Dans mes cours d'histoire en classe primaire (ça remonte à loin donc souvenirs imprécis, et ce n'est pas forcément de l'histoire très détaillé), on nous présentait les alphabets comme des évolutions ou successeurs de systèmes plus primitifs qu'étaient entre — entre autre — les systèmes d'écriture à base de clous (cunéiformes) ou d'idéogrammes (par exemple l'égyptien antique). C'est aussi ainsi que sont apparus dans l'histoire très récente (coloniale notamment) nombre de systèmes d'écriture indigènes, et là il s'agit d'histoire suffisamment proche pour prétendre à une certaine valeur scientifique.
J'ai mis en gras quelques indices sur ce qui nous as été appris... L'école est là pour apprendre quelques savoirs de base, mais elle est aussi là pour inculquer une certaine culture, très ethnocentrée et héritière d'un système colonialiste. Les bons sauvages, la marche de l'histoire vers une nécessaire évolution, la puissance de la civilisation... En fait, lorsqu'on sort de ce genre de paradigme, la réalité est sacrément plus complexe, et amener une notion de "mieux" a tendance à, justement, éloigner de toute valeur scientifique. Là dessus, Pierre Clastres me semble être un bon départ, il est agréable à lire et sacrément remonté contre cet ethnocentrisme qu'il démonte allègrement au fil de ses écrits.
Pour prendre l'exemple de l'égyptien, les hiéroglyphes étaient très appropriés à un certain rapport au monde, mais l'écriture dans l'Égypte antique s'est beaucoup transformée et s'est diversifiée au fil des siècles. Elle n'a d'ailleurs pas exactement disparu, les caractères arabes étant des descendants lointains de l'écriture hiératique (une des branches de l'écriture hiéroglyphique), de même que notre alphabet descend d'autres écritures utilisant des idéogrammes. Vois-tu encore le bœuf (aleph) dans notre "A" ? Chacune de nos lettre a un joli parcours :) Et si l'alphabet dit "latin" s'est imposé dans une large partie du monde aujourd'hui, c'est principalement parce que c'était celui utilisé par ceux qui ont gagnés, des romains aux colonies européennes, associé à d'autres méthode de diffusion de l'éducation et de la culture. Les scribes protégeaient la connaissance des glyphes, qui avaient des valeurs religieuses, là où le hiératique ou l'alphabet latin servaient aux marchands, par exemple, et devaient donc nécessairement se diffuser plus.
Les idéogrammes, difficiles à apprendre ? As-tu déjà essayé ? Gamine, le sujet m'intéressait, et j'avais acquis rapidement une certaine aisance pour déchiffrer tout les hiéroglyphes non alphabétiques ; en fait ce qui m'avais bloqué était justement les hiéroglyphes phonétiques, qui demandaient que j'associe les sons à une langue que je ne connaissais pas. Ayant toujours eu la concentration du papillon, la partie "symbole" n'avait été ni longue, ni ardue, et il m'en reste même pas mal de souvenirs. J'ai retrouvé ça en effleurant les sinogrammes : associer une forme à un concept est facile et rapide, la difficulté venant lorsque le syllabique s'en mêle, et parce que certains systèmes ont un nombre de symboles énormes : pour les enregistrer il faut avoir l'occasion de les croiser plusieurs fois. Mais les syllabiques ne font pas mieux : beaucoup de gens en France ne maitrisent pas bien l'écrit, alors même que tout le monde passe par la case "école" et que savoir lire et écrire est considéré comme nécessaire dans notre civilisation. Je suis souvent en contact avec des gens pour qui lire est un gros effort, laborieux, complexe, et où tout mot à l'orthographe un peu étrange les met en difficulté ; par contre envoyer des sms à base d'emoji et de français très phonétique et basique est jouable pour eux, alors qu'ils n'ont pas eu d'apprentissage officiel des emojis.
Contrairement à ce qu'un certain discours colonialiste veut nous faire croire, idéogrammes et phonogrammes sont généralement associés et complémentaires, et notre culture n'y fait pas exception. Il suffit de se promener en ville pour voir un nombre énorme de "dessins" qui ont un sens : panneaux routiers, indications en tout genre, les boutons sur nos appareils... les emojis ne sont qu'une des nouvelles variations de tout cet univers d'idéogrammes et ne sont pas vraiment difficiles à s'approprier si tu as les références culturelles associés. Il est probable que tu identifie la frimousse qui sourit comme un sourire de ton interlocuteur, sans avoir besoin d'ouvrir un dictionnaire, parce que le fait de retrousser les babines vers le haut a ce sens-là dans notre culture.
L'avantage des idéogrammes est qu'ils permettent d'exprimer des concepts de base en étant très rapidement identifiable. Le panneau "laissez la priorité aux autres véhicules" est plus rapide à interpréter, une fois l'apprentissage fait, que si on devait le remplacer par une pancarte ayant le texte complet. Ils ont aussi des limites, car même les systèmes les plus anciens ne peuvent recouvrir tous les concepts avec des symboles, et c'est pour cela que les phonogrammes les complètent.
