Comme tu l'indiques, très nombreuses sont les entreprises qui offrent gratuitement leurs services aux projets libres pour se faire connaitre et passer pour une « boite cool ». La première d'entre elle est sans aucun doute Github et la seconde Gitlab. Travis CI a longtemps fait partie de la bande.
Personne n'est dupe et tout le monde est heureux de profiter d'une symbiose apparente.
Mais avant de leur cracher dessus lorsqu'elles changent de stratégie, je pense qu'il faut faire une distinction entre les entreprises qui offrent un service qui ne leur coute pas grand chose (elles utilisent les VM déjà instanciées pour leurs clients ou, au pire, elles en instancient quelques autres en plus dans le cloud) et celles qui offrent un service dont le cout est, pour elles, proportionnel à la sollicitation de ce service. Je comprends tout à fait que ces dernières mettent des limites, car chaque « cadeau » leur coute.
Pour ma part, voyant ce que coutent à mes clients et à mon entreprise les ressources qu'ils louent sur le cloud, je n'ai jamais compris comment des boites telles que Travis CI ou Github pouvaient équilibrer les comptes. J'ai eu la réponse à mes interrogations quand Microsoft a racheté Github. Dans un article de presse, j'ai alors appris que Github perdait chaque mois trois fois plus d'argent qu'elle n'en gagnait et cela a confirmé mes soupçons : « ah, en fait c'est ça l'astuce, elles n'équilibrent tout simplement pas leurs comptes et vivent à crédit ! »
Dans la foulée du rachat, Microsoft a complètement repensé le service Github Actions pour en faire un véritable service CI/CD (très convaincant comme j'ai pu le vérifier en migrant la CI du projet Hipparchus) et a offert au passage de très généreux quotas d'utilisation. J'ai alors dit à mes collègues « Microsoft veut juste tuer la concurrence, l'offre ne durera pas ! » Bingo, à peine quelques mois plus tard, Github a sérieusement réduit l'offre gratuite et, dans la foulée, Gitlab a suivi, trop contente sans doute de pouvoir reprendre sa respiration. J'ai juste envie de dire « ben ouais, normal ! »
Je pense que la plateforme Travis CI est aux abois et que ses propriétaires essaient de sauver les meubles en récupérant de l'argent comme ils le peuvent, en pariant que leur changement de politique ne suffira pas à faire fuir les utilisateurs qu'ils comptent désormais faire payer. Se dire que si une entreprise est aux commandes d'un logiciel libre, celle-ci a sans doute les moyens de payer un service d'intégration continue n'est pas déconnant, mais ce qui est vrai pour une multinationale ou un ETI est plus discutable pour un indépendant ou un gars dans son garage qui tente de donner vie à son projet professionnel. Malheureusement, Travis CI a sans doute mieux à faire que d'éplucher les résultats financiers de chaque entreprise sollicitant un accès gratuit à son service au prétexte qu'elle fait du libre.
Pour finir, voici un chiffre que j'avais donné lors d'une conférence à Capitole du Libre en 2019 : l'intégration continue du projet libre Orfeo Toolbox, qui utilise pourtant une plateforme élastique (i.e. dimensionnée dynamiquement pour répondre au besoin instantané, allant de 0 à 8 VM 8 cœurs) représente un cout de 500 à 700 € par mois. CQFD : si vous en doutiez, le cloud et la CI, ça coute cher !
Et pour vraiment finir, sachez que, aussi bien avec Gitlab.com qu'avec Github Actions, vous pouvez utiliser des « runners » (des exécuteurs de CI) qui vous appartiennent. La plateforme fournit alors l'orchestrateur et le service, et vous, la puissance machine. Cela permet de maitriser le cout, mais pas forcément de l'optimiser. Mais si vous avez un serveur auto-hébergé musclé qui se tourne les pouces, y déployer un « Gitlab Runner » et l'enrôler sur Gitlab.com (au bénéfice de votre seul projet) est peut-être l'occasion de justifier son existence. ;)
# Ça s'entend...
Posté par Sébastien Dinot (site web personnel) . En réponse au journal Travis CI : aimer le libre (pour se faire connaître), mais pas/plus trop. Évalué à 10.
