• [^] # Re: Oui mais non

    Posté par . En réponse au journal De l'usage de la section Liens sur LinuxFr. Évalué à 8.

    On serait presque d'accord... Si une partie du mouvement du logiciel libre ne considérait pas que la différence entre eux et le mouvement de l'open source était par exemple sur TiVo.

    Il serait réducteur et faux de catégoriser les mouvements du libre et de l'opensource respectivement comme anti-tivoïsation et pro-tivoïsation. Il faut relire la définition des deux mouvements et ça coule de source : Le mouvement du libre considère la tivoïsation comme un problème contre lequel il faut lutter, le mouvement opensource s'en fiche.

    Et c'est la le nœud du problème : ajouter des contraintes pas dans la définition. plein de gens qui se sentent plus proche du mouvement du logiciel libre estiment que TiVo est acceptable, pour raison x ou y, et vouloir les ignorer car ça ne rentre pas dans ses idées est insultant.

    On ne peut pas d'un côté dire que l'utilisateur doit avoir les quatre libertés sur le logiciel quand il fait son informatique, et de l'autre ignorer un cas de figure où l'utilisateur ne peut pas jouir de ses quatre libertés. Au sens du mouvement du libre, la tivoïsation pose un problème de liberté au même titre que le logiciel non-libre.

    Je vais le répéter une nouvelle fois : le mouvement du libre s'attache à défendre les quatre libertés de l'utilisateur. Cela implique de lutter contre tous les cas où ces quatre libertés sont mises à mal. Le logiciel non-libre en est un, et il y en a d'autres, comme le SaaS et le matériel fermé (dans lequel est inclus le matériel restreint par signature cryptographique, dans lequel est inclus la tivoïsation).

    le but du mouvement du Libre, c'est que l'utilisateur puisse faire son informatique sans abandonner ses 4 libertés.

    La, j'ai l'impression que tu définis le copyleft.

    Absolument pas. L'utilisateur conserve ses 4 libertés en utilisant un logiciel libre non-copyleft.

    Perso, ça m'amuse que les gens aimant le copyleft anti-TiVo seulement essayent de dire que c'est l'idée derrière le libre et la différence avec les gens derrière l'open source, sans modifier leur définition de libre...

    L'opensource ignore le problème de la tivoïsation. On peut trouver des gens dans le mouvement opensource aimant la GPLv3. On peut trouver de tout. En pratique, beaucoup de gens dans le mouvement opensource considèrent les restrictions de la GPLv2 comme suffisantes, parce que leur but est de séduire les entreprises, grosses contributrices de code, qui en général aiment bien les libertés quand elles s'appliquent au code, mais pas quand elles s'appliquent à l'utilisateur. Le but de l'opensource est de produire du meilleur code : en obligeant une éventuelle entreprise malveillante à partager son code mais en l'autorisant à pratiquer la tivoïsation, le but est atteint : le code est bon parce que développé collaborativement, ce qui satisfait les partisans du mouvement opensource, et l'utilisateur ne peut pas jouir de ses libertés, ce qui satisfait l'entreprise malveillante. (J'ai choisi de parler d'entreprise parce que c'est un exemple parlant mais on peut être malveillant et pratiquer la tivoïsation sans être une entreprise, hein)

    Bémol la : très peu de logiciels sont faits par des des gens se revendiquant du Mouvement du Logiciel Libre, ils semblent trop occupés à autre chose que de coder

    Trois choses:

