Tu rigoles parce que c'est un exemple "comique" (mais vrai!) qui a fait sensation, mais c'est pourtant un bon exemple. Celui-ci est juste extrême, néanmoins les évolutions de tableau, parfois d'un peintre à l'autre, existent. Tiens, à l'expo Léonard de Vinci au Louvre (d'y a quelques mois), je me souviens d'un tableau exposé (faudrait que je retrouve le catalogue) où il était écrit que l'acheteur l'avait retouché à sa façon. Ça se fait depuis des siècles de retoucher des tableau d'autrui.
Et puis même en dehors de retouches, la restauration d'œuvres est un sujet super controversé. On pourrait croire que c'est juste technique et que cela ne peut donc pas être considéré comme "travailler à nouveau sur une œuvre", or ce n'est absolument pas si simple. Il y a aussi tout un travail de réflexion, artistique, voire d'interprétation. Certaines "écoles" vont considérer qu'il faut juste faire le strict minimum pour protéger l'œuvre afin qu'elle ne s'abîme pas davantage, mais d'autre vont essayer de lui faire retrouver sa "splendeur d'origine", ce qui implique de retoucher les couleurs par exemple (et donc de "deviner" les couleurs d'origine, ce qui — soyons clair — même avec des études chimiques n'est pas donné, il y a forcément interprétation et jeu de devinette), voire faire le choix de faire disparaître des couches plus récentes pour récupérer une plus ancienne version, redessiner (parfois de grosses portions quand l'œuvre est vraiment abîmée). Enfin bon, la restauration est un sujet chaud et même en dehors de l'exemple très marrant du Christ espagnol, même les restaurations bien faites amènent leur lot de discussion très animée sur ce qui relève d'une continuation de l'œuvre (et pas juste d'un acte technique de protection de celle-ci) et donc par conséquent de si c'est une bonne chose, surtout quand il s'agit d'œuvres très connues et de grande valeur. Cela peut aussi amener des questions de droits d'auteur comme l'article que tu lies le montre bien. C'est donc un excellent exemple (simplement en version plus extrême de quelque chose qui se passe plus subtilement tout le temps pour d'autres œuvres), et pas juste une blague.
Sinon de manière générale, nombre de peintures sont restées dans les ateliers de peintres jusqu'à leur mort et ils les retouchaient au fur et à mesure au fil des ans (c'est à dire qu'ils revenaient régulièrement sur leurs tableaux). La seule raison pour laquelle certains tableaux ne sont plus touchés, c'est parce qu'il faut bien vivre et donc se séparer de ses œuvres (ventes, commandes, etc.). Certains médiums sont bien sûr plus propices à la retouche que d'autres.
Toute personne qui va dans un musée ou des expositions a forcément vu plein d'exemples de ces œuvres qui ont mis 10 ans, 20 ans, ou une vie entière, et qui souvent n'étaient même pas considérés comme "finis" à la mort de l'artiste. Ce n'est pas du tout exceptionnel.
De même pour les films, je pense que les exemples ne manquent pas de "version du réalisateur" (Director's Cut) pour indiquer une seconde version avec des choix de montage différent (la version initialement sortie ayant aussi le producteur et distributeur dans la boucle ce qui amène à une version finale différente). Sans compter les versions refaites des année après, etc.
Ce n'est absolument pas des "exceptions" mais des occurrences extrêmement fréquentes. La seule raison pour laquelle ce n'est pas constamment le cas est d'une part une raison économique (encore une fois). Ressortir un film coûte de l'argent et forcément les gens veulent éviter de le faire à perte. Ce n'est même pas juste au sujet de ne pas perdre d'argent, mais aussi le temps passé à faire cette nouvelle version, c'est du temps non passé sur un nouveau projet qui ramènerait peut-être beaucoup d'argent. Donc ce n'est pas donné à tous de pouvoir se permettre cela.