Bonjour,
Comme tu l'indiques, très nombreuses sont les entreprises qui offrent gratuitement leurs services aux projets libres pour se faire connaitre et passer pour une « boite cool ». La première d'entre elle est sans aucun doute Github et la seconde Gitlab. Travis CI a longtemps fait partie de la bande.
Personne n'est dupe et tout le monde est heureux de profiter d'une symbiose apparente.
Mais avant de leur cracher dessus lorsqu'elles changent de stratégie, je pense qu'il faut faire une distinction entre les entreprises qui offrent un service qui ne leur coute pas grand chose (elles utilisent les VM déjà instanciées pour leurs clients ou, au pire, elles en instancient quelques autres en plus dans le cloud) et celles qui offrent un service dont le cout est, pour elles, proportionnel à la sollicitation de ce service. Je comprends tout à fait que ces dernières mettent des limites, car chaque « cadeau » leur coute.
Pour ma part, voyant ce que coutent à mes clients et à mon entreprise les ressources qu'ils louent sur le cloud, je n'ai jamais compris comment des boites telles que Travis CI ou Github pouvaient équilibrer les comptes. J'ai eu la réponse à mes interrogations quand Microsoft a racheté Github. Dans un article de presse, j'ai alors appris que Github perdait chaque mois trois fois plus d'argent qu'elle n'en gagnait et cela a confirmé mes soupçons : « ah, en fait c'est ça l'astuce, elles n'équilibrent tout simplement pas leurs comptes et vivent à crédit ! »
Dans la foulée du rachat, Microsoft a complètement repensé le service Github Actions pour en faire un véritable service CI/CD (très convaincant comme j'ai pu le vérifier en migrant la CI du projet Hipparchus) et a offert au passage de très généreux quotas d'utilisation. J'ai alors dit à mes collègues « Microsoft veut juste tuer la concurrence, l'offre ne durera pas ! » Bingo, à peine quelques mois plus tard, Github a sérieusement réduit l'offre gratuite et, dans la foulée, Gitlab a suivi, trop contente sans doute de pouvoir reprendre sa respiration. J'ai juste envie de dire « ben ouais, normal ! »
Je pense que la plateforme Travis CI est aux abois et que ses propriétaires essaient de sauver les meubles en récupérant de l'argent comme ils le peuvent, en pariant que leur changement de politique ne suffira pas à faire fuir les utilisateurs qu'ils comptent désormais faire payer. Se dire que si une entreprise est aux commandes d'un logiciel libre, celle-ci a sans doute les moyens de payer un service d'intégration continue n'est pas déconnant, mais ce qui est vrai pour une multinationale ou un ETI est plus discutable pour un indépendant ou un gars dans son garage qui tente de donner vie à son projet professionnel. Malheureusement, Travis CI a sans doute mieux à faire que d'éplucher les résultats financiers de chaque entreprise sollicitant un accès gratuit à son service au prétexte qu'elle fait du libre.
Pour finir, voici un chiffre que j'avais donné lors d'une conférence à Capitole du Libre en 2019 : l'intégration continue du projet libre Orfeo Toolbox, qui utilise pourtant une plateforme élastique (i.e. dimensionnée dynamiquement pour répondre au besoin instantané, allant de 0 à 8 VM 8 cœurs) représente un cout de 500 à 700 € par mois. CQFD : si vous en doutiez, le cloud et la CI, ça coute cher !
Et pour vraiment finir, sachez que, aussi bien avec Gitlab.com qu'avec Github Actions, vous pouvez utiliser des « runners » (des exécuteurs de CI) qui vous appartiennent. La plateforme fournit alors l'orchestrateur et le service, et vous, la puissance machine. Cela permet de maitriser le cout, mais pas forcément de l'optimiser. Mais si vous avez un serveur auto-hébergé musclé qui se tourne les pouces, y déployer un « Gitlab Runner » et l'enrôler sur Gitlab.com (au bénéfice de votre seul projet) est peut-être l'occasion de justifier son existence. ;)