• [^] # Re: Pourtant ça partait bien

    Posté par . En réponse au journal Comment j’ai été réduit en esclavage, comment vous m’avez aidé, et les leçons que j’en ai tirées. Évalué à -2.

    Sur la question du consentement : quand il y a une situation hiérarchique en jeu, de quelque nature que ce soit, le véritable consentement est extrêmement complexe.

    On n'est clairement pas d'accord. Je pense que tu confonds les raisons d'une décision (qui sont éventuellement complexes) et la décision en elle-même (qui est très simple). Et pour faire ça, tu redéfinis le concept de consentement, en faisant une nuance entre "consentement" et "véritable consentement", le deuxième n'ayant (à mon avis) aucune réalité concrète (une décision que tu aurais pu prendre en faisant abstraction de tout ou partie des conséquences?)

    Si un agent SNCF qui vient de te verbaliser te demande "Êtes-vous d'accord pour payer l'amende tout de suite?", il s'en fout complètement de savoir si au fond de toi tu n'aurais pas payé l'amende si tu n'avais pas la certitude de recevoir une amende majorée à ton domicile si tu disais "non". Quand on demande à quelqu'un "tu es d'accord pour X?"; il me semble évident qu'on lui demande son accord dans le contexte tel qu'il existe, avec les rapports de force qui existent. Et si tu réponds "oui", tu donnes ton consentement, dans le contexte tel qu'il existe—y compris pour avoir la paix, typiquement quand on "consent" à la récolte de données personnelles sur internet...

    Un patron qui demande à son employé "tu peux rester une heure de plus ce soir?", il sait évidemment qu'il est le patron, que l'autre aurait probablement mieux aimé rentrer. Je veux dire, qui peut imaginer le contraire? Tu penses vraiment que le patron veut savoir si tu es en paix avec toi-même sur l'idée de faire des heures sup? Il s'en fout pas mal, il voudrait que tu restes, mais te donnes le choix de balancer le pour et le contre avant de donner ta réponse. Quand on répond "oui" ou "non", il y a des conséquences, c'est évident, et l'existence de ces conséquences font partie de la question. "Veux-tu un dessert?" "je réponds non, mais mon véritable consentement aurait été "oui" si je n'étais pas en surpoids"? Le concept me semble surréaliste. Honnêtement, je ne comprends même pas comment on peut imaginer une autre définition du consentement.

    Évidemment, si le consentement est obtenu grâce à des contreparties disproportionnées ("tu me donnes ton portefeuille ou je te mets un coup de couteau"), tu es en position de dénoncer le "contrat" après coup. On pourra noter par exemple que la notion de consentement qui est souvent évoquée pour qualifier un viol n'est pas présente dans la loi. Je pense que c'est justement pour cette raison; la loi liste d'ailleurs un certain nombre de raisons (surprise, chantage...) qui permettent des poursuites pour viol alors que le rapport était consenti.

    Mais bon vu qu'on a allègrement redéfini l'esclavage, on peut allègrement redéfinir le consentement dans les commentaires :-)