• # Etonnant mais après analyse compréhensible bien que semant la confusion

    Posté par . En réponse au lien Le pillage de la communauté des logiciels libres. Évalué à 10. Dernière modification le 20 janvier 2022 à 12:53.

    Je cite le texte en question partie disponible pour savoir de quoi l'on parle :

    Le pillage de la communauté des logiciels libres
    Pendant que l’utopie numérique rêvée trente ans plus tôt enfantait un supermarché à partir de 1990, un groupe d’irréductibles maintenait envers et contre tout un projet fidèle aux origines : le logiciel libre. Coopté, récupéré et trahi par les mastodontes de l’industrie, le voici fragilisé.

    En marge de l’industrie des nouvelles technologies, dans les années 1990, un autre monde numérique émerge. Des développeurs bénévoles distants géographiquement se structurent en communautés pour construire de manière collaborative des logiciels concurrents des offres dites « propriétaires » : le système d’exploitation Linux, le serveur Web Apache ou le lecteur multimédia VLC en sont des exemples connus. Ils abandonnent les droits exclusifs sur leur production non seulement parce qu’ils perçoivent des bénéfices non financiers (plaisir, apprentissage, réputation, offres d’emploi), mais aussi pour des raisons morales : une licence dite « copyleft » (comme la licence publique générale, GPL) accorde aux utilisateurs les droits d’exécution, de copie, de modification et de distribution du code informatique. Elle impose aussi le maintien de ces libertés dans toutes les versions dérivées du logiciel. Où en est aujourd’hui le mouvement du logiciel libre ?

    La réponse n’incite guère à l’optimisme : il a été coopté, intégré et récupéré par les colosses de la Silicon Valley, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft (Gafam). Au point que les logiciels open source (pour « code source ouvert », un terme adopté dans le milieu industriel pour parler du logiciel libre sans parler de... libertés ! ) se trouvent désormais au cœur de l’économie numérique. Selon un sondage réalisé en 2018 auprès de 1 200 professionnels de l’informatique, plus de neuf applications sur dix contiennent des fragments de programmes issus du monde « libre ». L’intégration débute au début des années 2000 chez IBM et s’achève en 2018 avec le rachat par Microsoft de la plate-forme de développement collaborative GitHub pour 7,5 milliards de dollars. Les entreprises paient certains développeurs, profitent du travail gratuit des bénévoles, et les intellectuels critiques qui voyaient dans le « libre » un outil d’émancipation en sont pour leurs frais.

    Dans ce processus d’appropriation, deux acteurs ont joué un rôle essentiel de passerelle entre le monde des entreprises et celui (...)

    Je comprends que le titre porte à confusion (pillage de ce qui est librement disponible et utilisable et distribuable ? ce concept est-il pertinent pour appréhender la question ? ) et dès lors je comprends les critiques de Zenitram plus haut mais en tant qu'article de vulgarisation (le monde diplomatique ) et en tant qu'article partiellement accessible (donc je ne vais pas me prononcer sur le reste qui ne l'est pas) je trouve que le point de vue des auteurs ( Laure Muselli, Mathieu O’Neil, Fred Pailler & Stefano Zacchiroli ) ne me semblent pas à côté de la plaque en soi. D'autant que Stefano Zacchiroli a été Debian Project Leader (https://fr.wikipedia.org/wiki/Stefano_Zacchiroli ), ce qui m'incite à penser qu'il connaît le sujet un peu mieux que des journalistes généralistes qui ne font pas partie du domaine.

    1. Le bref historique me semble assez correct
    2. Les motivations des développeurs de passer en logiciels libres me semblent aussi assez bien décrite (éthique et pratique )
    3. Les exemples sont pertinents et les plus connus du grands public (VLC, Apache, Linux)
    4. On parle des GAFAM et pas seulement des GAFA
    5. L'usage et l'intégration par les GAFAM de logciels libres me semble objectivement vrai (au moins pour Apple dont on est certain via sa page open source , j'imagine qu'en cherchant un peu on devrait trouvé les infos chez les autres GAFAM )
    6. Le point de vue open source adopté par les GAFAM me semblent correspondre aux différentes discussions entre libertés et aspects pratiques depuis de longue date au sein même de la communauté (courant Stallman / Torvalds)
    7. Ils donnent des éléments concernant le rachat de github par l'un des GAFAM
    8. Le point principal de débat semble se situer dans les phrases suivantes :

    8.1 > "Les entreprises paient certains développeurs, profitent du travail gratuit des bénévoles, et les intellectuels critiques qui voyaient dans le « libre » un outil d’émancipation en sont pour leurs frais."

    8.2 > "Dans ce processus d’appropriation, deux acteurs ont joué un rôle essentiel de passerelle entre le monde des entreprises et celui (...)"