    D'abord comme un bout de code libre ou opensource, on l'a vu, c'est la même chose, et qu'une contribution à un logiciel ne se fait pas avec un tampon "libre" ou "opensource", il est impossible de savoir avec exactitude lequel des mouvements du libre ou de l'opensource contribue le plus de code. Avec un peu de flair on peut estimer au doigt mouillé sans trop se gourer que les contributions en terme de lignes de code sont plus souvent faites par des gens se réclamant de l'opensource que du logiciel libre. Le fait que la quantité de code libre produite ait décollé après l'apparition du mouvement opensource est un indicateur, et le fait que ce soit le but même de l'opensource (changer le discours et l'objectif affiché pour séduire les gros contributeurs), en est un autre. Le mouvement opensource séduit plus, c'est indéniable, et pas étonnant : il y a plus de gens intéressés par créer du bon code que de gens intéressés par la défense des libertés de l'utilisateur (note pour les frustrés qui sont prêts à bondir en lisant cette phrase : Ce n'est pas exclusif ! On peut vouloir défendre les libertés ET faire du bon code, la question c'est juste de savoir où on met la priorité n°1, et qu'est-ce qu'on choisit lorsque l'une interfère avec l'autre). Et rien qu'au vu de la différence de ressources humaines dans les deux mouvements, personne ne doit être surpris par le fait que l'opensource contribue beaucoup plus.

    Ensuite il faut arrêter avec ce mythe de merde (que j'ai utilisé à la fin de mon précédent commentaire à des fins humoristiques) comme quoi les gens se revendiquant du logiciel libre seraient tous des vieux barbus se baladant en pyjama et passant leurs journées à donner des conférences pour dire que la liberté c'est important et répondre à des mails sur des vieilles bécanes sans interface graphique. Dans le mouvement du libre il y a des gens qui écrivent du code, qui écrivent de la doc, qui maintiennent des SI, qui maintiennent des distros, et qui font même du travail mégachiant de reverse engineering que personne d'autre ne veut se coltiner. Juste, ils ne sont pas nombreux et travaillent à la hauteur de leurs moyens.

    Enfin, il ne faut pas oublier non plus que les objectifs des mouvements étant différents, les priorités en terme de projets sont différentes également. Certes les gros contributeurs de l'opensource contribuent beaucoup de code, mais ce code se situe quasi toujours à peu près au même endroit dans la pile logicielle : dans la zone qui va du kernel au programme d'utilisateur final. Parce que le but est de créer plus de code. Les travaux de RE de drivers, de firmwares de composants, de firmwares de périphériques, c'est plutôt du côté du libre qu'on va les trouver. Parce que le but est de créer tout une pile logicielle libre pour l'utilisateur. Pareil pour les travaux de création de plateformes de services légers et décentralisés, souvent dépourvus d'intérêt pour les entreprises, qui préfèrent développer des trucs centralisés et nécessitant de la puissance. Alors on va me répliquer que Google est un gros contributeur de Coreboot, que Nvidia est un gros contributeur de Nouveau...alors, ouais, une fois que le logiciel se développe bien et commence à bien marcher, c'est là que l'opensource se ramène. C'est juste dommage que le "on vient avec nous gros moyens, notre grosse base de contributeurs et nos gros sabots pour vous aider, parce qu'on y trouve un intérêt nous aussi" s'accompagne d'un "haha vous les libristes vous faites presque rien".

    (et la majorité des logiciels GNU sont facilement remplaçables par du BSD, les distros les gardent surtout parce que c'est libre/open source et donc pas gênant), côté création l'open source aide bien plus que le libre...

    Encore une fois ça me saoule que la situation des mouvements opensource et libre parte toujours en un combat de bits de kikicontribue le plus sur la base d'estimations pifométriques. On peut s'associer au moment du libre et aimer BSD, on peut s'associer au mouvement de l'opensource et aimer la GPLv3. Tu trouveras toujours des contre-exemples aux généralités non-incluses dans la définition. D'ailleurs je rappelle que les distros conseillées par la FSF utilisent à la base un kernel non-GNU écrit par un gars qui se réclame de l'opensource et n'aime pas la GPLv3. Et si tu faisais une distro totalement BSD qui correspond aux attentes de la FSF, elle serait incluse dans les distros FSF-approved, c'était d'ailleurs le but du projet LibertyBSD. Et pour rappel il y a déjà une distro non-GNU dans les distros conseillées par la FSF : Replicant.

    *splash!*