Je pense que ce genre de discussion souffre d'un énorme point aveugle.
Le logiciel libre tel que les gens le comprennent a déjà une notion de morale. Si on prends RMS (et donc la FSF), il explique en long en large et en travers que le logiciel libre est une question éthique et morale.
C'est sur la page de la FSF. En Français. Depuis 2002:
C'est sans doute aussi dans sa bio, ses interviews, et dans ses conférences. Et le devoir éthique de partager le code est tellement fondateur pour une partie la communauté du libre que c'est au cœur de la GPL, et de ses dérivés et mises à jours.
L'AGPL s'occupe de la question des réseaux, la GPL v3 celles des DRMs et des brevets, des questions qu'on estime assez grave pour interdire des choses aux utilisateurs.
Donc la question n'est pas la morale et l'éthique, car le logiciel libre (et plus précisément le copyleft) vient avec ses valeurs.
Et une fois qu'on prends conscience de ça, je pense que la question change subtilement.
Si le libre a des valeurs morales et éthiques, pourquoi est ce qu'on ne les considère pas comme tel dans les discussions ?
Et donc, qu'est ce qui distingue ces valeurs d'autres.
Après tout, pourquoi est ce que le fait de ne pas permettre de mettre à jour du code est vu comme un problème éthique à adresser plus grave que des questions un peu plus consensuels sur la vie humaine par exemple ?
Et je parle pas de la question du comment faire, car je ne pense pas que la licence soit le bon moyen pour ça.
Perso, je pense qu'il serait plus efficace de partir sur des déclarations d'intentions comme "je déclare refuser d'aider quelqu'un qui + X". Après tout, ça ne serait pas différent de refuser de passer du temps gratos à coder des correctifs pour aider une banque en galère un vendredi soir, une chose que tout le monde va trouver normal dans le libre.
Mais on est pas capable de penser à autre chose que la licence pour ça, parce qu'on est pas vraiment au niveau du comment dans la discussion.
On est au degré 0 des questions éthiques. Vu les discussions ici, je pense qu'on ne voit même pas que le libre a déjà une composante éthique et morale (vu que ce journal parle d "introduire la morale dans les données du problème", ça montre bien qu'on suppose que c'est pas le cas).
Un autre exemple, c'est l'histoire récente avec l’université du Minnesota. Lire les réactions de certains de mes collègues et de gens sur le web m'a laissé songeur.
Tout d'un coup, beaucoup de gens ont commencés à se préoccuper des questions d'éthiques pour la recherche, et comment l'acte d'envoyer des patchs qu'on sait être mauvais est contre l'éthique et amorale. Des gens vont même mettre le fait de faire perdre du temps à GKH et d'autres au même niveau de problème que de mettre en danger la vie des gens dans la recherche médicale.
Par contre, quand il s'agit de question d'éthique sur l'inclusion des gens dans la communauté du libre, sur les questions de liberté d'expressions, tout d'un coup, il faut être apolitique et non interventionniste. Donc l'éthique ne semble importante que quand on est concerné.
Autre exemple, la FSF et la vie privée. Pour moi, la question de la vie privée est séparé de la question du logiciel libre. Le code peut être libre et ne rien garantir niveau vie privée, le code peut être bien foutu et ne pas être libre. La définition du libre ne parle pas de vie privée, les principes du RGPD ne parlent pas de logiciel libre. Il y a des synergies entre les 2, mais autant qu'entre le libre et d'autres mouvements sociaux (comme les questions d'indépendance national).
Le guide d'auto défense des emails de la FSF est arrivé précisément quand les gens de la FSF ont vu que le gouvernement pouvait les espionner (suite aux fuites de Edward Snowden). Pourtant, c'est rien de nouveau, le FBI a espionné les leaders du Black Panther Party dans les années 60.
Mais voila, le Black Panther Party et la FSF, c'est 2 mouvements assez séparés. Ce qui n’était pas un problème morale assez grave pour avoir un guide ou une campagne avant est devenu soudain important une fois qu'il a été vu que "c'est pas juste les Autres".
Je pense que les exemples illustrent bien le problème, à savoir que les gens ne se préoccupent d'éthique (et de morale) que pour défendre ce qu'ils perçoivent comme leurs droits.
RMS a poussé le copyleft et l'éthique associé pour défendre son droit à échanger du code.
Et pour les autres questions éthiques et morales qu'on peut retrouver dans le logiciel libre, je pense que ça va être pareil. Tant que la communauté sera aussi globalement homogène et globalement non impacté, la communauté ne se préoccuperas que peu de ça, voir va refuser, car ça ne la touche pas (globalement).
Le fait que les questions d'éthique et de morale dans le libre soient poussé en partie par des personnes en minorité dans le libre (exemple, Coraline Ada Ehmke, Shanley Kane) montre que c'est justement parce que la communauté change en se diversifiant que les questions commencent à se poser.
# Le libre au sens de la FSF intègre déjà une notion morale.
Posté par Misc (site web personnel) . En réponse au journal Logiciel libre et morale font-il bon ménage ?. Évalué à 9.
