C'était effectivement au sujet de Fukushima. C'était dans la discussion précédente.
Les morts par radiation font polémique. D'ailleurs officiellement il me semble qu'ils n'admettent qu'un seul mort par radiation à ce jour (même si y a eu quand même 5 morts dans les employés rien que dans l'année et demi qui a suivi l'accident, mais ça a toujours été officiellement diagnostiqué en quelque chose d'autre). À au moins 2 moments, le gouvernement avait plus ou moins accepté une mort par radiation, en 2015 puis en 2018 mais soit est plus ou moins revenu sur ses paroles sur le second, soit bien les journaux avaient titré trop vite (sur celui de 2018, en effet d'autres articles disent que c'était probablement un cancer sans relation et qu'ils ont juste compensé parce que c'était un travailleur de la centrale; d'ailleurs c'est aussi assez marrant que les 2 articles, espacés de 3 ans, titrent tous deux "first death" d'un travailleur de la centrale par radiation, ça montre bien le flou entretenu; l'article de Forbes dit néanmoins qu'il y a 4 travailleurs diagnostiqués avec un cancer de la thyroïde et leucémie, ce qui par contre est probablement dû à l'accident, mais aucun de ces 4 travailleurs n'en était mort au jour de l'article).
Ceci dit, tu dis que Wikipédia dit qu'il y a 2 morts par radiation, mais je trouve pas cette info (moi je lis 1). Tu fais référence à quelle page/paragraphe de Wikipédia?
Quoiqu'il en soit, 1 ou 2, c'est déjà pas zéro.
Enfin bon y a un peu de tout et de son contraire sur le sujet des morts par radiation.
Ensuite y a eu quelques milliers de morts dûs à l'évacuation. Et c'était une évacuation par rapport à la proximité à la centrale (donc rapport direct avec l'accident nucléaire pas la catastrophe naturelle), c'est à dire notamment dans des zones qui n'ont pas été touchées par le tsunami. Là encore les chiffres diffèrent. On lit beaucoup le chiffre de 2202 morts. Je me rappelle avoir lu à un moment plus de 3000, mais je retrouve plus la référence. Enfin là aussi il y a des chiffres fluctuants mais disons entre 1000 et 3000.
Puis il y a effectivement les nombreux morts des gens hors zones interdites (donc non réfugiés, non évacués), qui ont gardé leur maison, etc. mais dont la vie a été chamboulée. Notamment dans les domaines de l'agriculture, sylviculture et pêche, les industries ont été quasiment mises à l'arrêt (98% de diminution de l'export au point le plus bas) et de nos jours encore, cela pour 2 raisons: les gens ne veulent plus acheter de produits alimentaires de Fukushima (avec même certains pays qui ont fait des embargos sur les produits de cette région), et il y a eu une très forte réglementation. Dans la pêche par exemple, il y avait des tests obligatoires et des dizaines d'espèces marines plus propices à stocker des radiations avaient été interdites de vente (40 en 2013, puis 35 en 2015, 10 en 2017). Donc il y a eu énormément de gens dont les conditions de vie ont été mises à mal, qui ont perdu leurs jobs, et pas mal de suicides, lesquels ne sont souvent pas comptés dans les chiffres officiels comme dûs à l'accident nucléaire.
Enfin pour revenir sur les gens évacués, il y a eu les réfugiés qui n'ont pas eu le droit de revenir pendant des années. Cette étude du CNRS évalue le nombre de morts "directement imputables au stress du refuge" (on rappelle que c'est un refuge par rapport aux zones interdites autour de la centrale, indépendamment même de si le tsunami a touché ou non les habitations des gens; ce n'est donc pas des réfugiés de catastrophe naturelle) à 2211 décès entre 2011 et 2018.
Voilà, ensuite on peut vouloir contester certains chiffres ou le fait de rentrer ou non certaines catégories de décès comme "dû à l'accident nucléaire". Personnellement je trouve cela déjà limite dans le contexte, car si on étudie et compare ces technologies, il faut aussi considérer les pire cas et aussi les conséquences globales d'une telle catastrophe. Mais soit.
Mais aller jusqu'à dire "zéro mort" (en réponse à des questions du journaliste sur la sûreté de l'EPR chinois), dans une interview de juillet 2019 (donc il ne peut pas dire ne pas avoir les infos), j'ai personnellement trouvé cela horrible. Qu'il défende le nucléaire et considère que le risque est acceptable, je suis pas d'accord, mais je l'accepte (j'ai discuté avec plein de gens qui considèrent cela, ici notamment, ainsi qu'ailleurs). Mais si la base de son argumentaire c'est de dire zéro mort à Fukushima (4:31), que c'est pas inhabitable (29:59) et qu'il veut bien aller y vivre plutôt que près d'une autoroute, usine chimique ou centrale à charbon, c'est inacceptable. C'est insultant envers les souffrances de ces populations et rend leurs morts invisibles. Et puis surtout, d'un point de vue purement logique argumentative, si c'est là la base pour dire que le risque est très faible (c'est ce qu'il utilise en réponse), ben pour moi, cela rend toute l'argumentation caduque.
