• [^] # Re: TLDR

    Posté par (site web personnel) . En réponse au lien Bill Gates, entretien exclusif pour La Terre au Carré. Évalué à 10. Dernière modification le 23 février 2021 à 01:57.

    ce qui satisfait l'industrie qui peut donc en l'espèce prendre la place des gouvernements pour faire avancer les choses — vu qu'on a déjà tous constater l'inertie des gouvernements.
    Je ne crois pas du tout à la vertu des industriels, mais d'un autre côté je ne crois pas beaucoup aux changements gouvernementaux.

    Le problème, c'est que depuis la naissance du capitalisme industriel, nous l'avons déjà vue à l’œuvre, l'industrie. Son propre est certes de se réinventer sans cesse, mais c'est à la condition qu'elle puisse persévérer dans son être, c'est-à-dire extraire de la valeur. Même en mettant de côté les extraordinaires mutations que le mode de production capitaliste a connues, il n'en reste pas moins que la destruction de l'environnement et l'épuisement des ressources sont des constantes : si l'action publique n'est pas vertueuse, le capitalisme l'est encore moins. Et de la création illimitée de valeur sans décroissance, je veux bien, mais il s'agit de s'y mettre... et je doute que l'industrie ne s'y attelle avant d'y être contrainte.

    Je trouve assez curieuse cette focale placée sur le "réalisme" - j'ai la naïveté de croire que le réalisme, c'est d'abord l'observation empirique de ce qui se passe. Nul catastrophisme ici : il s'agit simplement d'observer le désastre, pas de l'imaginer. Si la perspective, pour citer ton exemple, d'une réduction de la consommation de viande n'est pas "réaliste", celle de la préservation d'un environnement vivable sans changement radical du mode de production l'est encore incomparablement moins.

    Je suis peut-être pessimiste, mais il me paraît incroyable, au point où on en est, de miser sur un solutionnisme un tantinet naïf et engageant un effet rebond quasi-assuré simplement pour ne pas être trop perturbé. Si, effectivement, la réduction du niveau de vie s'annonce douloureuse, elle ne représente absolument rien face au péril environnemental.

    Bill Gates - et le mode de production qu'il représente - me paraît ici faire figure d'une espèce d'hybride entre Pangloss et le baron de Münchhausen.