• # Publications, open-access, open-science

    Posté par . En réponse au journal Journaux scientifiques en libre accès et foutoir avec les licences libres. Évalué à 10.

    Merci pour ce journal qui me donne l'occasion de donner un peu de contexte sur le business de l'édition scientifique.

    D'abord pour répondre à tes conclusions:
    - oui: c'est indubitablement du libre-washing
    - oui: c'est une nouvelle manière pour l'industrie de l'édition scientifique de générer du profit.

    Mon commentaire ci-dessous aborde un sujet très vaste, très étroitement lié au mode de financement de la recherche et à l'évaluation de celle-ci. Aborder tout ça prendrait trop de temps et je fais donc des raccourcis parfois violents.

    Le processus de publication est le suivant:
    - les chercheurs font de la science (très souvent avec de l'argent public, mais pas exclusivement);
    - ils rédigent un article explicitant leur résultats et l'envoie à une revue scientifique pour que ce soit publié et accessible;
    - la revue fait appel à des rapporteurs bénévoles (la plupart du temps d'autres chercheurs) pour expertiser le travail;
    - l'éditeur vend l'article (au détail ou sous forme d'abonnements exorbitants... 100 M€/an pour la France par exemple) et encaisse le cash.

    Le meilleur business-model au monde. Cette industrie a progressivement privatisé le savoir scientifique, le rendant inaccessible aux scientifiques, journalistes, enthousiastes, etc., sans passer à la caisse. Choses que beaucoup d'universités et d'instituts ne peuvent plus se permettre. Les principaux parrains de ce système sont Elsevier et Springer.

    Mais le choses changent. D'abord grâce à des activistes comme Aaron Swartz que la plupart d'entre vous ici doivent connaître, et que les fanatiques du copyright ont conduit au suicide. Ou encore Alexandra Elbakyan, à l'origine de la plus grande plateforme de partage d'articles scientifique, Sci-Hub ; elle fait également l'objet d'un harcèlement judiciaire par Elsevier, harcèlement auquel collaborent complaisamment la plupart des pays occidentaux, notamment en ordonnant aux fournisseurs d'accès de bloquer ce site (mesure totalement inviolable comme chaun sait, ahem).

    Les choses changent également car les scientifiques ont (tardivement) pris conscience de l'absurdité du système de l'édition, et ont enfin décidé de reprendre les choses en main en lançant l'open-science, qui s'inspire de la philosophie du libre. Cocorico, la France n'est pas en reste sur ce sujet, puisque le ministère de l'enseignement supérieur soutient officiellement ce mouvement. Ne soyons pas naïf non plus hein; si Elsevier ou Springer avaient été des champions Français à la Total, EDF ou autre, cette initiative n'aurait sans doute jamais vue le jour.

    Donc les choses changent, et les éditeurs commences à sentir le souffle chaud du libre dans leurs cou et tentent de se refaire une virginité à grand coup de open-access hybride, modèle qui est clairement déconseillé par le CNRS et, je suppose, également par la plupart des universités et institut nationaux. J'avoue ne pas avoir regardé le détail des licences sous lesquelles ils publient, mais ce que tu relates ne m’étonne pas du tout. Tout est fait pour que ça reste confus.

    Dernière chose: les éditeurs ont le copyright sur le texte et les figures seulement (pas les résultats), et ce pour une durée maximale de 6 mois (ou un an en sciences humaines). Au-delà les auteurs récupèrent les droits et peuvent partager leur article sur une plateforme ouverte. Tu as donc plusieurs façon d'accéder à des publications scientifiques légalement:
    - accéder à la version open-access de l'article via des plateformes comme HAL, ou arXiv,
    - écrire directement à l'auteur de l'article ; à titre personnel, bien que ça n'arrive que rarement je ne refuse jamais ce type de sollicitations.

    Enfin, je recommande très chaudement cette vidéo qui résume parfaitement la situation de l'édition scientifique.