• [^] # Re: Pourtant ça partait bien

    Posté par . En réponse au journal Comment j’ai été réduit en esclavage, comment vous m’avez aidé, et les leçons que j’en ai tirées. Évalué à 5. Dernière modification le 20 janvier 2022 à 11:31.

    C'est marrant, au début c'était en effet assez intriguant, et puis très rapidement je me suis demandé si ça n'était pas un peu du mytho, avant ce coq à l'âne sur le passe vaccinal et la succession de théories farfelues qui suivent.

    Ce qui ne semble pas coller avec cette histoire d'employeur, c'est le décalage entre le statut supposé (cadre sup) et son absence totale de réaction quand l'employeur franchit des lignes rouges. Je pense que pour beaucoup d'entre nous, du salaire non-déclaré, un bail non-déclaré, des accidents de travail non-déclarés, sont des lignes rouges évidentes. Je trouve que quelque chose cloche; ce genre de relations avec un employeur, on peut l'avoir quand on est sans-papiers, qu'on n'a pas forcément les connaissances pour se défendre, qu'on vient d'un milieu au le travail au black est courant... Bien sûr, il est très fréquent que les cadres se plaignent de leur charge de travail ou d'avoir du mal à se déconnecter, mais ça me semble être un type d'emprise très différente de ce qui est décrit dans le journal. Un peu comme si cette histoire était un mélange de deux histoires très différentes.

    Après, comme la suite est complètement barrée, il n'est pas impossible que ce soit la retranscription subjective de la manière dont l'auteur du journal a vécu une relation difficile avec son employeur, et cette version est peut-être un peu décalée avec la réalité.

    Un truc qui me fait tiquer par exemple, c'est le passage sur le fait de devenir sans-domicile. Il y a peu de détails, mais ça me semble probablement inventé. J'ai de nombreux collègues qui adressent tous les papiers administratifs sur leur lieu de travail (parce qu'ils changent souvent de domicile par exemple) : caf, sécurité sociale, etc. Pour un justificatif de domicile, une facture de téléphone portable suffit. Pour la domiciliation fiscale, il faut demander un rattachement communal (c'est assez courant, il y a plein de gens qui n'ont pas d'adresse postale : quand on vit sur un bateau ou dans une caravane, chez des amis, quand on est SDF...), et ça, normalement, c'est les services concernés (impôts...) qui auraient dû le suggérer à l'auteur (genre, les impôts ne vont pas lui envoyer de relevé parce qu'il fournit l'adresse de son employeur :-) ). Bref, le système est souple, et si son histoire est vraie, elle décrit surtout une emprise psychologique (l'employeur lui a peut-être fait croire qu'il n'avait pas le droit d'utiliser son adresse) plutôt qu'un problème pratique, puisqu'il n'y a aucune ambiguité légale (on a le droit de recevoir du courrier personnel sur son lieu de travail et l'employeur n'a pas le droit de l'ouvrir).

    Je montrerai dans une prochaine vidéo comment la notion de serf est identique à la notion de citoyen parce qu’elle détermine un homme par son attachement à la terre.

    Ah tiens il faut que je fasse une vidéo où je monterai que la notion de cassoulet est identique à la notion de jurisprudence parce qu'elle détermine un haricot par son attachement à la justice.

    Et sur le fond, tout le monde est au courant que la relation employeur-employé est asymétrique et qu'elle peut être parfois vécue comme une forme de servitude, mais ça vient d'une volonté de ne pas comprendre la définition de liberté (il y a d'ailleurs de très bonnes vidéos sur Youtube sur la chaine de Mr Phi). On les libre de quitter son emploi comme on est libre de marcher sans chaussures 5h dans la neige : il n'y a pas de loi contre ça, on n'ira pas en prison, rien ne nous empêche de le faire. Le fait qu'on ne souhaite pas le faire parce qu'on tient à ses doigts de pieds, c'est autre chose, et c'est la différence entre un droit comme le droit de vote (l'État a le devoir de faire en sorte que ce droit puisse s'exercer) et un droit comme le droit d'avoir une tour Eiffel en plastique rose dans ses toilettes (l'État n'interdit pas d'avoir une tour Eiffel en plastique rose dans ses toilettes—même si le bon goût le devrait --, mais il n'a pas l'obligation de vous trouver une fournisseur de tour Eiffel en plastique rose à prix raisonnable, et si personne n'en fabrique, ou s'il vous le vend 1M€ pièce, bah vous ne pourrez pas exercer votre droit).