Bah, c'est sûr que si l'économie réelle est moins rentable et plus hasardeuse que la spéculation, alors c'est quand même assez logique que les épargnants (sans même évoquer les gros capitalistes) aillent voir vers la spéculation...
Quand on dit "la bourse", c'est seulement la spéculation boursière. Parce que l'achat d'actions, la participation aux conseils d'administration, les dividendes etc., ça fait partie de l'économie réelle.
A partir du moment où la spéculation devient plus rentable que le travail
La spéculation revient à essayer de jouer mieux que les autres spéculateurs, donc il y a des gagnants et des perdants. Ou alors, les gagnants n'ont pas vraiment gagné. Par exemple, prenons le Bt : beaucoup de spéculateurs investissent, et la valeur monte. Mais les spéculateurs n'ont pour l'instant rien gagné, il faut qu'ils revendent leurs Bt pour gagner de l'argent. Or, s'ils les vendent, le Bt va baisser. Donc quand on dit que la spéculation est rentable, c'est compliqué. Soit on parle d'un sous-ensemble des spéculateurs, soit les calculs de rentabilité sont virtuels, soit on parle d'une grande moyenne qui est due à l'augmentation du nombre d'acteurs dans le système, mais dans ce cas ça ne monte pas tant que ça.
Ce que je ne comprends pas dans ton argument, c'est que le travail lui-même n'est pas rentable, il permet éventuellement de rendre un capital rentable en l'exploitant. Mais c'est la faute de qui si le travail ne permet pas de rentabiliser un capital?
Dans la compréhension "moderne" de l'économie, le travailleur ne paye jamais. Il loue sa force de travail, il touche un revenu "fixe" qui correspond à cette location. Si le travail est rentable, le capitaliste gagne de l'argent, s'il ne l'est pas, le capitaliste perd de l'argent. C'est donc le capitaliste qui prend le risque, et c'est ça qui justifie que c'est lui qui encaisse les bénéfices éventuels. Le travailleur, lui, a tout intérêt à louer sa force de travail au plus offrant. S'il ne trouve pas, ou si les conditions ne sont pas suffisantes, il est libre de ne pas travailler. Évidemment, cet équilibre fonctionnerait si les gens n'avaient pas besoin de manger et de se loger, et j'imagine que c'est cette "approximation" dans le modèle qui est considérée comme scandaleuse. C'est d'ailleurs pour ça que les socio-libéraux défendent les minima sociaux ou le revenu universel, c'est pour rétablir un fonctionnement correct de l'offre et de la demande dans le monde du travail. Mais au final, ce que le travailleur perd dans l'histoire, c'est l'opportunité de travailler tout court parce que le chômage structurel est trop élevé pour que le marché du travail soit fluide. Dans un marché du travail fluide, le travailleur n'est pas plus perdant que les investisseurs.
spéculer ne crée pas de richesses
Certes, mais il n'en détruit pas (ou peu) non plus. Il détourne une partie du capital (mais est-ce qu'on manque de capital actuellement? Les banques centrales sont ouvertes à fond, les taux sont bas, n'importe quel acteur du monde de la finance peut emprunter ou obtenir autant d'argent qu'il le souhaite, c'est plutôt les opportunités d'investissement qui manquent). Je trouve qu'il existe de vrais arguments déontologiques contre la spéculation (de l'ordre de "c'est pas bien"), mais à part dans des cas particuliers (la spéculation sur les matières premières, qui font monter les prix et impactent l'économie réelle, ou bien les conséquences écologiques d'une activité principalement spéculative, comme le minage de Bitcoins), la spéculation n'est pas la cause des problèmes de la société. Certes, il va y avoir des gens qui vont devenir très riches sans avoir rien fait d'utile, c'est injuste et déprimant, et c'est une cible facile, mais ça n'est pas ça qui explique pourquoi les autres sont pauvres. On pourrait collectivement décider qu'il doivent rendre leur pognon à la société pour des raisons éthiques, ou alors par simple jalousie, mais il y a trop de pauvres : on peut rendre les riches moins riches, mais ça ne rendra pas les pauvres moins pauvres si on ne fait que transférer l'argent.
[^] # Re: Si je me souviens bien ...