Ensuite bien entendu, ce type d'évolution n'est donné qu'aux films soit à très gros succès donc (i.e. c'est rentable), soit aux films sur lesquels on a vraiment mis son cœur. Il est évident qu'une grande partie des films sortis tous les ans sont exclusivement des "food jobs", dont les réalisateurs/producteurs se fichent et une fois sortis, ils oublient et passent au suivant. Attention ce n'est pas une critique, on ne demande pas à tous de forcément être passionnés. Voire souvent on ne peut pas se le permettre (c'est à dire que si on n'arrive pas à vivre des sujets qui nous passionnent, faut bien à un moment donné accepter un projet juste pour manger). Notons d'ailleurs que c'est aussi vrai pour nombre de tableaux (ou autres œuvres "beaux arts"), c'est à dire que je parlais plus haut d'œuvres sur lesquelles les auteurs ont travaillé une vie entière, mais ça ne veut bien sûr pas dire qu'il y a pas aussi foultitudes d'œuvres qui ont été juste faites et oubliées car il faut bien vivre. D'ailleurs ça dépend vraiment des auteurs. Certains peintres ont été très peu prolifiques (tiens je parlais de Léonard de Vinci; il est connu pour ne pas avoir fait tellement de peintures de son vivant, un peu plus d'une vingtaine de mémoire) alors que d'autres sont connus pour être des usines qui sortaient les œuvres à la chaîne, et il est donc possible qu'ils se foutaient de leurs œuvres précédentes comme de leurs vieilles chaussettes et n'aurait aucune intention d'en retoucher une (le nom qui me vient à l'esprit immédiatement est Picasso, qui a produit un nombre d'œuvres incommensurables, à tel point que je trouve cela un peu absurde personnellement).
Donc bien sûr, il n'y a pas de règles sur le fait qu'une œuvre soit ou non finie. Pour certains artistes, oui c'est sûr. Ils font et oublient. Mais pour énormément d'autres, affirmer cela de manière fermée, de but en blanc comme une règle universelle, est juste faux. Toute œuvre, films compris, est potentiellement non-finie et peut tout à fait évoluer un jour. Il n'y a pas de règles qui dit qu'elle est finie un jour.
Voili voilà. :-)
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]
[^] # Re: open-green-washing
Posté par Jehan (site web personnel, Mastodon) . En réponse au journal «Logiciel libre : une affaire sérieuse» en streaming. Évalué à 10.
Tu rigoles parce que c'est un exemple "comique" (mais vrai!) qui a fait sensation, mais c'est pourtant un bon exemple. Celui-ci est juste extrême, néanmoins les évolutions de tableau, parfois d'un peintre à l'autre, existent. Tiens, à l'expo Léonard de Vinci au Louvre (d'y a quelques mois), je me souviens d'un tableau exposé (faudrait que je retrouve le catalogue) où il était écrit que l'acheteur l'avait retouché à sa façon. Ça se fait depuis des siècles de retoucher des tableau d'autrui.
Et puis même en dehors de retouches, la restauration d'œuvres est un sujet super controversé. On pourrait croire que c'est juste technique et que cela ne peut donc pas être considéré comme "travailler à nouveau sur une œuvre", or ce n'est absolument pas si simple. Il y a aussi tout un travail de réflexion, artistique, voire d'interprétation. Certaines "écoles" vont considérer qu'il faut juste faire le strict minimum pour protéger l'œuvre afin qu'elle ne s'abîme pas davantage, mais d'autre vont essayer de lui faire retrouver sa "splendeur d'origine", ce qui implique de retoucher les couleurs par exemple (et donc de "deviner" les couleurs d'origine, ce qui — soyons clair — même avec des études chimiques n'est pas donné, il y a forcément interprétation et jeu de devinette), voire faire le choix de faire disparaître des couches plus récentes pour récupérer une plus ancienne version, redessiner (parfois de grosses portions quand l'œuvre est vraiment abîmée). Enfin bon, la restauration est un sujet chaud et même en dehors de l'exemple très marrant du Christ espagnol, même les restaurations bien faites amènent leur lot de discussion très animée sur ce qui relève d'une continuation de l'œuvre (et pas juste d'un acte technique de protection de celle-ci) et donc par conséquent de si c'est une bonne chose, surtout quand il s'agit d'œuvres très connues et de grande valeur. Cela peut aussi amener des questions de droits d'auteur comme l'article que tu lies le montre bien. C'est donc un excellent exemple (simplement en version plus extrême de quelque chose qui se passe plus subtilement tout le temps pour d'autres œuvres), et pas juste une blague.
