lindsay a par la suite démontré sa non-scientificité, personne n'a forcé l'étude à ne pas avoir de groupe de contrôle, personne n'a forcé les auteurs à refaire l'expérience plusieurs fois jusqu'au moment où l'hoax prend, personne n'a forcé personne à présenté un score de 17 articles fantaisistes ayant été arrêté et seulement 3 ayant été publié comme une preuve parfaite d'un manque de professionnalisme. Je suis sur qu'il y a des exemples bien moins "étranges" qui montrent qu'il y a un problème dans les sciences sociales, mais il faut aussi avouer qu'il y a beaucoup de gens qui sautent directement sur le résultat de l'expérience des "grievance studies hoax" et qui "oublient" ou "minimisent" très vite les éléments troublants de cette étude, alors que si ces mêmes éléments étaient à charge des sciences sociales, ils s'écrieraient qu'il s'agit de la preuve de sa non-scientificité.