Posté par arnaudus . En réponse au journal la monnaie libre présentée par son créateur. Évalué à 2. Dernière modification le 17 novembre 2021 à 13:47.
Bah, c'est sûr que si l'économie réelle est moins rentable et plus hasardeuse que la spéculation, alors c'est quand même assez logique que les épargnants (sans même évoquer les gros capitalistes) aillent voir vers la spéculation...
Quand on dit "la bourse", c'est seulement la spéculation boursière. Parce que l'achat d'actions, la participation aux conseils d'administration, les dividendes etc., ça fait partie de l'économie réelle.
La spéculation revient à essayer de jouer mieux que les autres spéculateurs, donc il y a des gagnants et des perdants. Ou alors, les gagnants n'ont pas vraiment gagné. Par exemple, prenons le Bt : beaucoup de spéculateurs investissent, et la valeur monte. Mais les spéculateurs n'ont pour l'instant rien gagné, il faut qu'ils revendent leurs Bt pour gagner de l'argent. Or, s'ils les vendent, le Bt va baisser. Donc quand on dit que la spéculation est rentable, c'est compliqué. Soit on parle d'un sous-ensemble des spéculateurs, soit les calculs de rentabilité sont virtuels, soit on parle d'une grande moyenne qui est due à l'augmentation du nombre d'acteurs dans le système, mais dans ce cas ça ne monte pas tant que ça.
Ce que je ne comprends pas dans ton argument, c'est que le travail lui-même n'est pas rentable, il permet éventuellement de rendre un capital rentable en l'exploitant. Mais c'est la faute de qui si le travail ne permet pas de rentabiliser un capital?
Dans la compréhension "moderne" de l'économie, le travailleur ne paye jamais. Il loue sa force de travail, il touche un revenu "fixe" qui correspond à cette location. Si le travail est rentable, le capitaliste gagne de l'argent, s'il ne l'est pas, le capitaliste perd de l'argent. C'est donc le capitaliste qui prend le risque, et c'est ça qui justifie que c'est lui qui encaisse les bénéfices éventuels. Le travailleur, lui, a tout intérêt à louer sa force de travail au plus offrant. S'il ne trouve pas, ou si les conditions ne sont pas suffisantes, il est libre de ne pas travailler. Évidemment, cet équilibre fonctionnerait si les gens n'avaient pas besoin de manger et de se loger, et j'imagine que c'est cette "approximation" dans le modèle qui est considérée comme scandaleuse. C'est d'ailleurs pour ça que les socio-libéraux défendent les minima sociaux ou le revenu universel, c'est pour rétablir un fonctionnement correct de l'offre et de la demande dans le monde du travail. Mais au final, ce que le travailleur perd dans l'histoire, c'est l'opportunité de travailler tout court parce que le chômage structurel est trop élevé pour que le marché du travail soit fluide. Dans un marché du travail fluide, le travailleur n'est pas plus perdant que les investisseurs.
Certes, mais il n'en détruit pas (ou peu) non plus. Il détourne une partie du capital (mais est-ce qu'on manque de capital actuellement? Les banques centrales sont ouvertes à fond, les taux sont bas, n'importe quel acteur du monde de la finance peut emprunter ou obtenir autant d'argent qu'il le souhaite, c'est plutôt les opportunités d'investissement qui manquent). Je trouve qu'il existe de vrais arguments déontologiques contre la spéculation (de l'ordre de "c'est pas bien"), mais à part dans des cas particuliers (la spéculation sur les matières premières, qui font monter les prix et impactent l'économie réelle, ou bien les conséquences écologiques d'une activité principalement spéculative, comme le minage de Bitcoins), la spéculation n'est pas la cause des problèmes de la société. Certes, il va y avoir des gens qui vont devenir très riches sans avoir rien fait d'utile, c'est injuste et déprimant, et c'est une cible facile, mais ça n'est pas ça qui explique pourquoi les autres sont pauvres. On pourrait collectivement décider qu'il doivent rendre leur pognon à la société pour des raisons éthiques, ou alors par simple jalousie, mais il y a trop de pauvres : on peut rendre les riches moins riches, mais ça ne rendra pas les pauvres moins pauvres si on ne fait que transférer l'argent.