• # Sujet complexe et aux multiples cadres d'échange

    Posté par . En réponse au lien Opinion : la vulgarisation et la communication face à des idées vues comme irrationnelles. Évalué à 3.

    Article intéressant sur la vulgarisation. Le point-clé, à mon avis, c'est vraiment l'idée qu'il faut s'intéresser à l'origine des idées de l'interlocuteur et [la rationalité d'un argument suivant le point de vue de l'interlocuteur, plutôt que depuis notre point de vue]. La partie entre crochets, c'est de moi, l'article ne précise pas vraiment. Au fond, ça rejoins le principe classique : comprendre l'interlocuteur, échanger des opinions plutôt que convaincre.

    Après, c'est vrai que cet article réduit quand même le cadre au cas de la vulagarisation, sachant vs non-sachant. L'article précise bien que l'interlocuteur n'est pas forcément incompétent d'un point de vue technique et que justement il faut pas que cette distinction sachant vs non-sachant soit mise en avant et interprétée comme un mépris malvenu. Les exemples choisis me semblent pas parmi les plus polémiques (ou peut-être par chance je coïncide grosso-modo avec l'auteur ou j'ai pas d'opinion [je me suis jamais vraiment intéressé à l'histoire de Lyme]). Je me demande si j'aurais eu une moins bonne opinion de l'article s'il avait sorti un exemple où je serais à la place de l'irrationnel individu problématique avec lequel il faut lire un manuel pour communiquer :-)

    Sur linuxfr, c'est un cadre plus complexe, car il n'y a pas de vulgarisateur, il n'y a que des linuxfriens qui échangent des opinions issues de leur interprétation de vulgarisations diverses. Et il y a plein de facteurs qui rendent les échanges un peu difficiles auxquels c'est difficile d'échapper : on ne se rappelle plus si on a dit telle ou telle chose à telle personne, si on a déjà répondu à tel ou tel point, ou alors on a répondu, mais mal évalué le point de vue de l'interlocuteur, donc pas répondu à ce qu'il attendait. Du coup, on ressasse souvent plusieurs fois les mêmes points (avec des variations parfois, donc il y quand même parfois du nouveau, même si ça devient lourd). C'est un peu le bazar.

    Perso, je suis content quand j'arrive à prévoir ce que va dire l'interlocuteur, même si je suis pas d'accord, car ça veut au moins dire que j'ai compris quelque chose à son point de vue. L'idéal, c'est quand c'est réciproque. Parfois, on a des réponses totalement surprise, signe qu'on a pas compris le point de vue de l'interlocuteur (ou l'inverse ou les deux). En général, quand c'est la surprise de part et d'autre, c'est difficile à gérer, même quand les deux parties sont de bonne volonté (si l'exaspération ou un peu de mauvaise volonté se glisse, ça passe de difficile à impossible). Un truc que je fais pas assez souvent, c'est de répondre par une question, plutôt que prétendre savoir ce que l'interlocuteur veut dire. C'est malheureusement aussi plus facile à l'oral qu'à l'écrit où, du fait du manque de spontanéité, on a tendance à écrire en trop, histoire d'être sûr de répondre et, résultat, on embrouille les choses ou part en tangente.

    Un point que j'ajouterais, c'est que, même dans le domaine de la recherche entre pairs, la communication n'est pas facile et sujette, tout comme celle entre linuxfriens, à des considérations sociales, politiques ou économiques. Même dans le domaine de recherche plutôt obscur et non polémique dans lequel je travallais il y a peu, il y a la contrainte des publications. Pour publier un article, il faut mettre en avant ses recherches. Si on ne publie jamais d'articles, on perd en renommée, toi et tes collègues auront moins de chances d'avoir des financements. Si c'est des résultats particulièrement géniaux, même si on présente pas toujours sa recherche selon le meilleur angle, ce sera accepté. Cependant, l'immense majorité des articles ne sont pas dans ce cas et sont en compétition entre eux. Il m'est arrivé plus d'une fois que l'on me dise « Ne formule pas cette phrase comme ça, c'est se tirer une balle dans le pied ». Ça, c'est dans un domaine où il n'y a presque que des financements publics (nationaux ou européens). Si en plus il y a des financements privés, il y a plus de pressions : il ne faut pas seulement que l'article intéresse les pairs, mais les entités privés qui payent. À moins d'être dedans, difficile d'évaluer la fiabilité. Et puis les articles de recherche cibles des trucs très précis en général, alors que les polémiques traitent souvent de sujets qui englobent beaucoup de recherches simultanément.

    Tout ça pour dire que, pour le non-sachant, c'est vite désagréable s'il sent qu'un manque de confiance n'est pas accepté ou ridiculisé, car depuis son point de vue, il n'a vraiment pas toujours les moyens de savoir si la confiance est bien placée ou non. On peut regretter ensuite que, du fait de biais divers, on passe trop vite à une position de déni plutôt qu'une position simplement sceptique; c'est un phénomène accentué par les non-sachants du camp du vulgarisateur qui interprètent parfois tout scepticisme par du déni et ne font qu'accélérer la transition. Être ressenti comme ridicule ou irrationnel par un autre non-sachant, a priori sur un pied d'égalité avec nous, nous met sur la défensive plus rapidement qu'avec quelqu'un du domaine.