Sinon de manière générale, nombre de peintures sont restées dans les ateliers de peintres jusqu'à leur mort et ils les retouchaient au fur et à mesure au fil des ans (c'est à dire qu'ils revenaient régulièrement sur leurs tableaux). La seule raison pour laquelle certains tableaux ne sont plus touchés, c'est parce qu'il faut bien vivre et donc se séparer de ses œuvres (ventes, commandes, etc.). Certains médiums sont bien sûr plus propices à la retouche que d'autres.
Toute personne qui va dans un musée ou des expositions a forcément vu plein d'exemples de ces œuvres qui ont mis 10 ans, 20 ans, ou une vie entière, et qui souvent n'étaient même pas considérés comme "finis" à la mort de l'artiste. Ce n'est pas du tout exceptionnel.
De même pour les films, je pense que les exemples ne manquent pas de "version du réalisateur" (Director's Cut) pour indiquer une seconde version avec des choix de montage différent (la version initialement sortie ayant aussi le producteur et distributeur dans la boucle ce qui amène à une version finale différente). Sans compter les versions refaites des année après, etc.
Ce n'est absolument pas des "exceptions" mais des occurrences extrêmement fréquentes. La seule raison pour laquelle ce n'est pas constamment le cas est d'une part une raison économique (encore une fois). Ressortir un film coûte de l'argent et forcément les gens veulent éviter de le faire à perte. Ce n'est même pas juste au sujet de ne pas perdre d'argent, mais aussi le temps passé à faire cette nouvelle version, c'est du temps non passé sur un nouveau projet qui ramènerait peut-être beaucoup d'argent. Donc ce n'est pas donné à tous de pouvoir se permettre cela.
Ensuite bien entendu, ce type d'évolution n'est donné qu'aux films soit à très gros succès donc (i.e. c'est rentable), soit aux films sur lesquels on a vraiment mis son cœur. Il est évident qu'une grande partie des films sortis tous les ans sont exclusivement des "food jobs", dont les réalisateurs/producteurs se fichent et une fois sortis, ils oublient et passent au suivant. Attention ce n'est pas une critique, on ne demande pas à tous de forcément être passionnés. Voire souvent on ne peut pas se le permettre (c'est à dire que si on n'arrive pas à vivre des sujets qui nous passionnent, faut bien à un moment donné accepter un projet juste pour manger). Notons d'ailleurs que c'est aussi vrai pour nombre de tableaux (ou autres œuvres "beaux arts"), c'est à dire que je parlais plus haut d'œuvres sur lesquelles les auteurs ont travaillé une vie entière, mais ça ne veut bien sûr pas dire qu'il y a pas aussi foultitudes d'œuvres qui ont été juste faites et oubliées car il faut bien vivre. D'ailleurs ça dépend vraiment des auteurs. Certains peintres ont été très peu prolifiques (tiens je parlais de Léonard de Vinci; il est connu pour ne pas avoir fait tellement de peintures de son vivant, un peu plus d'une vingtaine de mémoire) alors que d'autres sont connus pour être des usines qui sortaient les œuvres à la chaîne, et il est donc possible qu'ils se foutaient de leurs œuvres précédentes comme de leurs vieilles chaussettes et n'aurait aucune intention d'en retoucher une (le nom qui me vient à l'esprit immédiatement est Picasso, qui a produit un nombre d'œuvres incommensurables, à tel point que je trouve cela un peu absurde personnellement).
Donc bien sûr, il n'y a pas de règles sur le fait qu'une œuvre soit ou non finie. Pour certains artistes, oui c'est sûr. Ils font et oublient. Mais pour énormément d'autres, affirmer cela de manière fermée, de but en blanc comme une règle universelle, est juste faux. Toute œuvre, films compris, est potentiellement non-finie et peut tout à fait évoluer un jour. Il n'y a pas de règles qui dit qu'elle est finie un jour.
Voili voilà. :-)
Film d'animation libre en CC by-sa/Art Libre, fait avec GIMP et autre logiciels libres: ZeMarmot [ http://film.zemarmot.net ]