• [^] # Re: Important...

    Posté par . En réponse au lien [The BMJ] Une chercheuse dénonce des problèmes d'intégrité de données dans l'essai clinique Pfizer. Évalué à -1. Dernière modification le 05 novembre 2021 à 10:35.

    Je comprends que, vu le scénario que tu imagines nécessaire (médecins tous corrompus, procédures imaginaires illustrant une méconnaissance du sujet, etc.), tu fasses un blocage qui te fait imaginer des complots impossibles et prêter des propos extravagants « on va tous mourir » à tes interlocuteurs.

    Ce type de blocage t'empêche de comprendre la position que tu critiques, ce qui est dommage, car qu'on soit d'accord ou non, le minimum c'est de comprendre la position de l'interlocuteur si on veut en tirer quelque chose.

    C'est difficile juste sur linuxfr de mettre au clair ce genre de choses (rien ne remplace l'efficacité d'un échange en vrai), mais je vais te donner une piste de réflexion.

    Imagine un médecin généraliste, normal, pas corrompu, qui fait pépère son travail, début 2020. Le covid arrive, on ne sait encore pas grand chose à son sujet. Le médecin a logiquement un peu peur (il est en première ligne), mais il est habitué au risque et courageusement ouvre la porte à ses patients. Là, quelque chose d'inhabituel se produit : une procédure provenant des autorités de Santé lui explique que pour cette maladie, il doit simplement renvoyer ses patients chez eux avec du paracétamol (car pas de traitement) et leur dire de se soigner chez eux et d'aller aux urgences s'ils n'arrivent plus à respirer. Sans ce protocole, le médecin aurait peut-être pris des mesures différentes et plus individualisées (en fonction par exemple d'une prise de sang, prescription de médicaments), mais, vu que le covid est nouveau, le médecin fait confiance aux autorités, qui doivent bien avoir une raison pour mettre en place une procédure centralisée. Parfois la procédure peut aller très loin, comme en Espagne où toutes les consultations de ce type ont systématiquement été remplacée par des consultations téléphoniques.

    Pendant ce temps-là, en réanimation, un réanimateur normal, pas corrompu, commence à recevoir des patients faisant une insuffisance respiratoire. Là, inhabituellement aussi, les autorités de Santé lui imposent une procédure (intubation immédiate, pas d'anti-coagulants ni anti-inflammatoires), potentiellement différente de celle qu'il aurait appliquée en temps normal avec ces symptômes (par exemple une oxygénation à haut débit et anti-coagulants). Mais, pareil, le médecin se dit que les autorités doivent savoir mieux que lui (lui il lit juste Le Quotidien du Médecin, à ce stade il n'a pas vraiment d'informations poussées et l'expérience sur le terrain manque à ce sujet).

    Et ainsi de suite, les médecins se retrouvent simplement, depuis le début, à appliquer un protocole de façon indiscriminée, sans vraiment savoir s'il est bon ou mauvais. Certains médecins se rendent compte à un moment qu'il y avait des problèmes dans le protocole, dont certains admis officiellement par la suite (anti-coagulants), mais en dehors d'une minorité à l'esprit rebelle (pour la plupart silencieuse, car le rappel à l'ordre est systématique, ainsi que la chasse aux sorcières médiatique), la plupart n'ont pas la force mentale pour y faire face : c'est le début de blocage psychologique qui se produit typiquement lorsqu'un agent applique un protocole qui se révèle problématique et sans être capable psychologiquement de revenir sur son bien fondé. C'est un phénomène bien connu et, lorsque mené à l'extrême, il peut devenir la base sur laquelle reposent tous les totalitarismes (qui reposent sur des gens normaux en blocage psychologique, c'est la fameuse « banalité du mal »). Les protocoles centralisés qui remplacent l'humain sont la base de ce type de dérive psychologique.

    Une fois la campagne de vaccination arrivée, cette médecine policière et protocolaire était déjà devenue la norme sur le sujet, les médecins étaient habitués à appliquer ce protocole et continuent, non par corruption ou pour tromper les autres, mais par blocage psychologique (déni) et pour se tromper eux-mêmes. Revenir en arrière est très difficile une fois qu'on a été pris au piège, les dissonances cognitives sont telles qu'un blocage psychologique est l'issue la plus typique qui permet de continuer à dormir la nuit.

    Tout ça pour te dire que, en tous cas en ce qui me concerne, ma vision du sujet ne repose pas sur la corruption des médecins, uniquement sur la fragilité d'une médecine protocolaire et centralisée, soumise plus ou moins directement à l'exécutif, et qui permet de prendre au piège les agents soumis à ces protocoles (ici les médecins). Le même procédé utilisant cette fragilité s'applique à d'autres domaines que la médecine et ce n'est pas la première fois que ce phénomène se produit en médecine (voir par exemple la crise des opiacés aux US ayant fait, en quelques années seulement, plusieurs centaines de milliers de morts et créé deux millions de dépendants, ou encore la plus subtile crise des statines qui se poursuit depuis plus de vingt ans et commence à peine à atteindre la plupart des médecins, malgré des résultats scientifiques corroborés à multiples reprises depuis longtemps).