• [^] # Re: Difficultés de lecture et découverte d'extension

    Posté par (site web personnel) . En réponse au journal S'acheter son logement avec le salaire d'un expert C++ (ou autre techno). Évalué à 3.

    Disons que le "neutre" masculin s'intériorise et se normalise à force de le pratiquer (comme l'inclusif le déconstruit et le rend moins fluide). J'ai un souvenir assez net de cette période de l'école où j'apprenais la grammaire et la conjugaison, et où ça m'énervait qu'à partir du moment où un masculin traînait dans les propositions, je devais, en tant que personne genrée au féminin, ne plus être visible. J'ai résolu ce conflit interne en me disant que je serais au masculin quand j'aurais besoin qu'on me voit et m'entende ; on ne peut pas dire que mes instituteurs aient compris la démarche au vu des corrections sur mes devoirs ! Je ne prétends pas faire partie de la norme, mais cette règle m'a vraiment fait souffrir, jusqu'à ce que j'arrive péniblement à l'intérioriser. Maintenant pour savoir si c'est le genre d'expérience minoritaire ou majoritaire, ça serait intéressant de faire une étude auprès des enfants entre 7 et 10 ans (quand ils en sont encore à intégrer ces règles), pour voir s'ils interprètent ça au masculin strict ou s'ils ont conscience de cette notion de neutre masculin. Et pour voir comment progresse l'idée que les femmes ne comptent pas et peuvent être invisibles sans que ça pose souci. Là dessus, il est évident que la règle de grammaire n'est pas la seule en cause, mais ça fait partie de tous ces petits signes qu'on reçoit, enfant, suivant qu'on aie été genré au féminin ou au masculin, et qui finissent par peser jusqu'à devenir normaux.

    C'est un peu ce que je ressens aussi quand je lis

    Moi, même si effectivement, avec un masculin neutre, j'ai parfois tendance à m'imaginer plutôt un homme qu'une femme, je « sais » en fonction du contexte, et de manière assez naturelle, si on parle strictement d'un homme ou si c'est neutre.

    J'interprète ça comme "il y a des rôles féminins, et des rôles masculins". Je vois bien que les "parents d'élèves" (neutre masculin) vont être compris comme "les mamans", tandis que "les bricoleurs" seront vu comme des hommes, que le "personnel d'entretien" ne sera pas imaginé avec la même proportion de genre que "les chercheurs".

    Le problème, c'est qu'il y a forcément des biais dans ces interprétations du langage. J'en ai à cause du genre dans lequel j'ai été éduquée, du milieu dans lequel j'ai grandi, et je sais que mes interlocuteurs en auront aussi suivant leur propre expérience de vie... Et il me semble que certains de ces biais partagés sont intéressants à remettre en question, surtout quand on a le beau rôle grâce à eux (et ça concerne les hommes comme les femmes : il y a des domaines où les femmes ont des privilèges par rapport aux hommes et c'est important de chercher à déconstruire ça aussi). Mais c'est forcément inconfortable, et il y a des moments où on a juste envie de ne pas se poser de questions, ce qui est compréhensible aussi.