Ceux qui ont attendu 6 à 8 ans, ou attendent encore pour revenir vivre chez eux (pendant au moins 6 ans, c'est pas par choix, y a des barricades, c'est juste interdit à ce moment; au delà, il y a eu ouverture progressive et 42.000 personnes étaient encore interdits de revenir en 2019; même si bien sûr beaucoup ne veulent plus revenir de toutes façons) auraient leur mot à dire. Puis quand le gouvernement a progressivement levé l'interdiction à partir de 2017, ils ont aussi arrêté les subventions d'aide aux habitants dont l'interdiction de retour avait été levé (afin d'essayer de forcer ces habitants à revenir par manque d'argent). Or comme la radioactivité ambiante est encore trop haute dans la zone, le gouvernement japonais monte la dose légale acceptable de 1 msv/an à 20 msv/an, car les experts estiment qu'il faudra encore 50 ans pour revenir à 1 msv/an (en France, la dose légale maximale est aussi à 1 msv/an; à partir de 10 msv/an, on préconise la mise à l'abri des populations). Comme ça, c'est réglé!
Tout cela est noté notamment dans l'article du CNRS dont je donne le lien plus haut (et que j'avais déjà donné dans l'autre page de discussion). Pour croiser les sources, ne pas hésiter à rechercher ces infos. Cette chercheuse française n'est d'ailleurs pas la seule à étudier la radioactivité dans la région. En 2017, alors que le gouvernement rouvrait certaines des zones interdites, une conférence de presse s'est faite, qui a abouti en 2 textes de recommandations en japonais et publiés dans des revues scientifiques japonaises, co-signés par 15 chercheurs, pour dire que le taux de radiation est encore trop haut, qu'il ne faut pas rouvrir, que c'est un risque pour la santé (en particulier pour les enfants exposés jeunes aux radiation) et absolument faire du suivi médical.
Donc je répète et répète, mais non ce n'est pas acceptable comme déclaration, aussi bien pour le respect envers ces populations qui ont énormément souffert, que comme base argumentaire permettant de déclarer que le risque nucléaire est faible.
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]
[^] # Re: Est-ce vraiment la bonne question ?
Posté par Jehan (site web personnel, Mastodon) . En réponse au lien Le nucléaire est-il l'ennemi de l'écologie ?. Évalué à 4.
C'était effectivement au sujet de Fukushima. C'était dans la discussion précédente.
Les morts par radiation font polémique. D'ailleurs officiellement il me semble qu'ils n'admettent qu'un seul mort par radiation à ce jour (même si y a eu quand même 5 morts dans les employés rien que dans l'année et demi qui a suivi l'accident, mais ça a toujours été officiellement diagnostiqué en quelque chose d'autre). À au moins 2 moments, le gouvernement avait plus ou moins accepté une mort par radiation, en 2015 puis en 2018 mais soit est plus ou moins revenu sur ses paroles sur le second, soit bien les journaux avaient titré trop vite (sur celui de 2018, en effet d'autres articles disent que c'était probablement un cancer sans relation et qu'ils ont juste compensé parce que c'était un travailleur de la centrale; d'ailleurs c'est aussi assez marrant que les 2 articles, espacés de 3 ans, titrent tous deux "first death" d'un travailleur de la centrale par radiation, ça montre bien le flou entretenu; l'article de Forbes dit néanmoins qu'il y a 4 travailleurs diagnostiqués avec un cancer de la thyroïde et leucémie, ce qui par contre est probablement dû à l'accident, mais aucun de ces 4 travailleurs n'en était mort au jour de l'article).
Ceci dit, tu dis que Wikipédia dit qu'il y a 2 morts par radiation, mais je trouve pas cette info (moi je lis 1). Tu fais référence à quelle page/paragraphe de Wikipédia?
Quoiqu'il en soit, 1 ou 2, c'est déjà pas zéro.
Enfin bon y a un peu de tout et de son contraire sur le sujet des morts par radiation.
Ensuite y a eu quelques milliers de morts dûs à l'évacuation. Et c'était une évacuation par rapport à la proximité à la centrale (donc rapport direct avec l'accident nucléaire pas la catastrophe naturelle), c'est à dire notamment dans des zones qui n'ont pas été touchées par le tsunami. Là encore les chiffres diffèrent. On lit beaucoup le chiffre de 2202 morts. Je me rappelle avoir lu à un moment plus de 3000, mais je retrouve plus la référence. Enfin là aussi il y a des chiffres fluctuants mais disons entre 1000 et 3000.
