• # La rigidité littéraire est une construction arbitraire

    Posté par . En réponse au journal Les différences entre la littérature et le code pour les licences libres. Évalué à 3. Dernière modification le 07 juin 2021 à 16:53.

    Le texte se base sur un postulat qui me semble indéfendable. Celui du texte en tant qu'objet rigide et monolithique, intouchable par essence. Ce qui justifierai un peu tout et n'importe quoi. Je vais donc répondre uniquement sur ce point, car le reste en dépend : un argumentaire dont les fondations s'écroulent n'est qu'un exercice de logique dans fondement.

    Avez-vous beaucoup d’exemple de romans que d’autres ont modifié pour l’améliorer et commercialisé ?

    Je pense que la question est mal posée. Elle est aussi particulièrement biaisée, mais je reviendrai sur ce point plus tard.

    Premièrement, la notion d'amélioration est particulièrement subjective, et n'a pas vraiment de sens. Augmentation serait déjà plus intéressant. Et qu'il y ait amélioration ou non, il y a illégalité dans le fait de modifier et diffuser une œuvre littéraire (sauf si licence libre ou domaine public, et quelques cas à la marge, comme la parodie).

    La notion de commercialisation n'a rien à faire là dedans non plus. Que je décide de diffuser de manière commerciale ou gratuite ne change rien à l'affaire. Cela reste illégal dans la grande majorité des cas.

    Une œuvre littéraire n’est pas quelque chose de modulaire comme un code informatique. Je dirais même qu’il est monolithique.

    Venant d'un éditeur, c'est très problématique comme message. Le métier même d'éditeur met à mal cette vision monolithique. Il suffit de penser à toutes ces notes, préfaces, postfaces, au travail d'iconographie et de mise en page pour bien voir que chaque édition modifie fondamentalement une œuvre littéraire.

    On peut aussi citer toute la tradition littéraire utilisant les méthodes du détournement pour bien voir qu'on peut tout à fait considérer un texte comme étant un agrégat de matière malléable et modulable à l'envie. Et ça n'est qu'un exemple de pratique d'écriture parmi beaucoup d'autres.

    Enfin, avancer qu'une œuvre littéraire est monolithique et non modulaire alors que 2 paragraphes plus haut, on met en avant le fait que certains lisent les chapitres dans l'ordre de leur choix, et que d'autres sautent littéralement des passages, c'est paradoxal et très amusant.

    En réalité, ce que limitent des droits d’auteur, ce n’est pas vraiment la possibilité de se réapproprier le texte, mais surtout la possibilité de faire des suites, adaptation et spin off.

    Alors déjà, faire des suites, adaptations ou spin-offs, il faudra m'expliquer en quoi ça ne tient pas du domaine de la réappropriation. Ensuite, d'où sort ce surtout ? En quoi les droits d'auteur limitent plus ce genre de chose que la publication de versions annotées et remixées d’œuvres ?

    J'irai d'ailleurs même jusqu'à dire que c'est plutôt l'inverse : on voit chez pas mal de créateurs et éditeurs une certaine tolérance envers les fanfictions, adaptations et spin offs amateurs, voir ces derniers finissent parfois par être reconnus et publiés légalement (50 nuances de gris, ou encore les films amateurs Star Trek en sont des exemples).

    Avez-vous beaucoup d’exemple [...] ?

    Je reviens sur la question car j'ai avancé qu'elle était biaisée. En effet, avancer que ce sont des pratiques rares et inexistantes alors même qu'elles sont illégales est une pirouette rhétorique un peu facile mais fallacieuse.

    De plus, dès lors qu'on s'éloigne des écrits verrouillés par ces droits d'auteur raides et stricts, c'est quelque chose de courant. Des ré-écritures, aux adaptations et traductions originales, en passant par la compilation en recueils ou anthologie, les exemples ne manquent pas. Ou alors tu réfutes l'existence de toute la tradition de ré-écriture et republication de contes, de ré-interprétation de texte (on peut donner en exemple le Moine d'Antonin Artaud basé sur un texte de Lewis.) d'incorporation de textes dans d'autres travaux artistiques, etc.

    Dès qu'il y a une possibilité de réappropriation et que le texte est parlant pour certaines personnes, on voit fleurir ce genre de chose. Le droit à la parodie montre bien par ailleurs qu'il suffit de ne plus avoir à craindre qui que ce soit pour que la créativité pointe le bout de son nez.