Je vais essayer de faire plus court, car de toute façon je ne réponds que partiellement à ton propos et que tu me contredis sur les points que je n’aborde pas. Je reviens donc uniquement sur ce à quoi je n’avais pas réagi.
Quand je dis que l’article semble avoir été écrit « par des artistes (ou des esthètes) convaincus de faire mieux que du logiciel », c’est en écho à « une œuvre d'art sans message n'est plus une œuvre d'art » qui montre une vision très fantasmée de ce qu’est l’art en pratique.
Est-ce que les derniers blockbusters Marvel ont un message à faire passer, ou jouent un rôle utilitaire de distraction, comme peuvent l’être des logiciels simples comme les casse-têtes de Simon Tatham qui n’ont aucune prétention artistique ? Cette question est difficile à trancher sans une vision élitiste de l’art, ou qui en tout cas ne fere pas l’unanimité.
Tu peux facilement trouver "benchmark desktop environment", jamais "benchmark œuvres d'art".
Ça ne s’appelle pas benchmark, mais la critique est un exercice plus qu’omniprésent pour toutes les formes d’art. Et si elle s’appuie sur des jugements subjectifs, elle a aussi des mesures objectives. La réalisation d’un film, le composition d’un tableau, la maîtrise du pinceau ou de l’archet, la richesse de l’harmonie sont tous comparables objectivement. Ensuite, si une œuvre plaît subjectivement, c’est proche de si un logiciel plaît ou non. Utilisateur de Claws, ce n’est pas parce-que sa liste de plugins m’époustoufle que je l’apprécie, et bien que je puisse trouver des critiques objectives quand j’essaye Thunderbird, mon appréciation générale dépasse la somme de toutes ces critiques. De même que quand je sors d’une projection de cinéma ou d’un expo de photo, selon qu’elle m’a plu ou non, je trouverai tout un tas d’éloges ou de critiques sur le cadrage, la couleur, la composition que je saurai justifier objectivement mais qui ne seront jamais que des éléments parmi un ensemble subjectif qu’est mon impression générale.
Si quelqu'un me dit "cette œuvre d'art est laide", c'est subjectif, une autre personne peut la trouver belle sans que ce soit faux.
Et une troisième personne peut aussi penser que le message qu’elle transmet sera plus clair, ou mieux mis en valeur ou plus subtil si l’on retravaille la palette de couleur d’un tableau, que l’on remplace la ligne de basse d’un morceau de musique, que l’on reprend le montage d’une séquence de dialogue filmé. Il n’est pas question de vrai de ou de faux, quand Miles Davis ou Sydney Bechet jouent un standard de jazz, comme ce sont de vrais artistes, tout le monde s’accordera à dire qu’ils font deux œuvres indépendantes et complètes. Quand c’est le groupe jazz des ados d’une MJC, on admettra facilement que la canard du clarinettiste pendant son impro aurai dû être évité, que la trompette mal accordée était un effet de style dont on aurait pu se passer. Mais en vrai, elle est où la limite ? Qui décide de quelle œuvre est complète et serait dénaturée et qui décide qu’elle bénéficierait d’un processus itératif d’amélioration ? Et si je trouve que Miles Davis n’a pas été très bon lors de tel concert ou de tel enregistrement ?
Par contre, ça ne marche pas pour l'art. Tout ce que tu peux dire, c'est "je préfère celui là".
Ou, « vraiment ce compositeur ne connaît rien à l’harmonie », ou « ce photographe ne semble pas avoir les moyens de se payer un objectif correct ».
Après tout un auteur de logiciel peut considérer que de modifier son logiciel dénature son travail, et que son logiciel est sans manque ni défaut et ne doit plus être touché. Ça arrive, mais rarement, du coup ça passe pour de l’orgueil. C’est d’ailleurs pour ça que quand je lis le même argument de la part d’artiste, je l’interprète aussi comme de l’orgueil : ils font « mieux que du logiciel ».
L’art ne fait pas moins que le logiciel, si l’on accepte que passer un message est une vocation utilitaire de l’art comme mettre en forme un courrier peut-être celle d’un traitement de texte, alors on peut trouver que le message et sa transmission sont effectivement des critères améliorables, et il n’y a pas plus de raison dans l’art de limiter la prolifération de travaux dérivés et/ou détournés que dans le logiciel.
