• # Responsabilité aux médecins

    Posté par . En réponse au journal Le gouvernement français autorise la prescription de l'hydroxychloroquine en traitement du COVID-19. Évalué à 7.

    Au final, ce décret remet aux médecins de décider de prescrire ou pas ce médoc, ce qui aurait toujours dû être le cas. Ça ne veut pas dire du tout que tous les patients vont être traités, et j'imagine qu'au vu du manque de preuves d'efficacité, il n'y a pas vraiment d'indication pour ce traitement.

    Sur le fond, le papier de Didier Raoult ne vaut rien : non seulement l'étude est bancale, mais en plus les données sont traitées de manière plus que limite (voire frauduleuse). Scientifiquement, c'est comme si elle n'existait pas. Quand on sait que les autres études existantes ne montrent pas d'effet significatif, il semble assez sain de partir du principe que l'hydroxychloroquine n'est probablement pas un traitement de première intention pour le Covid-19. Bien sûr, de nouvelles données pourraient changer la donne, mais il est irrationnel à l'heure actuelle d'avoir un autre avis.

    Quelques «trucs» pour la route :

    1. La médecine (au moins la partie de la médecine basée sur une approche scientifique) repose sur des protocoles et des procédures strictes, pas sur des intuitions ou des coups de gueule. Dr House n'est pas un documentaire sur les pratiques hospitalières, c'est une série de fiction.

    2. Il n'a jamais été ni ne sera jamais pertinent d'impliquer le grand public dans des décisions médicales. La situation actuelle est totalement ridicule, les gens réclament un traitement expérimental à leur médecins, alors que ça pourrait mettre leur vie en danger.

    3. Indépendamment de l'histoire de la chloroquine, le Dr Raoult n'a pas du tout la bonne réputation que certains semblent lui prêter. Il a en effet eu beaucoup de problèmes avec sa hiérarchie et ses collègues, mais mettre ça sur le compte de la jalousie ou des conflits d'intérêts est une réécriture de l'histoire : ses problèmes sont principalement dûs à des manquements à l'éthique et à la déontologie.

    4. Jusqu'avant l'histoire de la chloroquine, Didier Raoult était connu pour s'être complètement planté sur l'importance du Covid-19; il avait prétendu que c'était une grippette, que tout le monde en faisait trop, etc. Pour un infectiologue expert mondial, ça la fout mal. Les psychologues parmi vous pourraient peut-être trouver le nom du phénomène qui pourrait expliquer pourquoi, dans ce contexte, il est si important pour lui qu'il existe un médicament magique contre la maladie—tellement important que ça vaille le coup de bidouiller une étude médicale.