• [^] # Re: AH ah ah

    Posté par (Mastodon) . En réponse au lien Chasseurs de têtes : arrêtez de demander plus que le SMIC. Évalué à 10.

    Perso je connais pas mal de personnes qui demandent un salaire élevé, et qui sur ce salaire se payent les formations que leur employeur "censé les faire grandir" ne leur donne pas.

    Tiens donc, ça me rappelle mon dernier expérience de subordonné du salariat.

    À l'époque, j'avais demandé pour les besoins de faire les script de prod' une formation bien officielle dans un centre sur python. Mon chef direct avait mis tout suite son véto, trouvant que, vu que j'étais un parfait autodidacte sur GNU/Linux et sur bash en particulier, je n'aurai aucun souci à passer mes nuits chez moi à s'approprier ce langage (sans que ça soit comptabilisé en heures sup', évidemment). Bon... puisqu'il en soit ainsi.

    J'ai demandé à la place de faire une formation de théâtre de quelques jours. À ma grande stupéfaction, mon N+1 a accepté sans réserve. Le motif officiel était "Comme Volts reste un jeune trop nerveux pour garder son sang-froid sur un incident de production, il vaudrait mieux qu'il s'initie à la maîtrise de ses propres émotions".

    Et... en réalité, cette formation a bien contribué à la valeur ajouté de la PME, mais pas là où je m'attendais.

    Je ne saurais jamais si ça a été une stratégie volontaire décidée par la haute hiérarchie de la boîte pour garder un semblant de normalité à l'approche du rachat planifié en secret, mais c'est comme ça que j'ai fait ma conversion de Happiness Officer sans que j'en sois conscient.

    (Je vous vois avec vos sourires de troll au fond, ne vous étouffez pas tout de suite s'il vous plaît)

    J'étais en quelques sortes devenu un instrument de maintien de l'ordre feutré de l'entreprise, en évitant au maximum que des employés partent de leur propre chef et égratignent la valeur de la boîte par la perte du capital humain. Le nouvel acquéreur étant un grand groupe nord-américain accessoirement impliqué dans quelques vétilles politico-industrielles, les enjeux d'un excellent prix à la revente étaient important. Malheureusement pour moi, j'ai payé personnellement le prix: je me sentant complètement dépérir de l'intérieur par les tâches d'un bullshit job, mais j'avais pu fabriqué mon propre masque souriant. Le masque suffisait pour remonter le moral du personnel angoissé par leurs nouveaux maîtres et d'éviter une franche fronde. Mon N+1 s'était évidemment aperçu de ma déprime en scrutant de plus près les indicateurs de performance et m'a fait muter dans un autre département sous les ordres d'un autre chef, en espérant peut-être que le masque tienne bon encore.

    À la fin, j'ai refusé de signer les avenants au contrat proposés par le nouvel acquéreur (la haute hiérarchie avait une peur bleue d'un seul défaut de signature sur cette partie, allez comprendre). Et provoquer une rupture conventionnelle que j'espérai tant pour prendre un nouveau départ.

    Et c'est comme ça que j'ai su sur ce coup tordu.

    Oui, j'avais un rôle clé dans le domaine stratégique des relations humaines et non pas dans le maintien des infrastructures informatiques critiques.

    De l'aveu de mon nouveau chef direct au deuxième entretien réglementaire avant remise de la RC, avec les félicitations du RH en chef probablement satisfait d'avoir eu avoir un chien de bergerie remarquable jusqu'à la fin.

    Ceci était le lourd passé d'un jeunot tout innocent et bien sacrifié sur l'autel de la raison capitalistique.