[^] # Re: Bravo
Posté par jyes . En réponse au journal Un site libre pour de l’art libre : Un Renard en Corée. Évalué à 4. Dernière modification le 05 février 2020 à 14:11.
Je vais essayer de faire plus court, car de toute façon je ne réponds que partiellement à ton propos et que tu me contredis sur les points que je n’aborde pas. Je reviens donc uniquement sur ce à quoi je n’avais pas réagi.
Quand je dis que l’article semble avoir été écrit « par des artistes (ou des esthètes) convaincus de faire mieux que du logiciel », c’est en écho à « une œuvre d'art sans message n'est plus une œuvre d'art » qui montre une vision très fantasmée de ce qu’est l’art en pratique.
Est-ce que les derniers blockbusters Marvel ont un message à faire passer, ou jouent un rôle utilitaire de distraction, comme peuvent l’être des logiciels simples comme les casse-têtes de Simon Tatham qui n’ont aucune prétention artistique ? Cette question est difficile à trancher sans une vision élitiste de l’art, ou qui en tout cas ne fere pas l’unanimité.
Ça ne s’appelle pas benchmark, mais la critique est un exercice plus qu’omniprésent pour toutes les formes d’art. Et si elle s’appuie sur des jugements subjectifs, elle a aussi des mesures objectives. La réalisation d’un film, le composition d’un tableau, la maîtrise du pinceau ou de l’archet, la richesse de l’harmonie sont tous comparables objectivement. Ensuite, si une œuvre plaît subjectivement, c’est proche de si un logiciel plaît ou non. Utilisateur de Claws, ce n’est pas parce-que sa liste de plugins m’époustoufle que je l’apprécie, et bien que je puisse trouver des critiques objectives quand j’essaye Thunderbird, mon appréciation générale dépasse la somme de toutes ces critiques. De même que quand je sors d’une projection de cinéma ou d’un expo de photo, selon qu’elle m’a plu ou non, je trouverai tout un tas d’éloges ou de critiques sur le cadrage, la couleur, la composition que je saurai justifier objectivement mais qui ne seront jamais que des éléments parmi un ensemble subjectif qu’est mon impression générale.
Et une troisième personne peut aussi penser que le message qu’elle transmet sera plus clair, ou mieux mis en valeur ou plus subtil si l’on retravaille la palette de couleur d’un tableau, que l’on remplace la ligne de basse d’un morceau de musique, que l’on reprend le montage d’une séquence de dialogue filmé. Il n’est pas question de vrai de ou de faux, quand Miles Davis ou Sydney Bechet jouent un standard de jazz, comme ce sont de vrais artistes, tout le monde s’accordera à dire qu’ils font deux œuvres indépendantes et complètes. Quand c’est le groupe jazz des ados d’une MJC, on admettra facilement que la canard du clarinettiste pendant son impro aurai dû être évité, que la trompette mal accordée était un effet de style dont on aurait pu se passer. Mais en vrai, elle est où la limite ? Qui décide de quelle œuvre est complète et serait dénaturée et qui décide qu’elle bénéficierait d’un processus itératif d’amélioration ? Et si je trouve que Miles Davis n’a pas été très bon lors de tel concert ou de tel enregistrement ?
Ou, « vraiment ce compositeur ne connaît rien à l’harmonie », ou « ce photographe ne semble pas avoir les moyens de se payer un objectif correct ».
Après tout un auteur de logiciel peut considérer que de modifier son logiciel dénature son travail, et que son logiciel est sans manque ni défaut et ne doit plus être touché. Ça arrive, mais rarement, du coup ça passe pour de l’orgueil. C’est d’ailleurs pour ça que quand je lis le même argument de la part d’artiste, je l’interprète aussi comme de l’orgueil : ils font « mieux que du logiciel ».
L’art ne fait pas moins que le logiciel, si l’on accepte que passer un message est une vocation utilitaire de l’art comme mettre en forme un courrier peut-être celle d’un traitement de texte, alors on peut trouver que le message et sa transmission sont effectivement des critères améliorables, et il n’y a pas plus de raison dans l’art de limiter la prolifération de travaux dérivés et/ou détournés que dans le logiciel.
Je voulais faire plus court... raté !