    Pour le point 8.1 je pense que c'est une description assez correct des faits , les entreprises (et les GAFAM ici) bénéficient effectivement du travail de la communauté du libre. Je ne sais pas qui désigne "les intellectuels critiques" mais du point de vue de la communauté le courant pronant l'usage du copyleft sont effectivement plus critique de l'intégration dans les projets propriétaires des GAFAM de briques libres sans obligation de garder le caractère de logiciel libre aux destinataires de ces logiciels en aval (en général les utilisateurs finaux). Le point principal c'est que cela brise l'égalité de traitement des utilisateurs accordé par les licences libres en amont.

    Pour le point 8.2, ce processsus n'implique pas que le traitement soit qualifiable appropriation* , en effet, si une licence permissive est utilisé et intégré dans du logiciel propriétaire, l'éditeur de ce dernier n'a fait qu'utiliser lui même les libertés accordés par la licence permissive, y compris celle de ne pas continuer la chaine de transmission de ces droits en aval.
    Je ne pense pas qu'on puisse qualifié ce processus d'appropriation car il ne lui était pas à la base interdit d'avoir ce type de comportement. Est-ce qu'il y une forme de mise en exclusivité du logiciel en aval (oui pour toutes les modifications), non si le logiciel n'a pas été changé. Peut-on critiqué ce caractère de mise en exclusivité par des éditeurs de logiciel propriétaire d'un point de vue juridique ? non je pense pas . Peut-on critiquer ce comportement d'un point de vue éthique ? oui on ne pas être d'accord avec ce comportement au delà du juridique, dans une perspective plus large (par exemple il ne semble pas éthique/moral d'adopté un tel comportement même si sur le plan du droit c'est faisable). Est-ce que c'est ce que font les auteurs ? oui apparement .
    Y-a-t-il un problème de cohérence ? non si on adopte le point de vue qu'il serait nécessaire de continuer à transmettre les droits qu'on a reçu /utilisé pour s'assurer que d'autres personnes puisse les recevoir et pour permettre de favoriser un comportement de réciprocité mutuel entre utilisateurs/développeurs dans la communauté. Cela ne me semble pas incohérent en soi, même si on peut ne pas être d'accord sur cette position.

    Donc ce qui me semble de mon point de vue poser problème c'est l'utilisation d'une approche (d'un concept) de logiciel propriétaire pour défendre une position de logiciel libre voulant favoriser la réciprocité sur une base éthique plus général.

    Sachant que c'est un article de vulgarisation (je suppose) , on peut simplement se demandé
    si cette vulgarisation reflète correctement à ses lecteurs le fond du problème.

    En un certain sens c'est une question de contrat social (au sens Rousseau du terme

    Dans Du contrat social, Rousseau soutient la thèse selon laquelle une organisation sociale « juste » repose sur un pacte garantissant l’égalité et la liberté entre tous les citoyens. Ce pacte est contracté entre tous les participants, c’est-à-dire l’ensemble exhaustif des citoyens. Dans le contrat social, chacun renonce à sa liberté naturelle pour gagner une liberté civile.) (https://fr.wikipedia.org/wiki/Du_contrat_social)

    Le problème c'est que les termes de ce contrat social ne sont pas les mêmes si on est dans une licence permissive ou une licence copyleft (plus proche du contrat social de Rousseau). Dès lors la question de l'appropriation de la propriété ne semble pas le terme adéquat pour définir le problème même. En effet, la mise à disposition d'un droit de propriété exclusif sans contrepartie ou avec contrepartie ne remet pas en cause le fait que la personne qui reçoit ce droit puisse l'exercer (y compris sans contrepartie). Cela peut effectivement ne pas correspondre à une vision du contrat social d'un point de vue de réciprocité mais cela n'en reste pas moins valable. On peut simplement constater que face au GAFAM il ne sont pas dans une vision Rousseau du contrat social impliquant une réciprocité des échanges, cette position peut être remis en question d'un point de vue moral/éthique oui.

    En outre ce qui peut être soulevé le fait qu'il existe lorsqu'on compare un contrat de licence des logiciels propriétaires (Microsoft, Apple) et (services en ligne propriétaire Google Facebook , Amazon) (conditions générales d'utilsation) basé sur du logicie libre à licence permissif un nombre assez infinie d'obligation imposé à l'utilisateurs de ces services. Alors que comparé au logiciel libre en mode copyleft qui n' impose qu'une seule pour des raisons éthiques/morales, cette disproportion peut en effet être mis en question, en tant qu'utilisateurs finales. Néanmoins, cela ne semble pas soulevé par les auteurs.

    Bref je pense qu'utiliser une notion qui se base sur le logiciel propriétaire n'est pas propre à éclaircir le débat. Bien entendu les auteurs ont un point de vue spécifique qu'il défendent également et c'est tout à leurs honneurs, simplement qu'en tant qu'élément de vulgarisation, je pense qu'il serait utile de diminuer la confusion daéanmoins cela n'est pas soulevé par les auteurs. ns l'esprit du lecteur du monde diplomatique en n'ajoutant pas une approche non adapté à la question de fond qui me semble légitime quelque soit la position.