• [^] # Re: Quand tu ne peux pas critiquer en direct, invente...

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Le ministère de l’éducation nationale lance une étrange campagne d’affichage sur la "laïcité". Évalué à 10. Dernière modification le 29 août 2021 à 13:06.

    Sauf que cette campagne est à remettre dans son contexte. Les commentaires de Sud sont un peu laconiques, format oblige, mais ils me semblent, pour l'essentiel, justes.

    Le plus ironique, c'est que la campagne ne s'inscrit ni dans l'esprit, ni dans la lettre de la loi de 1905, dont il faut se rappeler qu'elle vise à protéger les citoyens de l'institution en général, et les élèves de l’Église en particulier. Quel est le rapport entre les situations illustrées et la laïcité ici ? Il s'agit de se concentrer sur la neutralité des élèves, alors que comme le rappellent les commentaires, la loi de 1905 s'applique à l'État et aux fonctionnaires (ce n'est pas un hasard si la loi sur le port des signes religieux à l'école - pour chacun de ses usagers - est bien postérieure à celle de 1905 : elle s'inscrit dans un contexte tout autre, celui de la crispation identitaire d'une partie de la population majoritaire).

    Or, à part quelques groupes religieux musulmans intégristes et une petite partie de l'extrême-droite catholique, personne ne remet en cause la laïcité (dans l'esprit et la lettre de la loi de 1905) en France. Les institutions ne bougent pas d'un iota à cet égard, et ne sont guère remises en cause. Le "péril" ne vient donc pas de l'application de la laïcité elle-même.

    Les thèmes évoqués dans la campagne sont d'une nature toute autre : d'abord, elle porte sur des questions ethniques plutôt que religieuses, voire sur le multiculturalisme (lui aussi perçu en terme ethniques plutôt que strictement culturels, d'ailleurs) et le "vivre ensemble". Mais étant donné que, tradition républicaine (au sens du modèle républicain) française oblige, il est impossible de poser la question ouvertement en termes ethniques ou culturels, c'est l'argument de la laïcité qui est brandi - comme si le "vivre ensemble" était impossible dans les pays non laïcs, qui ne sont même pas majoritaires au sein de l'UE. Cela n'a aucun sens.

    Cette campagne s'inscrit dans la continuation de la dénonciation/fabrication de l'"islamo-gauchisme" et de la fermeture de l'Observatoire de la laïcité, dans le cadre desquelles le péril n'est plus perçu, comme dans le contexte de la loi de 1905, comme provenant d'en haut - c'est-à-dire des institutions religieuses - mais d'en bas - c'est-à-dire des usagers des administrations eux-mêmes.

    Les commentaires qu'a émis le ministre vis-à-vis de cette campagne sont, à cet égard, assez parlants : https://nitter.fdn.fr/RTLFrance/status/1431156640162754564

    1) Il insinue que les critiques proviennent d'adversaires de la laïcité, alors qu'au contraire, ce sont ceux qui en défendent l'esprit et la lettre (quoiqu'on pense de leurs positions par ailleurs).

    2) Il dit refuser le terme de "racisé" et être aveugle à la couleur de peau, alors que, précisément, c'est le ressort sur lequel la campagne repose. Il s'agit précisément d'un processus de racisation : la campagne est censée traiter, par le biais de la laïcité, de questions religieuses, mais elle montre des enfants dont le prénom indique l'origine "ethnique" (juive, arabe, etc.) : est donc mise en place une assimilation de l'une à l'autre. C'est précisément ce à quoi le terme "racisé" renvoie. Nous sommes face à un Etat (ici, une administration) qui se dit "color blind" mais qui met en place un discours reposant sur la couleur de peau en prétendant en faire une question religieuse.