• [^] # Re: Du ressort d'un professionnel?

    Posté par . En réponse au lien Psychopathologie du totalitarisme 1/3. Évalué à 2.

    Poser un diagnostic psychiatrique (qui plus est envers une femme) serait quand même assez violent comme procédé. On peut trouver ses idées tarabiscotées et les déconstruire, mais écrire qu'elle est atteinte psychiatriquement me semble être une dérive à éviter. Par exemple on peut critiquer comme le fait Didier Eribon dans son bouquin "Écrits sur la psychanalise" les fondements du raisonnement psychanalitique de Freud et Lacan en lui opposant Deleuze, Foucault et Roland Barthes. Le problème c'est que la base de la théorie psychanalytique utilisant le terme de "perversion" depuis sa fondation, elle traque les pathologies, et ce faisant réïtère une base traditionnelle de norme conservatrice de la structure du psychisme. Dider Eribon, qui met en lumière le schisme essence - structure du psychisme / culture est une bonne base pour le faire pour montrer comment l'analyse de la critique actuelle du totalitarisme (parfois appelé "wokisme" ?) est une démarche conservatrice et réactionnaire.

    Mais poser un diagnostique ce serait adopter les mêmes pratiques que ce que l'on veut critiquer, se réclamer exactement de la même démarche normative et dictatoriale. Aux débuts de l'essor totalitaire de Hitler, les gens de la bonne société se moquaient de lui et le trouvait certainement loufoque. Erreur monumentale.

    Si tout cela parait trop épineux et philosophique vous pouvez aller regarder l'excellent film "Retour à Reims" avec Adèle Haenel en narratrice, qui explique très bien comment Lepen a su capter les émotions blessées d'une classe "populaire" dont les problèmes n'étaient pas pris en compte suffisamment par les élites de la Nation française pensante et rationnelle, issue des grandes écoles. Lepen s'est basé sur l'émotion, et non pas sur la rationnalité, qui peut être profondément méritocratique.

    Pour avancer contre les théories "complotistes" la rationnalité ne sert malheureusement à pas grand chose. Il faudrait capter l'émotion, les affects et leur parler directement.