• [^] # Re: Bah si

    Posté par . En réponse au journal Covid 19 - un traçage organisé par le monde du libre ?. Évalué à 3.

    je serais d'ailleurs curieux de ce que Kant aurait à dire sur le sujet

    Littéralement parlant, il n'a plus grand chose à dire sur le sujet, étant mort depuis plus de 200 ans. Mais, plus sérieusement, tu es curieux de savoir ce qu'il a dit sur quel sujet ? La tyrannie de groupe ? La première chose qui me vient à l'esprit est qu'il considérait la démocratie comme une forme de gouvernement despotique, mais ce qu'il entendait sous ce terme correspond plus à ce que nous entendons par démocratie directe et non les systèmes représentatifs (dont il était partisan) :

    Pour que l’on ne confonde pas (comme on le fait communément) la constitution républicaine avec la démocratique, je dois faire les remarques suivantes. Les formes d’un État (civitas) peuvent être divisées, soit d’après la différence des personnes qui jouissent du souverain pouvoir, soit d’après la manière dont le peuple est gouverné par son souverain, quel qu’il soit. La première est proprement la forme de la souveraineté (forma imperii), et il ne peut y en avoir que trois : en effet, ou bien un seul, ou bien quelques-uns unis entre eux, ou bien tous ceux ensemble qui constituent la société civile possèdent le souverain pouvoir (autocratie, aristocratie et démocratie, pouvoir du prince, pouvoir de la noblesse et pouvoir du peuple). La seconde est la forme du gouvernement (forma regiminis) ; elle concerne le mode, fondé sur la constitution (sur l’acte de la volonté générale, qui fait d’une multitude un peuple), suivant lequel l’État fait usage de sa souveraine puissance, et elle est sous ce rapport ou républicaine ou despotique. Le républicanisme est le principe politique de la séparation du pouvoir exécutif (du gouvernement) et du pouvoir législatif ; le despotisme est le gouvernement où le chef de l’État exécute arbitrairement les lois qu’il s’est données à lui-même, et où par conséquent il substitue sa volonté particulière à la volonté publique. — Parmi les trois formes politiques, indiquées plus haut, celle de la démocratie, dans le sens propre de ce mot, est nécessairement un despotisme, puisqu’elle établit un pouvoir exécutif, où tous décident sur et même contre un seul (qui ne donne pas son assentiment), et où par conséquent la volonté de tous n'est pas celle de tous, ce qui est une contradiction de la volonté générale avec elle-même et avec la liberté.

    Kant, Traité de paix perpétuel

    Le texte complet est sur wikisource (mis en forme par zeroheure et moi-même ;-).

    Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des Lumières.