Le modèle économique aussi. Youtube rémunère les auteurs de vidéos populaires, ce qui n'est possible / rentable que par la centralisation. Je ne vois pas comment un tel modèle serait possible en décentralisé (c'est même probablement impossible d'avoir des stats fiables sur le nombre de visionnage avec PeerTube...).
Sans vouloir jouer l'avocat du diable, j'ai aussi l'impression qu'une partie de la centralisation (typiquement, pour les emails grand public) est due au manque de résilience des protocoles internet aux attaques et détournement (typiquement, spam). Quelque part, il semble que SMTP a été conçu sans même un embryon de sécurité, ce qui oblige les serveurs mails à assurer de leur côté la protection de leur utilisateurs, de manière complètement indépendante et à leurs frais. Ça encourage clairement à la centralisation (le coût du maintien des logiciels et des whitelists n'est pas proportionnel au nombre d'utilisateurs) et à l'exclusion des "petits".
C'est un peu la même chose pour HTML et Javascripts; les protocoles rendent beaucoup de choses possibles, c'est une porte grande ouverte à tous ceux qui veulent abuser. La fragmentation du web, c'est aussi les sites qui ne fonctionnent pas sous tel ou tel navigateur ou avec tel ou tel bloqueur de pubs ou de scripts, et ça, ça ne serait pas nécessaire si dès le début Internet avait été conçu dans le souci de protection des utilisateurs. La neutralité et la décentralisation, dans les faits, ont bien plus profité aux arnaqueurs, aux crackers, aux publicitaires et aux blanchisseurs de pognon qu'aux opposants politiques. Même genre de raisonnement que pour Tor ou pour Bitcoin: est-ce qu'une utilisation légimite marginale justifie l'existence d'un outil utilisé majoritairement à des fins illégales/immorales/criminelles? Tout le monde n'est pas libertarien, et il ne faut pas s'étonner de la réaction liberticide des acteurs économiques (les GAFAM) et politiques (les États).
Donc, voila mon pavé dans la mare : la fragmentation est principalement due à la mauvaise conception technique et politique des protocoles internet. Il y a eu un temps pour la liberté, mais les tenants de cette liberté n'ont pas trouvé (ou n'ont pas voulu trouver) les moyens de protéger les autres acteurs, qu'ils soient forts (États et grandes entreprises) ou faibles (les particuliers). Cette faillite est maintenant actée, et c'est les forts qui prennent le pouvoir. Les faibles ne seront toujours pas protégés, évidemment, mais les forts le seront. Malheureusement, il n'y a rien à regretter : le seul "paradis" perdu, c'est le monde imaginaire créé à la mesure de quelques milliers de hackeurs/crackers en dépit de toute logique sociale, économique et politique. La technique ne permet pas de s'affranchir de la société, et quand elle est assez forte pour donner le change, la société a les moyens de la faire plier (et c'est tant mieux, je n'aimerais pas vivre dans un monde où il existerait des moyens infaillibles d'échapper aux règles communes).
[^] # Re: Pourquoi le craindre ?
Posté par arnaudus . En réponse au sondage Craindre la balkanisation du Web.... Évalué à 6.
Le modèle économique aussi. Youtube rémunère les auteurs de vidéos populaires, ce qui n'est possible / rentable que par la centralisation. Je ne vois pas comment un tel modèle serait possible en décentralisé (c'est même probablement impossible d'avoir des stats fiables sur le nombre de visionnage avec PeerTube...).
Sans vouloir jouer l'avocat du diable, j'ai aussi l'impression qu'une partie de la centralisation (typiquement, pour les emails grand public) est due au manque de résilience des protocoles internet aux attaques et détournement (typiquement, spam). Quelque part, il semble que SMTP a été conçu sans même un embryon de sécurité, ce qui oblige les serveurs mails à assurer de leur côté la protection de leur utilisateurs, de manière complètement indépendante et à leurs frais. Ça encourage clairement à la centralisation (le coût du maintien des logiciels et des whitelists n'est pas proportionnel au nombre d'utilisateurs) et à l'exclusion des "petits".
C'est un peu la même chose pour HTML et Javascripts; les protocoles rendent beaucoup de choses possibles, c'est une porte grande ouverte à tous ceux qui veulent abuser. La fragmentation du web, c'est aussi les sites qui ne fonctionnent pas sous tel ou tel navigateur ou avec tel ou tel bloqueur de pubs ou de scripts, et ça, ça ne serait pas nécessaire si dès le début Internet avait été conçu dans le souci de protection des utilisateurs. La neutralité et la décentralisation, dans les faits, ont bien plus profité aux arnaqueurs, aux crackers, aux publicitaires et aux blanchisseurs de pognon qu'aux opposants politiques. Même genre de raisonnement que pour Tor ou pour Bitcoin: est-ce qu'une utilisation légimite marginale justifie l'existence d'un outil utilisé majoritairement à des fins illégales/immorales/criminelles? Tout le monde n'est pas libertarien, et il ne faut pas s'étonner de la réaction liberticide des acteurs économiques (les GAFAM) et politiques (les États).
Donc, voila mon pavé dans la mare : la fragmentation est principalement due à la mauvaise conception technique et politique des protocoles internet. Il y a eu un temps pour la liberté, mais les tenants de cette liberté n'ont pas trouvé (ou n'ont pas voulu trouver) les moyens de protéger les autres acteurs, qu'ils soient forts (États et grandes entreprises) ou faibles (les particuliers). Cette faillite est maintenant actée, et c'est les forts qui prennent le pouvoir. Les faibles ne seront toujours pas protégés, évidemment, mais les forts le seront. Malheureusement, il n'y a rien à regretter : le seul "paradis" perdu, c'est le monde imaginaire créé à la mesure de quelques milliers de hackeurs/crackers en dépit de toute logique sociale, économique et politique. La technique ne permet pas de s'affranchir de la société, et quand elle est assez forte pour donner le change, la société a les moyens de la faire plier (et c'est tant mieux, je n'aimerais pas vivre dans un monde où il existerait des moyens infaillibles d'échapper aux règles communes).