• [^] # Re: L'AI et son monde

    Posté par . En réponse au journal tesla. Évalué à 4.

    Au final, la machine gagne en intelligence ce qu'elle perd en previsibilité, exactement comme les humains qui agiront différemment en fonction de leur education et experiences

    Les AI sont le produit de l'époque, qu'elles influencent en retour. Je veux dire par là que la conception de l'intelligence est en train de changer de par le fait même que l'époque moderne, dans ses manifestations et les discours dominants (dominants au sens où un son fort domine un fond sonore) en change progressivement le sens même.

    Je m'explique : la notion d'intelligence n'est pas du tout équivalente à celle de capacité de raisonnement, même si celle-ci entre pour beaucoup dans celle-là. L'intelligence se construit également avec beaucoup d'autres capacités, comme l'intuition, la sensibilité, la morale (j'entends par là sa morale personnelle, pas la morale de la société à laquelle on appartient, même si celle-ci joue beaucoup sur celle-là, en positif ou en négatif), l'impulsivité, la mémoire. Et j'en oublie sûrement. Mais si certaines sont rationnelles, au sens guidés par la raison, d'autres ne le sont pas et ne sont pas reproductibles en programmation, même si on peut tenter de les simuler, ça ne sera qu'en introduisant un facteur de hasard, pas en créant réellement de l'intuition ou de l'empathie.

    Les AI sont purement rationnelles, même si leur forme de "raisonnement" commence à nous échapper, mais ça n'est toujours qu'un jeu d'associations d'innombrables couples (situations <-> conséquences d'un ensemble de situations).

    Il se trouve que l'époque se prétend de plus en plus "rationnelle", au sens "logique pure", et oublie justement ces autres aspects du vivant (l'homme n'est pas le seul animal à avoir intuitions, impulsions etc.), et on se retrouve de plus en plus dans une société appliquant une logique froide.

    Ce qui explique d'ailleurs en grande partie le regain des mysticismes de tout poil, ce qui ne s'écoule pas par le canal qui lui est propre prend des chemins dévoyés, ni l'homme ni le vivant en général n'est uniquement rationnel, et encore moins uniquement raisonnable.

    Et la conséquence de ce glissement vers le tout rationnel, outre l'existence des AI et le fait qu'elles transforment en retour le monde qui les a créées, c'est qu'on est dans un monde dont l'inhumanité s'accélère.

    Il n'y a qu'à voir l'évolution de la psychologie : on est passé d'études savantes (Freud, par exemple, ou plus encore, Jung, même si leurs théories — comme toute théorie — sont critiquables, elles ont fait avancer énormément la connaissance de ce que nous sommes) à celle de scans de zones du cerveau pour savoir ce qui est stimulé quand on écoute Beethoven, Coltrane ou Lady Gaga. Non mais sans rire !

    Je me suis éloigné des voitures autonomes, mais ta réflexion m'a fait tilter, je trouve qu'on oublie un peu l'enjeu global de se retrouver confronté dans de plus en plus d'aspects de notre vie à ces entités dont le cœur est de glace.

    On gagne certes en technique et en fiabilité technique, mais combien perd-on par ailleurs ?

    Goethe a écrit Faust, mais il a aussi écrit l'Apprenti sorcier ;-)