Je vais te prendre un autre exemple. Personnellement je n'aime pas les voitures Renault. Mais au travail il m'arrive parfois de devoir en conduire et ce n'est pas pour autant que je refuse. Je vais même te dire, je suis parfois surpris de ce qu'ils arrivent à sortir comme modèles.
Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'après la deuxième guerre mondiale, en gros, les américains ne veulent pas que l'Europe dispose d'une industrie informatique. Pour une simple raison c'est que, qui dit ordinateur, dit arme nucléaire, donc dissuasion. Donc à ce moment là on a vraiment un alignement parfait, entre la vision, notamment celle du général de Gaule, à la création de la C2I, enfin toute une infrastructure. Ce qui est assez fascinent à l'époque, c'est qu'ils n'ont pas décidé de créer une boîte, c'est de regrouper un ensemble de boîtes autour d'un projet. Donc construire des calculateurs. Puisqu'à l'époque Control Data qui fait des calculateurs un peu puissant, on n'avait pas vraiment accès à ce genre de machines. Et on a eu cette vision qui est assez française, c'est de dire on fait nos trucs dans notre coin. On a fait ça avec le TGV, on a fait ça avec le Mintel. On construit nos réseaux, nos infrastructures. Et ce qui est fascinant, j'ai, dans une ancienne vie, passé beaucoup de temps à bidouiller des Mintel, quand on ouvre un Minitel, la première chose qui est impressionnante est que tout est fabriqué en France. Absolument tout. Les gens ne le savent pas, mais le Minitel a inspiré Steve Job pour le Macintosh, puisque la poignée, le design. Et donc on est parti d'un modèle où on faisait tout, à un modèle où on fait presque plus grand chose. Maintenant on veut faire le Health Data Hub, on est obligé de passer par Microsoft. On veut faire telle chose, les appels d'offre, on nous explique qu'on ne sait plus faire. Et je pense qu'il y a plusieurs raisons, mais la première c'est l'expertise est là, mais les gens qui ont l'expertise ne sont jamais les gens qui décident. Ce n'était pas le cas avant, on avait beaucoup d'ingénieurs, de polytechniciens, des gens un peu strict, mais qui étaient des vrais ingénieurs qui savaient construire, mettre en place des équipes. Maintenant on a plutôt des consultants, des gens qui font des Powerpoint. Là on est vraiment dans le modèle : on a vu une présentation de Google, c'est super. Et c'est vrai que c'est très beau. C'est ça qu'il faut faire. Alors qu'en fait lorsqu'on construit des projets sur le long terme, par exemple le Healt Data Hub, mais tout ce qu'on va faire, tout ce qui est nouveau dans le numérique. On ne le fait pas pour cinq ans, on le fait pour vingt ans, trente ans. Quand on a fait le TGV on a pas dit c'est un produit qu'on va faire pour quelques années. Donc il y a une version long terme. Il faut donc la construire. Et la construire c'est difficile. Il y a deux visions, il y a la vision Uber, on clique, la voiture arrive en bas. Et puis on rentre dans la voiture. Puis il y a la vision où on passe son permis de conduire, on achète sa voiture, on apprend à la conduire. C'est plus compliqué, c'est plus cher, mais ce ce qu'on doit faire.
[^] # Re: Ok mais...
Posté par Bruno Ethvignot (site web personnel) . En réponse au journal Agir contre ses valeurs.... Évalué à 10.
C'est une question de souveraineté numérique. Pour la comparaison avec les voitures, je préfère, et de loin, celle donnée par Tariq Krim, sans son entrevue dans l'émission Thinkerview, Tariq Krim et Bernard Benhamou : Souveraineté numérique, la douche froide ?