• [^] # Re: Je comprends le changement

    Posté par (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal Web outside of beauf. Évalué à 10.

    Il y aurait pu y avoir une application pour effacer des disques qui aurait pu s'appeler holocauste... tu n'y aurais rien trouvé à redire?

    C’est tout simplement trop tôt, et puis ils n’ont pas gagné...

    Parce que je n’ai personnellement jamais vu quelqu’un avoir quelque chose à redire de Nero Burning Rom avec un Colisée en flamme pour logo.

    Pour ceux qui seraient passé à côté de ce moment de culture, Néron ou Nero en anglais, a été tenu responsable du Grand incendie de Rome qui détruisit trois quartiers, endommagea sept, fit des milliers de morts et 200 000 sans abris en 64.

    Et pour citer Wikipédia :

    La population désorientée cherchait des boucs émissaires, et bientôt des rumeurs tinrent Néron pour responsable. Selon Suétone, on lui prêtait l'intention d'immortaliser son nom en renommant Rome Neropolis. Il était important pour Néron d'offrir un autre objet à cette suspicion. Il choisit pour cible une secte juive, celle des chrétiens. Il ordonna que les chrétiens soient jetés aux lions dans les arènes alors que d'autres étaient crucifiés en grand nombre et brûlés vifs comme des torches.

    Si la responsabilité de Néron dans l’incendie de Rome est plus difficile à déterminer (et donc plus facile à contester), la persécution systématique des chrétiens qui s’ensuivit est plutôt bien établie.

    On pourra citer Tacite de la même manière :

    Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus. Réprimée un instant, cette exécrable superstition se répandait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d'infamies et d'horreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d'abord ceux qui avouaient leur secte ; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain. On fit de leurs supplices un divertissement : les uns, couverts de peaux de bêtes, périssaient dévorés par des chiens ; d'autres mouraient sur des croix, ou bien ils étaient enduits de matières inflammables, et, quand le jour cessait de luire, on les brûlait en place de flambeaux. Néron prêtait ses jardins pour ce spectacle, et donnait en même temps des jeux au Cirque.

    Au delà du raffinement des supplices, on notera comment les chrétiens (cette secte juive) « furent bien moins convaincus d'incendie que de haine pour le genre humain » et comment ils étaient décrits comme « une classe d'hommes détestés pour leurs abominations ».

    Quant au Colisée, c’est un amphithéâtre romain qui, s’il peut sembler anachronique de l’associer à Néron lui-même (car construit entre 72 et 80), est un des plus grand symboles sinon le plus grand symbole des « jeux du cirque » et donc aussi des persécutions de chrétiens lorsqu’arènes et persécutions faisaient bon ménage. C’est d’ailleurs ce symbole historique des persécutions qui a limité les dégradations du Colisée et qui nous permet donc de le connaître dans son état actuel (et d’être représenté ainsi dans plusieurs variantes du logo du logiciel Nero Burning Rom). Le Colisée reçut des usages cultuels, accueillant par exemple au moyen-âge une chapelle et un cimetière vers le 6e siècle. Un ordre religieux s’y installa au 14e et c’est le souvenir des martyrs qui a motivé la préservation du lieu au 18e, avec notamment l’interdiction papale de se servir du Colisée comme carrière.

    Donc bref, Nero Burning Rom fait le jeu de mot entre « to burn » et « graver (un disque) » en anglais, Nero pour Néron, et ROM pour (ROM de CD-ROM, Read Only Memory) pour nous sortir un « Néron brûle Rome » avec un Colisée en flamme comme logo.

    Donc oui, une application pour effacer/réécrire des disques qui s’appelle holocauste, ça existe, enfin, ça s’appelle « Nero Burning Rom ». et ça fait directement référence à des événements dramatiques entaché de persécution systématique d’une population accusée d’ « abomination » et convaincue de « haine du genre humain ».

    Néron fait partie de ces personnages hauts en couleur qui tuent leur femme enceinte à coup de pied dans le ventre et qui vit dans un monde où tout le monde s’assassine (ou est poussé au suicide) les uns après les autres. À la mort de Néron se développa un mythe de son retour, qu’il serait en réalité caché chez les Parthes (version antique du « planqué en Amérique du Sud »).

    Je n’ai pas vu grand-monde s’émouvoir, est-ce que parce qu’à la grande époque des Compact Discs la Cancel Culture était encore embryonnaire ? Ou est-ce le manque de culture elle-même ? Ou bien que si ça peut concerner des chrétiens de loin ou de près, ça n’émouvra personne ?

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