C’est facile un an après, de regarder en arrière, et de dire : « il aurait fallu faire ça. ».
Ça a souvent été facile au moment même de se rendre compte que les actions effectuées ou justement pas effectuées était idiotes, au point que ça m’a souvent effaré.
Quelques exemples :
les Français rapatriés de Chine au début de l’épidémie qui étaient eux‐mêmes étonnés qu’à leur arrivée on ne leur demande rien, même pas s’ils avaient des symptômes ;
le match de foot avec une équipe italienne où on a laissé les supporters italiens venir alors que l’Italie était déjà fortement contaminée, en particulier la région dont venaient les supporters en question ;
la première commande de masques, très tardive, qui a été annoncée haut et fort, mais dont personne n’a vu trace (ils n’ont pas dû penser qu’il ne suffisait pas d’annoncer quelque chose pour que ça se fasse, mais qu’il fallait aussi charger quelqu’un de le faire vraiment) ;
la date du premier confinement : on savait qu’on n’avait que quelques semaines de retard sur l’Italie pour l’épidémie, plutôt que de prendre les devants, Macron a attendu qu’on soit presque autant dans la merde qu’eux pour confiner ;
les EHPAD qui ont été laissés complètement dans la merde (en particuliers sans équipements de protection) jusqu’à ce que ça commence à faire un peu de bruit dans la presse ;
le tester, tracer, isoler qui n’a jamais été que la version Jean Foutre de ce qui se faisait dans les pays sérieux ;
l’été 2000 où Macron et son gouvernement étaient très optimistes avec un R0 supérieur à 1 (un R0 supérieur à 1 au moment le plus favorable de l’année, ça n’augure rien de bon pour la suite) ;
« il faut vivre avec le covid » (!) ;
les divers variants exotiques, qu’on a laissé venir avant d’éventuellement prendre des mesures pour essayer de les éviter, alors que rien ne disait encore si les vaccins disponibles permettaient de les combattre (arrivé au 4e, le variant indien, ils ont réagi un peu plus vite quand même) ;
l’absence de reconfinement en janvier 2021, contrairement à beaucoup de pays européens (alors que le temps froid et moche ne donnait pas envie de sortir, ça aurait pu passer assez facilement) et malgré la présence de variants plus contagieux ; maintenant, on va aborder l’été avec un niveau d’épidémie si élevé que certains experts craignent une 4e vague dès l’été, malgré les vaccins...
Ça a été un festival d’incurie, d’incompétence, de mensonges (les masques qui « ne servent à rien »), de mépris (vous n’avez pas besoin de masques parce que vous êtes trop cons pour les mettre correctement) et d’auto‐congratulation (la cerise sur le gâteau).
Je ne sais pas s’il aurait été possible de faire beaucoup mieux (les français n’auraient‐ils pas été réticents aux mesures de restriction si la situation avait été moins grave ? la plupart des pays voisins, avec lesquels ont a des relations étroites, notamment économiques, ont mal géré la pandémie aussi...), mais il n’aurait pas été difficile de faire mieux. La preuve : l’Allemagne a plus de 20000 morts de moins, alors qu’ils ont une population plus importante, une densité deux fois plus élevée et qu’ils sont aussi bordés de pays qui ont mal géré l’épidémie (à commencer par le nôtre, mais aussi la Belgique, la Suisse...).
Au début de la pandémie, il y avait trois stratégies possibles :
1. laisser faire, comme Bolsonaro, en comptant qu’il y aurait un jour une immunité globale ;
2. essayer de limiter les contamination juste assez pour que les hôpitaux ne soient pas débordés (comme la France) ;
3. viser ce qu’on appelle maintenant le zéro covid (comme une bonne partie des pays asiatiques, la Nouvelle‐Zélande, l’Australie).
Non seulement la première s’apparente à un génocide (j’espère que Bolsonaro finira en prison à vie pour ça), mais en plus l’expérience a montré qu’elle ne fonctionne pas : le virus mute, l’immunité acquise par contamination finit par s’affaiblir.
J’ai toujours pensé que la troisième était la seule viable. Pas besoin d’être épidémiologiste : quand on sait qu’un phénomène mortel est exponentiel, comprendre ce qu’est une exponentielle suffit normalement à penser qu’il faut agir fort dès le début. Après, on ne pouvait pas être sûr de la faisabilité d’avance (mais ce n’est pas parce que le zéro covid ne pouvait peut-être pas être atteint qu’il n’aurait pas été intéressant de le viser quand même).
Le fait est qu’un an après l’épidémie, les pays qui ont choisi la statégie zéro covid ont certes eu éventuellement des restrictions bien plus fortes, mais plus brèves aussi et ont des conséquences économiques plus limitées. La Chine a prouvé que c’était faisable à l’échelle d’une très grande population, même en ayant pratiqué la politique de l’autruche au départ.
