Il me semble que dans l'industrie pharma, les brevets sont valables 20 ans; il n'existe pas vraiment de molécules anciennes brevetées.
Le business de l'industrie pharma est un peu malsain, mais pas forcément pour les raisons évoquées d'habitude. Le problème principal de cette industrie est que les coûts de développement d'un nouveau médicament sont assez dingues (on parle en milliards pour le moindre médoc), et ce, malgré les multiples financements et aides des États (par exemple, le fait que la grande partie de la recherche amont soit faite par des labos publics). Ces coûts ne font qu'augmenter, d'une part parce qu'il est de plus en plus dur de trouver de nouveaux médocs, et d'autre part parce que la société est de plus en plus regardante sur la qualité et les conditions des essais cliniques, ainsi que sur les preuves de l'efficacité. Comme c'est une industrie, forcément, il faut que tout cela soit rentable, et comme le "marché" est un peu spécial (on ne peut vendre un médoc qu'à des gens malades, problèmes éthiques quand on vend trop cher même si c'est le prix coûtant, démarchage de médecins et entrisme dans les facs de médecine, prix fixés par négociation avec les assurances privées et publiques...), les prix ne sont pas vraiment soumis à l'offre et à la demande ou aux règles habituelles de la concurrence. En fait, ça fonctionne pour les molécules dans le domaine public et très utilisées (paracétamol...), mais quand on passe à des maladies rares, à des traitements individualisés, à des molécules nouvelles, à des applications nouvelles d'une molécule ancienne, etc., toute stratégie commerciale devient douteuse, et on en vient à soupçonner les industriels de vouloir trop vendre leur camelotte, comme si on pouvait en attendre autre chose...
À l'heure actuelle, l'industrie pharma ne développe plus grand chose, parce que ça leur revient trop cher, c'est trop incertain, c'est trop difficile, et c'est peu rentable. Il est de bon ton de tout leur reprocher à la fois, mais c'est absurde, il faut se rendre à l'évidence que les demandes de la société ne sont pas compatibles avec la viabilité économique de ces entreprises.
Par exemple, un des arguments préférés des anti-vax seraient que big pharma pousse pour rendre obligatoire des vaccins inutiles et/ou dangereux. Il suffit d'une calculatrice pour estimer le profit par pays sur la vente d'un vaccin à quelques euros, et se rendre compte que les vaccins obligatoires ne contribuent au CA du groupe que de l'ordre du dixième de %... D'ailleurs, aucune boîte d'accepte plus de produire les vaccins trivalents de base, ce qui prouve que le tarif sécu est sous leur seuil de rentabilité.
Finalement, le système serait probablement beaucoup plus sain si les industriels n'étaient plus que des fabricants de médocs dont les licences appartiendraient aux États, mais on en est loin : d'une part, les États ne veulent absolument pas assumer les coûts astronomiques de la mise sur le marché des médicaments (un médicament par an en France, ça serait plusieurs fois le budget de l'INSERM!), mais en plus, quand un labo public français possède un brevet rentable, sa première préoccupation est de le «valoriser», c'est à dire de faire payer un maximum de royalties aux acteurs privés français et étrangers de manière à se financer! On pourrait être presque sûrs qu'une transition vers un tel système entraîntenait l'arrêt total de la production de nouveaux médocs.
Bref, si on veut des vaccins covid19 efficaces rapidement, le meilleur moyen est probablement de promettre à big pharma un paquet de fric au premier qui y arrivera. Ça va certes coûter de l'argent à la sécu, mais probablement beaucoup moins que s'il avait fallu financer le développement des vaccins par des labos publics qui n'ont pas l'expérience, les compétences, et les budgets pour le faire.
[^] # Re: c'e'st déjà un peu le cas
Posté par arnaudus . En réponse au journal pourquoi pas: vaccin libre/opensource. Évalué à 10.
Il me semble que dans l'industrie pharma, les brevets sont valables 20 ans; il n'existe pas vraiment de molécules anciennes brevetées.
Le business de l'industrie pharma est un peu malsain, mais pas forcément pour les raisons évoquées d'habitude. Le problème principal de cette industrie est que les coûts de développement d'un nouveau médicament sont assez dingues (on parle en milliards pour le moindre médoc), et ce, malgré les multiples financements et aides des États (par exemple, le fait que la grande partie de la recherche amont soit faite par des labos publics). Ces coûts ne font qu'augmenter, d'une part parce qu'il est de plus en plus dur de trouver de nouveaux médocs, et d'autre part parce que la société est de plus en plus regardante sur la qualité et les conditions des essais cliniques, ainsi que sur les preuves de l'efficacité. Comme c'est une industrie, forcément, il faut que tout cela soit rentable, et comme le "marché" est un peu spécial (on ne peut vendre un médoc qu'à des gens malades, problèmes éthiques quand on vend trop cher même si c'est le prix coûtant, démarchage de médecins et entrisme dans les facs de médecine, prix fixés par négociation avec les assurances privées et publiques...), les prix ne sont pas vraiment soumis à l'offre et à la demande ou aux règles habituelles de la concurrence. En fait, ça fonctionne pour les molécules dans le domaine public et très utilisées (paracétamol...), mais quand on passe à des maladies rares, à des traitements individualisés, à des molécules nouvelles, à des applications nouvelles d'une molécule ancienne, etc., toute stratégie commerciale devient douteuse, et on en vient à soupçonner les industriels de vouloir trop vendre leur camelotte, comme si on pouvait en attendre autre chose...
À l'heure actuelle, l'industrie pharma ne développe plus grand chose, parce que ça leur revient trop cher, c'est trop incertain, c'est trop difficile, et c'est peu rentable. Il est de bon ton de tout leur reprocher à la fois, mais c'est absurde, il faut se rendre à l'évidence que les demandes de la société ne sont pas compatibles avec la viabilité économique de ces entreprises.
Par exemple, un des arguments préférés des anti-vax seraient que big pharma pousse pour rendre obligatoire des vaccins inutiles et/ou dangereux. Il suffit d'une calculatrice pour estimer le profit par pays sur la vente d'un vaccin à quelques euros, et se rendre compte que les vaccins obligatoires ne contribuent au CA du groupe que de l'ordre du dixième de %... D'ailleurs, aucune boîte d'accepte plus de produire les vaccins trivalents de base, ce qui prouve que le tarif sécu est sous leur seuil de rentabilité.
Finalement, le système serait probablement beaucoup plus sain si les industriels n'étaient plus que des fabricants de médocs dont les licences appartiendraient aux États, mais on en est loin : d'une part, les États ne veulent absolument pas assumer les coûts astronomiques de la mise sur le marché des médicaments (un médicament par an en France, ça serait plusieurs fois le budget de l'INSERM!), mais en plus, quand un labo public français possède un brevet rentable, sa première préoccupation est de le «valoriser», c'est à dire de faire payer un maximum de royalties aux acteurs privés français et étrangers de manière à se financer! On pourrait être presque sûrs qu'une transition vers un tel système entraîntenait l'arrêt total de la production de nouveaux médocs.
Bref, si on veut des vaccins covid19 efficaces rapidement, le meilleur moyen est probablement de promettre à big pharma un paquet de fric au premier qui y arrivera. Ça va certes coûter de l'argent à la sécu, mais probablement beaucoup moins que s'il avait fallu financer le développement des vaccins par des labos publics qui n'ont pas l'expérience, les compétences, et les budgets pour le faire.