Puis il y a effectivement les nombreux morts des gens hors zones interdites (donc non réfugiés, non évacués), qui ont gardé leur maison, etc. mais dont la vie a été chamboulée. Notamment dans les domaines de l'agriculture, sylviculture et pêche, les industries ont été quasiment mises à l'arrêt (98% de diminution de l'export au point le plus bas) et de nos jours encore, cela pour 2 raisons: les gens ne veulent plus acheter de produits alimentaires de Fukushima (avec même certains pays qui ont fait des embargos sur les produits de cette région), et il y a eu une très forte réglementation. Dans la pêche par exemple, il y avait des tests obligatoires et des dizaines d'espèces marines plus propices à stocker des radiations avaient été interdites de vente (40 en 2013, puis 35 en 2015, 10 en 2017). Donc il y a eu énormément de gens dont les conditions de vie ont été mises à mal, qui ont perdu leurs jobs, et pas mal de suicides, lesquels ne sont souvent pas comptés dans les chiffres officiels comme dûs à l'accident nucléaire.
Enfin pour revenir sur les gens évacués, il y a eu les réfugiés qui n'ont pas eu le droit de revenir pendant des années. Cette étude du CNRS évalue le nombre de morts "directement imputables au stress du refuge" (on rappelle que c'est un refuge par rapport aux zones interdites autour de la centrale, indépendamment même de si le tsunami a touché ou non les habitations des gens; ce n'est donc pas des réfugiés de catastrophe naturelle) à 2211 décès entre 2011 et 2018.
Voilà, ensuite on peut vouloir contester certains chiffres ou le fait de rentrer ou non certaines catégories de décès comme "dû à l'accident nucléaire". Personnellement je trouve cela déjà limite dans le contexte, car si on étudie et compare ces technologies, il faut aussi considérer les pire cas et aussi les conséquences globales d'une telle catastrophe. Mais soit.
Mais aller jusqu'à dire "zéro mort" (en réponse à des questions du journaliste sur la sûreté de l'EPR chinois), dans une interview de juillet 2019 (donc il ne peut pas dire ne pas avoir les infos), j'ai personnellement trouvé cela horrible. Qu'il défende le nucléaire et considère que le risque est acceptable, je suis pas d'accord, mais je l'accepte (j'ai discuté avec plein de gens qui considèrent cela, ici notamment, ainsi qu'ailleurs). Mais si la base de son argumentaire c'est de dire zéro mort à Fukushima (4:31), que c'est pas inhabitable (29:59) et qu'il veut bien aller y vivre plutôt que près d'une autoroute, usine chimique ou centrale à charbon, c'est inacceptable. C'est insultant envers les souffrances de ces populations et rend leurs morts invisibles. Et puis surtout, d'un point de vue purement logique argumentative, si c'est là la base pour dire que le risque est très faible (c'est ce qu'il utilise en réponse), ben pour moi, cela rend toute l'argumentation caduque.
Ceux qui ont attendu 6 à 8 ans, ou attendent encore pour revenir vivre chez eux (pendant au moins 6 ans, c'est pas par choix, y a des barricades, c'est juste interdit à ce moment; au delà, il y a eu ouverture progressive et 42.000 personnes étaient encore interdits de revenir en 2019; même si bien sûr beaucoup ne veulent plus revenir de toutes façons) auraient leur mot à dire. Puis quand le gouvernement a progressivement levé l'interdiction à partir de 2017, ils ont aussi arrêté les subventions d'aide aux habitants dont l'interdiction de retour avait été levé (afin d'essayer de forcer ces habitants à revenir par manque d'argent). Or comme la radioactivité ambiante est encore trop haute dans la zone, le gouvernement japonais monte la dose légale acceptable de 1 msv/an à 20 msv/an, car les experts estiment qu'il faudra encore 50 ans pour revenir à 1 msv/an (en France, la dose légale maximale est aussi à 1 msv/an; à partir de 10 msv/an, on préconise la mise à l'abri des populations). Comme ça, c'est réglé!
Tout cela est noté notamment dans l'article du CNRS dont je donne le lien plus haut (et que j'avais déjà donné dans l'autre page de discussion). Pour croiser les sources, ne pas hésiter à rechercher ces infos. Cette chercheuse française n'est d'ailleurs pas la seule à étudier la radioactivité dans la région. En 2017, alors que le gouvernement rouvrait certaines des zones interdites, une conférence de presse s'est faite, qui a abouti en 2 textes de recommandations en japonais et publiés dans des revues scientifiques japonaises, co-signés par 15 chercheurs, pour dire que le taux de radiation est encore trop haut, qu'il ne faut pas rouvrir, que c'est un risque pour la santé (en particulier pour les enfants exposés jeunes aux radiation) et absolument faire du suivi médical.
Donc je répète et répète, mais non ce n'est pas acceptable comme déclaration, aussi bien pour le respect envers ces populations qui ont énormément souffert, que comme base argumentaire permettant de déclarer que le risque nucléaire est faible.
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]