Mouais, en ce qui concerne Helen Pluckrose, il faudrait remettre les choses dans leur contexte.
Attention, le reste de mon commentaire semble dépeindre une image négative du travail effectué. Mais mon but est de donner l'autre côté de l'histoire. En réalité, je pense que la réalité est plutôt entre les deux: il y a effectivement des problèmes dans certains secteurs d'études où l'idéologie prend le pas sur l'objectivité scientifique, mais 1) ce n'est pas aussi marqué et aussi particuliers que l'idée populaire, 2) ceux qui sont "de l'autre côté" et qui critiquent le professionnalisme de ce secteur sont parfois tout autant subjectif eux-même.
Tout d'abord, leur fameuse "grievance studies affair" a été largement médiatisée, mais leurs conclusions sont loin d'être partagées par le monde scientifique. Pour rappel, ils ont prétendu que certains domaines sont moins scientifiques parce qu'ils ont réussi à faire publier des articles qu'ils ont écrits eux-mêmes et qui sont fantaisistes. En réalité, sur la vingtaine d'articles qu'ils ont tenté de publier et soumis à de nombreux journaux, seuls TROIS ont réellement passés toutes les barrières (7 si on compte les 4 autres qui ont été retractés quand les lecteurs de ces journaux qui, selon Pluckrose, considèrent ce genre d'articles scientifiquement pertinent, ont réagi en contactant le journal pour leur dire qu'ils considèrent ces articles non scientifiques). Du coup, cette expérience a également montrée que ce secteur est en fait bien plus professionnel que ce que Pluckrose insiste il est. Et comme il n'y a eu aucun groupe de contrôle, impossible de conclure quoi que ce soit, si ça se trouve, ce secteur est même plus professionnel que d'autres secteurs scientifiques. Il faut aussi mentionner qu'avant cette expérience, les mêmes auteurs avaient déjà tentés une expérience similaire avec un autre article fantaisiste, mais n'avaient pas réussi à le faire publier. Comme la conclusion de cette expérience était donc que leur hypothèse était fausse, ils ont choisi "d'oublier" cette expérience et de recommencer jusqu'au moment où les résultats vont dans le sens qu'ils avaient envie de voir.
Notons également qu'un des auteurs, Lindsey, a par la suite fondé "New Discourses" financé par "the Discovery Institute", un think tank qui promeut l'inclusion des théories créationnistes dans les écoles US ou qui publie des articles climatosceptiques. À son corps défendant, je pense que Pluckrose a pris ses distances avec Lindsay, mais cela change un peu l'image: il y avait au moins un auteur qui n'était pas du tout là pour défendre la rigueur scientifique (puisqu'il n'en a rien à faire dès que cette absence de rigueur va dans le sens qu'il préfère), mais, au contraire, était idéologiquement persuadé que les articles scientifiques qui concluaient quelque chose qu'il n'aimait pas ne pouvaient être que non-scientifique et a donc entrepris de les décrédibiliser.
Bref, lire Pluckrose est surement très intéressant, mais je ne prendrais pas ses conclusions pour argent comptant, et j'éviterais de lire que Pluckrose, mais également des livres défendant les vues opposées.
[^] # Re: Ça m'énerve
Posté par j-c_32 . En réponse à la dépêche Différences de genres dans la contribution au code libre. Évalué à 5.
Mouais, en ce qui concerne Helen Pluckrose, il faudrait remettre les choses dans leur contexte.
Attention, le reste de mon commentaire semble dépeindre une image négative du travail effectué. Mais mon but est de donner l'autre côté de l'histoire. En réalité, je pense que la réalité est plutôt entre les deux: il y a effectivement des problèmes dans certains secteurs d'études où l'idéologie prend le pas sur l'objectivité scientifique, mais 1) ce n'est pas aussi marqué et aussi particuliers que l'idée populaire, 2) ceux qui sont "de l'autre côté" et qui critiquent le professionnalisme de ce secteur sont parfois tout autant subjectif eux-même.
Tout d'abord, leur fameuse "grievance studies affair" a été largement médiatisée, mais leurs conclusions sont loin d'être partagées par le monde scientifique. Pour rappel, ils ont prétendu que certains domaines sont moins scientifiques parce qu'ils ont réussi à faire publier des articles qu'ils ont écrits eux-mêmes et qui sont fantaisistes. En réalité, sur la vingtaine d'articles qu'ils ont tenté de publier et soumis à de nombreux journaux, seuls TROIS ont réellement passés toutes les barrières (7 si on compte les 4 autres qui ont été retractés quand les lecteurs de ces journaux qui, selon Pluckrose, considèrent ce genre d'articles scientifiquement pertinent, ont réagi en contactant le journal pour leur dire qu'ils considèrent ces articles non scientifiques). Du coup, cette expérience a également montrée que ce secteur est en fait bien plus professionnel que ce que Pluckrose insiste il est. Et comme il n'y a eu aucun groupe de contrôle, impossible de conclure quoi que ce soit, si ça se trouve, ce secteur est même plus professionnel que d'autres secteurs scientifiques. Il faut aussi mentionner qu'avant cette expérience, les mêmes auteurs avaient déjà tentés une expérience similaire avec un autre article fantaisiste, mais n'avaient pas réussi à le faire publier. Comme la conclusion de cette expérience était donc que leur hypothèse était fausse, ils ont choisi "d'oublier" cette expérience et de recommencer jusqu'au moment où les résultats vont dans le sens qu'ils avaient envie de voir.
Notons également qu'un des auteurs, Lindsey, a par la suite fondé "New Discourses" financé par "the Discovery Institute", un think tank qui promeut l'inclusion des théories créationnistes dans les écoles US ou qui publie des articles climatosceptiques. À son corps défendant, je pense que Pluckrose a pris ses distances avec Lindsay, mais cela change un peu l'image: il y avait au moins un auteur qui n'était pas du tout là pour défendre la rigueur scientifique (puisqu'il n'en a rien à faire dès que cette absence de rigueur va dans le sens qu'il préfère), mais, au contraire, était idéologiquement persuadé que les articles scientifiques qui concluaient quelque chose qu'il n'aimait pas ne pouvaient être que non-scientifique et a donc entrepris de les décrédibiliser.
Bref, lire Pluckrose est surement très intéressant, mais je ne prendrais pas ses conclusions pour argent comptant, et j'éviterais de lire que Pluckrose, mais également des livres défendant les vues opposées.