Il n'y a pas de notion de "mieux" là-dedans, les deux systèmes répondent à des besoins différents, ont leurs avantages et leurs inconvénients ;)
[^] # Re: Idéogrammes et 8%
Posté par Zatalyz (site web personnel) . En réponse au lien The Most Frequently Used Emoji of 2021. Évalué à 5.
J'ai mis en gras quelques indices sur ce qui nous as été appris... L'école est là pour apprendre quelques savoirs de base, mais elle est aussi là pour inculquer une certaine culture, très ethnocentrée et héritière d'un système colonialiste. Les bons sauvages, la marche de l'histoire vers une nécessaire évolution, la puissance de la civilisation... En fait, lorsqu'on sort de ce genre de paradigme, la réalité est sacrément plus complexe, et amener une notion de "mieux" a tendance à, justement, éloigner de toute valeur scientifique. Là dessus, Pierre Clastres me semble être un bon départ, il est agréable à lire et sacrément remonté contre cet ethnocentrisme qu'il démonte allègrement au fil de ses écrits.
Pour prendre l'exemple de l'égyptien, les hiéroglyphes étaient très appropriés à un certain rapport au monde, mais l'écriture dans l'Égypte antique s'est beaucoup transformée et s'est diversifiée au fil des siècles. Elle n'a d'ailleurs pas exactement disparu, les caractères arabes étant des descendants lointains de l'écriture hiératique (une des branches de l'écriture hiéroglyphique), de même que notre alphabet descend d'autres écritures utilisant des idéogrammes. Vois-tu encore le bœuf (aleph) dans notre "A" ? Chacune de nos lettre a un joli parcours :) Et si l'alphabet dit "latin" s'est imposé dans une large partie du monde aujourd'hui, c'est principalement parce que c'était celui utilisé par ceux qui ont gagnés, des romains aux colonies européennes, associé à d'autres méthode de diffusion de l'éducation et de la culture. Les scribes protégeaient la connaissance des glyphes, qui avaient des valeurs religieuses, là où le hiératique ou l'alphabet latin servaient aux marchands, par exemple, et devaient donc nécessairement se diffuser plus.
Les idéogrammes, difficiles à apprendre ? As-tu déjà essayé ? Gamine, le sujet m'intéressait, et j'avais acquis rapidement une certaine aisance pour déchiffrer tout les hiéroglyphes non alphabétiques ; en fait ce qui m'avais bloqué était justement les hiéroglyphes phonétiques, qui demandaient que j'associe les sons à une langue que je ne connaissais pas. Ayant toujours eu la concentration du papillon, la partie "symbole" n'avait été ni longue, ni ardue, et il m'en reste même pas mal de souvenirs. J'ai retrouvé ça en effleurant les sinogrammes : associer une forme à un concept est facile et rapide, la difficulté venant lorsque le syllabique s'en mêle, et parce que certains systèmes ont un nombre de symboles énormes : pour les enregistrer il faut avoir l'occasion de les croiser plusieurs fois. Mais les syllabiques ne font pas mieux : beaucoup de gens en France ne maitrisent pas bien l'écrit, alors même que tout le monde passe par la case "école" et que savoir lire et écrire est considéré comme nécessaire dans notre civilisation. Je suis souvent en contact avec des gens pour qui lire est un gros effort, laborieux, complexe, et où tout mot à l'orthographe un peu étrange les met en difficulté ; par contre envoyer des sms à base d'emoji et de français très phonétique et basique est jouable pour eux, alors qu'ils n'ont pas eu d'apprentissage officiel des emojis.
Contrairement à ce qu'un certain discours colonialiste veut nous faire croire, idéogrammes et phonogrammes sont généralement associés et complémentaires, et notre culture n'y fait pas exception. Il suffit de se promener en ville pour voir un nombre énorme de "dessins" qui ont un sens : panneaux routiers, indications en tout genre, les boutons sur nos appareils... les emojis ne sont qu'une des nouvelles variations de tout cet univers d'idéogrammes et ne sont pas vraiment difficiles à s'approprier si tu as les références culturelles associés. Il est probable que tu identifie la frimousse qui sourit comme un sourire de ton interlocuteur, sans avoir besoin d'ouvrir un dictionnaire, parce que le fait de retrousser les babines vers le haut a ce sens-là dans notre culture.
L'avantage des idéogrammes est qu'ils permettent d'exprimer des concepts de base en étant très rapidement identifiable. Le panneau "laissez la priorité aux autres véhicules" est plus rapide à interpréter, une fois l'apprentissage fait, que si on devait le remplacer par une pancarte ayant le texte complet. Ils ont aussi des limites, car même les systèmes les plus anciens ne peuvent recouvrir tous les concepts avec des symboles, et c'est pour cela que les phonogrammes les complètent.
Il n'y a pas de notion de "mieux" là-dedans, les deux systèmes répondent à des besoins différents, ont leurs avantages et leurs inconvénients ;)