• # Une chose vivante

    Posté par . En réponse au journal GitHub remplace la branche master par main. Évalué à 8.

    La langue est une chose vivante. Les dictionnaires, les grammaires, les usages même, sont le reflet de cette langue vivante qui nous a précédée, et qui est devenue une habitude, une norme. Or, le vivant dans la langue, aujourd'hui, c'est nous et la façon dont nous utilisons la langue et la faisons changer.

    Chacun de nous, en tant que personne, et "nous", en tant que membre d'un ou de plusieurs groupes. Des groupes qui n'ont pas tous les mêmes objectifs ou les mêmes valeurs. Et des personnes, dans ces groupes, avec leurs propres contradictions, approximations. Des personnes qui peuvent se planter, même avec les meilleures intentions du monde ou, bien entendu, qui peuvent être malhonnêtes et mal intentionnées.

    En tant qu'auteur, j'ai appris à aimer les mots. Tous, même les plus orduriers. En tant qu'auteur et en tant que membre de certaines "minorités", j'ai appris à me méfier des slogans. Tous, même les plus généreux.

    Mais autant je me méfie de ça, autant je me réjouis de voir les gens discuter, et se disputer, sur le sens des mots. Cela veut dire que la langue a toujours de la valeur, que les mots comptent encore.

    Dans ces disputes, il y a (et il y aura encore) des excès, des erreurs, et souvent pas mal d'hystérie et, parfois, de la malhonnêteté. Mais c'est aussi ça être vivant: c'est tenter plein de choses, et échouer souvent... en fait, c'est échouer la plupart du temps. Et c'est aussi ça tenter de changer la société (que ce soit pour corriger une injustice raciale historique, ou pour corriger un manque de représentativité d'un groupe ou d'un sexe par rapport à un autre dans la société civile): tenter et, souvent, échouer ou ne pas aller aussi loin qu'on l'avait espéré. Mais sans ça, rien ne change jamais.

    Personne ne sait si ces mouvements arriveront à quelque chose. Tout ce que ces mouvements peuvent faire, et qu'ils font, c'est de proposer leur changement et de faire un travail "d'éducation"/"de marketing" (vous prendrez le terme qui colle mieux au regard que vous portez sur ces phénomènes) pour essayer de persuader une masse suffisante de personnes d'adopter le changement qu'ils promeuvent. Sinon, ça fera flop.

    Dans le cas soulevé par l'auteure du post original, pour moi, la question n'est pas tant de savoir "qui est le plus raciste" de l'un ou de l'autre, mais plutôt de me demander (et je n'ai qu'une esquisse de réponse à cette question) pourquoi, des deux côtés, on semble s'occuper tellement plus du mot que de la chose elle-même ? Ou en langage moins philosophique: depuis quand, à part dans certains contes de fées, ne pas prononcer le nom du méchant le fait disparaître (ou depuis quand, l'invoquer le fait apparaître)?

    Pour rester dans le sujet du post originel, virer master/slave, ok pourquoi pas. Mais les racistes ne sont pas moins doués que les anti-racistes pour renouveler leur vocabulaire (suffit de voir comment ils contournent rapidement les mécanismes de censure). Il se passera quoi ensuite, quand ces racistes commenceront à utiliser les nouveaux termes, choisis pour remplacer les anciens mots trop connotés, pour parler des mêmes idées racistes? C'est sans fin.

    Cela dit, cela ne me semble pas totalement incensé de réfléchir au sens des mots et de critiquer leur usage, si c'est pour commencer à réfléchir à nos idées et à nos valeurs... et à leur usage, que ce soit en tant que personne isolée ou en tant que membre de tel ou tel groupe. Tant que l'on ne s'arrête pas aux mots, justement ;)