Je pense que ce genre de discussion souffre d'un énorme point aveugle.
Le logiciel libre tel que les gens le comprennent a déjà une notion de morale. Si on prends RMS (et donc la FSF), il explique en long en large et en travers que le logiciel libre est une question éthique et morale.
C'est sur la page de la FSF. En Français. Depuis 2002:
https://www.gnu.org/philosophy/rms-hack.fr.html
C'est sans doute aussi dans sa bio, ses interviews, et dans ses conférences. Et le devoir éthique de partager le code est tellement fondateur pour une partie la communauté du libre que c'est au cœur de la GPL, et de ses dérivés et mises à jours.
L'AGPL s'occupe de la question des réseaux, la GPL v3 celles des DRMs et des brevets, des questions qu'on estime assez grave pour interdire des choses aux utilisateurs.
Donc la question n'est pas la morale et l'éthique, car le logiciel libre (et plus précisément le copyleft) vient avec ses valeurs.
Et une fois qu'on prends conscience de ça, je pense que la question change subtilement.
Si le libre a des valeurs morales et éthiques, pourquoi est ce qu'on ne les considère pas comme tel dans les discussions ?
Et donc, qu'est ce qui distingue ces valeurs d'autres.
Après tout, pourquoi est ce que le fait de ne pas permettre de mettre à jour du code est vu comme un problème éthique à adresser plus grave que des questions un peu plus consensuels sur la vie humaine par exemple ?
Et je parle pas de la question du comment faire, car je ne pense pas que la licence soit le bon moyen pour ça.
Perso, je pense qu'il serait plus efficace de partir sur des déclarations d'intentions comme "je déclare refuser d'aider quelqu'un qui + X". Après tout, ça ne serait pas différent de refuser de passer du temps gratos à coder des correctifs pour aider une banque en galère un vendredi soir, une chose que tout le monde va trouver normal dans le libre.
Mais on est pas capable de penser à autre chose que la licence pour ça, parce qu'on est pas vraiment au niveau du comment dans la discussion.
On est au degré 0 des questions éthiques. Vu les discussions ici, je pense qu'on ne voit même pas que le libre a déjà une composante éthique et morale (vu que ce journal parle d "introduire la morale dans les données du problème", ça montre bien qu'on suppose que c'est pas le cas).
Un autre exemple, c'est l'histoire récente avec l’université du Minnesota. Lire les réactions de certains de mes collègues et de gens sur le web m'a laissé songeur.
Tout d'un coup, beaucoup de gens ont commencés à se préoccuper des questions d'éthiques pour la recherche, et comment l'acte d'envoyer des patchs qu'on sait être mauvais est contre l'éthique et amorale. Des gens vont même mettre le fait de faire perdre du temps à GKH et d'autres au même niveau de problème que de mettre en danger la vie des gens dans la recherche médicale.
Par contre, quand il s'agit de question d'éthique sur l'inclusion des gens dans la communauté du libre, sur les questions de liberté d'expressions, tout d'un coup, il faut être apolitique et non interventionniste. Donc l'éthique ne semble importante que quand on est concerné.
Autre exemple, la FSF et la vie privée. Pour moi, la question de la vie privée est séparé de la question du logiciel libre. Le code peut être libre et ne rien garantir niveau vie privée, le code peut être bien foutu et ne pas être libre. La définition du libre ne parle pas de vie privée, les principes du RGPD ne parlent pas de logiciel libre. Il y a des synergies entre les 2, mais autant qu'entre le libre et d'autres mouvements sociaux (comme les questions d'indépendance national).
Le guide d'auto défense des emails de la FSF est arrivé précisément quand les gens de la FSF ont vu que le gouvernement pouvait les espionner (suite aux fuites de Edward Snowden). Pourtant, c'est rien de nouveau, le FBI a espionné les leaders du Black Panther Party dans les années 60.
Mais voila, le Black Panther Party et la FSF, c'est 2 mouvements assez séparés. Ce qui n’était pas un problème morale assez grave pour avoir un guide ou une campagne avant est devenu soudain important une fois qu'il a été vu que "c'est pas juste les Autres".
Je pense que les exemples illustrent bien le problème, à savoir que les gens ne se préoccupent d'éthique (et de morale) que pour défendre ce qu'ils perçoivent comme leurs droits.
RMS a poussé le copyleft et l'éthique associé pour défendre son droit à échanger du code.
Et pour les autres questions éthiques et morales qu'on peut retrouver dans le logiciel libre, je pense que ça va être pareil. Tant que la communauté sera aussi globalement homogène et globalement non impacté, la communauté ne se préoccuperas que peu de ça, voir va refuser, car ça ne la touche pas (globalement).
Le fait que les questions d'éthique et de morale dans le libre soient poussé en partie par des personnes en minorité dans le libre (exemple, Coraline Ada Ehmke, Shanley Kane) montre que c'est justement parce que la communauté change en se diversifiant que les questions commencent à se poser.
Et c'est une bonne chose que les choses bougent.