• [^] # Re: Jeu de postures

    Posté par . En réponse au journal Les syndicats mentent-ils ?. Évalué à 3.

    La lutte des classes est une grille de lecture complexe et ne se résume pas un "eux et un "nous", les écrits politiques de Marx en attestent.

    Le travail de Marx en tant qu'économiste sont remarquables; ses écrits politiques peut-être un peu moins (ou alors j'aimerais bien qu'on discute du rapport de Marx au féminisme par exemple...).

    Je ne vois pas de toutes manières à quoi sert de disserter de la complexité de la pensée Marxiste dans une discussion sur la pauvreté du discours syndical (c'est quand même de là dont c'est parti).

    Un exemple où pour moi la grille de lecture de la lutte des classes ne fonctionne pas, c'est dans la compréhension des motivations. Si la LPPR était un instrument d'oppression et de paupérisation des classes laborieuses (ce qui est la grille de lecture proposée par LO et la CGT), les motivations de la bourgeoisie ou de la classe dirigeante seraient profondément tarabiscotées, et pour le moins contre-productives. Les réformes de l'ESR semblent toujours être un mélange complexe de concessions faites à une vision libérale décentralisatrice (désengagement de l'État, autonomie des universités...), de renoncement de l'administration à contrôler le fonctionnement de l'État (créer de nouvelles structures au lieu de réformer les anciennes), mais paradoxalement de renforcer le pilotage (agenda politique des appels à projets...). Le même genre de paradoxe apparait dans le renforcement de l'emprise de l'administration sur les thèmes de recherche, tout en mettant en avant une "starification" du système de recherche en donnant beaucoup de moyens à quelques individualités qui deviennent localement puissantes. Bref, tout ça pour dire qu'un tel programme de réformes ne semble pas servir les intérêts d'une classe, ils résultent de compromis idéologiques entre des courants de pensée parfois contradictoires, dans une «synthèse» nécessaire pour que le texte puisse être voté par une majorité hétéroclite. Si on rajoute là-dessus qu'une grande majorité de la classe populaire voit peu d'intérêt à financer le monde de l'université et de la recherche, on comprend mieux, à mon avis, pourquoi le ralliement se fait autour de concepts "qui font peur", comme la précarité. En tout état de cause, je ne vois pas comment on peut expliquer autrement que par l'incompétence la persistance de l'administration à nuire à la productivité des agents de l'État, ni quelle classe est dominée par quelle classe dans le processus (à moins de penser que les techniciens des administrations tendent de prendre le pouvoir sur les chercheurs et les ingénieurs, ce qui me semble douteux).