Mais la question n’est plus tant de savoir si les dirigeants des pays européens ont fait le bon choix à un moment où il n’était pas évident, elle est de savoir si avec le recul, ils le feraient la prochaine fois dans une situation similaire.
Je n’en ai pas l’impression, en tout cas pour Macron.
Cependant, le mauvais choix du point de vue du nombre de victimes et même de l’économie n’est peut-être pas un mauvais choix politique : les français râlent plus pour les restrictions que pour les morts et beaucoup sont prêts pour éviter l’extrême droite à revoter pour quelqu’un dont l’incurie a causé des dizaines de milliers de morts, sans envisager d’autres choix. Si les français eux‐mêmes n’accordent pas de prix à leur vie, pourquoi les élus le devraient-ils ?
D’ailleurs, ce n’est pas clair que le reste de la classe politique ait non plus tiré la leçon de cette pandémie, mais il y a un message à lui envoyer aux prochaines élections : il y a des choses qui sont impardonnables.
« Le fascisme c’est la gangrène, à Washington comme en Russie. » — adapté de Renaud, Hexagone
[^] # Même au moment, ce n’était pas difficile de se rendre compte
Posté par Arthur Accroc . En réponse au lien Covid-19 : comment Emmanuel Macron a tout raté. Évalué à 6.
Ça a souvent été facile au moment même de se rendre compte que les actions effectuées ou justement pas effectuées était idiotes, au point que ça m’a souvent effaré.
Quelques exemples :
Ça a été un festival d’incurie, d’incompétence, de mensonges (les masques qui « ne servent à rien »), de mépris (vous n’avez pas besoin de masques parce que vous êtes trop cons pour les mettre correctement) et d’auto‐congratulation (la cerise sur le gâteau).
Je ne sais pas s’il aurait été possible de faire beaucoup mieux (les français n’auraient‐ils pas été réticents aux mesures de restriction si la situation avait été moins grave ? la plupart des pays voisins, avec lesquels ont a des relations étroites, notamment économiques, ont mal géré la pandémie aussi...), mais il n’aurait pas été difficile de faire mieux. La preuve : l’Allemagne a plus de 20000 morts de moins, alors qu’ils ont une population plus importante, une densité deux fois plus élevée et qu’ils sont aussi bordés de pays qui ont mal géré l’épidémie (à commencer par le nôtre, mais aussi la Belgique, la Suisse...).
Au début de la pandémie, il y avait trois stratégies possibles :
1. laisser faire, comme Bolsonaro, en comptant qu’il y aurait un jour une immunité globale ;
2. essayer de limiter les contamination juste assez pour que les hôpitaux ne soient pas débordés (comme la France) ;
3. viser ce qu’on appelle maintenant le zéro covid (comme une bonne partie des pays asiatiques, la Nouvelle‐Zélande, l’Australie).
Non seulement la première s’apparente à un génocide (j’espère que Bolsonaro finira en prison à vie pour ça), mais en plus l’expérience a montré qu’elle ne fonctionne pas : le virus mute, l’immunité acquise par contamination finit par s’affaiblir.
J’ai toujours pensé que la troisième était la seule viable. Pas besoin d’être épidémiologiste : quand on sait qu’un phénomène mortel est exponentiel, comprendre ce qu’est une exponentielle suffit normalement à penser qu’il faut agir fort dès le début. Après, on ne pouvait pas être sûr de la faisabilité d’avance (mais ce n’est pas parce que le zéro covid ne pouvait peut-être pas être atteint qu’il n’aurait pas été intéressant de le viser quand même).
Le fait est qu’un an après l’épidémie, les pays qui ont choisi la statégie zéro covid ont certes eu éventuellement des restrictions bien plus fortes, mais plus brèves aussi et ont des conséquences économiques plus limitées. La Chine a prouvé que c’était faisable à l’échelle d’une très grande population, même en ayant pratiqué la politique de l’autruche au départ.
Mais la question n’est plus tant de savoir si les dirigeants des pays européens ont fait le bon choix à un moment où il n’était pas évident, elle est de savoir si avec le recul, ils le feraient la prochaine fois dans une situation similaire.
Je n’en ai pas l’impression, en tout cas pour Macron.
Cependant, le mauvais choix du point de vue du nombre de victimes et même de l’économie n’est peut-être pas un mauvais choix politique : les français râlent plus pour les restrictions que pour les morts et beaucoup sont prêts pour éviter l’extrême droite à revoter pour quelqu’un dont l’incurie a causé des dizaines de milliers de morts, sans envisager d’autres choix. Si les français eux‐mêmes n’accordent pas de prix à leur vie, pourquoi les élus le devraient-ils ?
D’ailleurs, ce n’est pas clair que le reste de la classe politique ait non plus tiré la leçon de cette pandémie, mais il y a un message à lui envoyer aux prochaines élections : il y a des choses qui sont impardonnables.
« Le fascisme c’est la gangrène, à Washington comme en Russie. » — adapté de Renaud, Hexagone