• # Parti aussi

    Posté par . En réponse au journal Merci Linuxfr, aujourd'hui je fais mes valises. Évalué à 4.

    Merci pour ton journal, qui me permet d'essayer de dire que tu n'es pas seul : je suis plus ou moins parti il y a un an pour ma part, pour des raisons similaires liées au même sujet. Ça fait bizarre de se rendre compte d'un coup (même si je sentais des divergences depuis un bout de temps) que la « liberté » telle qu'on l'envisage est très différente en réalité de la « liberté » d'autres personnes qu'on pensait du même courant, le logiciel libre. Pour ma part je me contenterai dans le futur des sujets techniques, et n'aborderai plus de sujets politiques, qui étaient pourtant une particularité de linuxfr que j'affectionnais en particulier.

    D'un autre côté, cela m'a permis d'analyser les choses et de me rendre compte de tous les indices qui mèneraient à cette dystopie : les geeks informaticiens sont en général des « control freak » et des scientistes parmi les plus zélés. Et le fait que l'arbitraire qu'on trouve de le numérique (arbitraire des choix, changement de conditions réguliers, contrôle permanent*, etc) se soit abattu sur le réel n'est pas une coïncidence, pour moi c'est un constat d'échec : les informaticiens n'ont pas su faire advenir un modèle d'informatique respectant réellement la liberté, et du coup le modèle dominant, porté par la puissance de la machine, s'est appliqué sur le réel. Ce modèle n'est pas seulement purement technique, mais liées aux méthodes de réflexions, qui me semblent si inhumaines. Cela fait longtemps que j'avais essayé de dénoncer celles de Zorro par exemple, qui est une caricature type je pense, mais je n'avais pas imaginé sa prévalence dans le monde du libre.

    Pour essayer d'amener une note de réflexion sur des auteurs, autre que Sadin que j'ai vu cité plus haut (et qui aime bien citer Arendt qui tu invoques), je vous conseillerais par exemple Célia Izoard, qui fait de très bon articles sur Reporterre, en plus de ses livres et de ses traductions (1984 de Georges Orwell, pour la dernière) ; ici sur la violence de la numérisation :

    https://reporterre.net/La-numerisation-du-quotidien-une-violence-inouie-et-ordinaire

    Qu’on veuille les aider ou leur botter les fesses, on présente toujours ceux et celles qui répugnent à numériser leur vie comme des gens qui n’ont pas encore compris, alors que, bien au contraire, ils ont souvent très bien compris. La question n’est pas celle de l’aptitude personnelle mais celle de la liberté.

    Car je suis convaincu que le seule solution pour sortir de cet écueil est la dé-numérisation. J'avais parlé de néo-luddisme à Stallman en 2019, et il me répondait que pour lui le libre était une forme de néo-luddisme. Je ne suis pas complètement d'accord, car même si le libre est un élément essentiel d'une informatique respectant les libertés, la limitation des domaines de l'implantation de l'informatique (ça me fait penser à Houellebecq de dire ça...) est essentielle à la conservation de nos libertés.

    RDV dans le monde réel, pour ceux qui veulent bien continuer parmi les humains.

    * Pour l'anecdote, rappelez-vous qu'une des raisons pour RMS d'avoir créé un mouvement « libre » était que les premières stations Unix qu'il utilisait au MIT ne demandaient qu'un login, pas de mot de passe...